« Lorsque j’ai rencontré l’homme blanc, il avait la Bible, et nous, nous possédions la terre. L’homme blanc nous a dit de prier. Nous avons fermé les yeux et prié. Lorsqu’on les a ouverts, nous avions la Bible, et vous, vous nous aviez pris la terre. » (Jomo Kenyatta)

« Frère, tu dis qu’il n’y a qu’une seule façon d’adorer et de servir le Grand Esprit. Si il n’y a qu’une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet? Nous savons que votre religion est écrite dans un livre. Pourquoi n’êtes-vous pas tous d’accord, si vous pouvez tous lire le livre? »

http://www.syti.net/MessageIndiens.html

J’ai essayé, dans ma précédente intervention (Hilloul Hashem) de montrer que le mot « Dieu » était la forme modernisée (politiquement correcte?) du mot « Zeus ».

Il se trouve que cette affirmation (accusation?) n’a entraîné aucune réaction.

On peut le comprendre de la part d’un athée, que ces débats ne concernent pas, mais pour le croyant, qui lit ceci Exode (Chemot), chapitre 23, verset 13, la chose est plus étonnante.

« Attachez-vous scrupuleusement à tout ce que je vous ai prescrit. Ne mentionnez jamais le nom de divinités étrangères, qu’on ne l’entende point dans ta bouche!  »

Les Juifs francophones (mais on peut en dire autant des anglophones, car God, s’il n’est pas Zeus, est aussi une divinité étrangère) sont dans un état typique d’aliénation culturelle (doublée d’une anesthésie ou d’un scotome sur ce symptôme).

Le fait que la Bible du Grand Rabbinat annonce, dès le premier verset, que c’est Dieu qui a créé les cieux et la terre, montre la profondeur de l’enracinement de cette perte d’identité.

Derrière chaque mot se déploie un concept. Dieu est l’héritier du concept grec, puis latin, de la divinité.

Il fut une époque, avant que le monde gréco-latin découvre la Torah à travers la Septante, où il existait un grand nombre de dieux. La révolution monothéiste consista à se rallier à l’opinion qu’il n’en existait en fait qu’un seul. Et, en toute logique, ces peuples choisirent alors le chef de cette cohorte.

C’est leur histoire, leur chemin. Mais nous, nous savons bien que le mot « Dieu » n’existe pas dans la Torah. Seulement, comme l’a dit Zadoc Kahn (qui a présidé à la traduction française de la Torah).

« Pour ce qui est de la transcription des noms propres de personnes ou de localités, nous avons adopté les règles suivantes : ne rien changer aux noms devenus populaires et ayant acquis droit de bourgeoisie dans la langue française. »

Ce qui veut dire que, pour s’acquitter de cette taxe qui nous donnait le droit de nous intégrer dans une culture étrangère, il fallait en accepter les lois.

C’est ainsi que s’est implantée en nous cette idée-idole, jusque dans notre « câblage » neuronique. Ce qui veut dire qu’elle est indéracinable. Il est facile d’en faire l’expérience, lorsque par exemple, on suit ce raisonnement et qu’on relit ce fameux premier verset, on voit bien qu’il est écrit Elohim, mais en nous se déclenche instantanément une équivalence, une équation qui nous indique que Elohim c’est Dieu.

Les conséquences d’une telle perte de repère (de père?) sont incalculables, à la mesure de l’infini de l’Univers, à commencer par tout ce qui se nomme théologie et qui n’est qu’une confrontation perdue d’avance sur le « théos ».

« Ou encore, que dans tout discours le seul Dieu qui ne soit pas une idole est un Dieu qui ne soit pas un Dieu. » (Henri Atlan)

Il serait tellement plus simple (et plus logique), au lieu de s’enliser dans des raisonnements pareils de cesser d’utiliser ce mot, et de chercher des équivalents français plus fidèles à l’hébreu (si on veut absolument traduire) comme par exemple Lieu (qui présente l’avantage d’être la traduction du Nom Hamakom), ou de dire Le Nom (qui est plus clair que Hashem).

 

Il existe un grand nombre de propositions (elles feront l’objet d’un prochain article) qui nous permettent de rester dans la langue française sans renoncer à notre ancrage identitaire. D’autant que la Torah a bien pris soin d’utiliser plusieurs Noms.

Si le peuple juif a réussi à transmettre au monde un certain nombre de notions fondamentales qu’il serait trop long de rappeler, il doit clamer haut et fort que son refus de l’idolâtrie va de pair avec le refus de l’utilisation d’un seul nom (et quel nom!) qui en est le premier pas.