Le 6 juillet 1882, soit dix ans avant le procès Dreyfus en France, un groupe de 14 personnes venues de Russie montent en ce qui s’appelle encore la Palestine, pour y fonder un état juif sur la terre de leurs ancêtres.

Ce groupe, nommé les Bilouiim, est considéré comme étant la première alyah sioniste en terre d’Israël.

En 1901, est créé le KKL (Keren Kayemet Leisrael). Cette fondation sioniste a pour vocation d’acheter le plus possible de terres en Palestine, afin de préparer l’arrivée des futurs pionniers juifs. Et ce, une trentaine d’années avant qu’Hitler ne prenne le pouvoir en Allemagne.

En 1909, est fondée Tel Aviv, cille qui avait pour but de devenir le centre du renouveau de la culture hébraïque. Elle compte en 1939, au début de la seconde guerre mondiale, plus de 160 000 habitants.

En 1910 est fondé le premier Kibboutz (Dgania) sous l’impulsion du mouvement sioniste associatif, déjà réuni en congrès a Bâle en Suisse dès 1897.

Ce petit flash-back historique nous montre donc clairement que la construction concrète de l’Etat d’Israël débute donc, peu ou prou, un demi siècle avant la Shoah.

Et que le retour sur la terre promise n’a absolument rien à voir avec la terrible tragédie, comme d’aucuns (trop nombreux) le prétendent.

L’élan messianique qui traverse les juifs d’Europe est de beaucoup antérieur à la tentative de destruction de ce peuple par l’Allemagne nazie.

Toutefois, on ne peut nier que la Shoah a eu un effet catalyseur dans le processus qui mènera a la reconnaissance de l’Etat indépendant d’Israël, en 1948. Effet catalyseur certainement, mais en tous cas en aucune manière la cause principale de la renaissance de ce pays, disparu pendant près de 20 siècles.

Étrangeté ou intention de l’Histoire, cette renaissance a lieu durant les mêmes années où l’on massacrait ce même peuple dans une autre partie du monde, l’Europe en l’occurrence.

Et cela choquera certainement beaucoup de personnes, de penser que pendant qu’en 1943 les fours nazis brûlaient des centaines de milliers de juifs, leurs frères et sœurs de Tel-Aviv se ruaient nombreux, dans les files d’attente qui étaient déjà longues devant les cinémas et les bars.

Dure réalité, mais les faits sont là, et tout le monde sait que les faits sont têtus.

D’un côté la mort dans son aspect le plus terrible et, heureusement inégalé, et de l’autre la naissance d’une nation, qui va devenir forte, dynamique et prospère.

Terrible dualité qui résume à elle seule tout le destin du peuple juif.

Alors Dieu dans tout ça ? D’aucuns se demandent que faisait-Il pendant la Shoah ? Comment a t’Il pu permettre une telle catastrophe et une telle douleur au peuple qu’Il a élu pour témoigner de Sa grandeur ?

A ceux là, je répondrai que Dieu n’a jamais promis d’être « tendre » avec les juifs. Le Dieu Tout Amour est une vision chrétienne, et le Dieu Tout Justice est une vision musulmane.

Dans le Judaïsme, Dieu est d’abord Hessed (générosité, incarnée par Avraham) et ensuite Din (jugement, incarné par Itshak) et qu’avec Israel (Yaakov) Il est Tiphereth (harmonie), qui unit les deux dans un juste équilibre…

Ce Juge s’est souvent montré très dur envers Son peuple. Et Ses sentences ont souvent été des mises à mort. Même s’Il favorise ce peuple, et peut être à cause de cela, Il se montre très exigeant envers lui, parfois même cruel.

Et lorsqu’Il décide de le punir, Il le fait à hauteur de ce que Lui est, c’est à dire omnipotent, pouvant Tout.

Un aphorisme de Jean Rostand résume parfaitement une vérité implacable : « Qui tue un homme est un assassin, qui en tue des milliers est un conquérant et Qui les tue tous est un dieu ». Seul Dieu est capable s’Il le décide de tuer tous les hommes !

Avant la Shoah donc, les juifs étaient 12 millions et presque la moitié ont disparus. Mais le nombre n’a pas d’importance pour accomplir la mission.

Au départ, Avraham était seul, ensuite ses héritiers n’étaient que quelques centaines, puis quelques milliers, jusqu’à atteindre quelques millions. Mais 6 millions de juifs de plus ou de moins ne peuvent influer sur les décisions du Créateur, au point de détourner le cours du destin d’Israël.

Ainsi, aussi cruelles qu’elles puissent paraître de nos jours, les décisions divines n’ont pour but que l’accomplissement de Son dessein, qui concerne toute l’Humanité, à travers le peuple qu’il a élu pour Le servir.

Ceux qui parmi les juifs européens n’ont pas pu (ou voulu) fuir à temps, se trouveront broyés par la « destruction systématique » (Shoah), pendant qu’en Israel s’exprimaient les forces de vie des juifs retrouvant leur terre, bâtissant, asséchant les marais et irriguant le désert pour en faire des jardins, des vergers et des villes nouvelles.

Les non-croyants y verront un hasard troublant, ou malheureux. Et les croyants y verront que le Créateur en a décidé ainsi : dans les mêmes années où se déroulera la tragédie de la Shoah, la renaissance d’Israël aura lieu; et que celle-ci coûtera la vie de la moitié du peuple témoin-acteur de ce miracle.

A la lumière de ces faits historiques douloureux mais incontestables, qu’il me soit permis d’oser répondre à la fameuse question qui, depuis cette époque maudite en Europe, obsède certains juifs : où était Dieu pendant la Shoah ?… Pour moi la réponse est évidente : Il était en Israël.

NB : je nomme Dieu une éternelle force créatrice qui triomphe de la mort, et qui contient en elle une promesse d’amélioration.