Livre d’amour par excellence, « Poème des Poèmes », a fait l’objet d’innombrables commentaires et recherches. Le Talmud rapporte avec force détails les longs et houleux débats qui ont précédé la décision finale de l’inclure dans le canon biblique.

Ce livre contient 117 versets répartis en huit chapitres. Bien que le nom de Dieu n’y apparaisse jamais. Il fut inclus dans le canon biblique, après que rabbi Akiba en eut imposé une lecture allégorique, mettant en scène les amours de Dieu en tant qu’Amant et la communauté du peuple juif, l’Aimée.

Lorsque l’on connaît l’origine de rabbi Akiba, les raisons de son mariage et son nationalisme exclusif, on comprend mieux les motivations qui ont incité ce Sage à peser de toute son autorité et de son prestige, qui étaient immenses, pour imposer le Cantique des cantiques, cette mélodie à l’amour, dans le canon biblique.

Transformant par cette adoption l’amour, l’amour entre les humains, entre l’homme et sa foi, entre l’homme et son pays et surtout entre l’homme et son Dieu en parole Divine, Ecrit Sacré.

Dans cette mélodie Israël place sa confiance en Dieu pour ne pas désespérer des hommes. Ces hommes qui passent de la plus absolue sainteté à la plus incroyable cruauté. Il n’y a pour l’homme de force qu’en l’espérance et l’espérance qu’en YHWH.

Le judaïsme actuel doit énormément à rabbi Akiba, grâce à sa foi et à la vision profonde du devenir du peuple Juif. Ce Sage a créé de son vivant les conditions de la préservation de l’enseignement de la loi orale et son adaptation à l’existence diasporique. Sa seule erreur, mais quelle erreur, brisa nette la vie d’un esprit brillant d’une exceptionnelle sensibilité, d’une intuition aiguë.

Rabbi Akiba s’était laissé enivré par le mauvais vin du fanatisme.

Son erreur fut d’avoir été séduit par la personnalité charismatique de Bar Korba, d’avoir reconnu ce personnage en tant que Messie. Bien qu’après coup, il ait rectifié ce jugement erroné. Les conséquences ont été désastreuses tant pour la Judée, et le judaïsme que pour rabbi Akiba et ses disciples.

Car on n’est pas Sage parce qu’on ne fait jamais d’erreur, mais on est Sage parce on est capable de rectifier ses erreurs.

Mais cela est une autre histoire, que je vous raconterai un de ces jours. Plutôt un de ces soirs.

Revenant à nos moutons, au Cantique des cantiques. Bien qu’attribué à tort au roi Salomon, on ne prête qu’aux riches. Le Cantique des cantiques fut rédigé entre la fin de l’occupation de la Judée par les Perses et au début de l’occupation grecque.

Le Cantique des cantiques est une anthologie de poèmes lyriques de l’amour. Les poèmes expriment le désir ardent qu’éprouvent, l’un pour l’autre, deux amants et la joie qu’ils auront à s’unir. Les dialogues ont une grande puissance évocatrice. La flore, la faune et les paysages du pays où coulent le lait et le miel, la Terre Promise, la Terre Sainte
« d’Israël », servent de décor où se situent ces rencontres manqués, pour un amour si extraordinaire.

Contrairement à ce que l’on pense, ce livre est un hymne à la liberté, à la recherche de la vérité. Il oppose à l’enseignement de la Tradition et des prophètes, une éthique centrée sur l’approfondissement de la révélation et la relation entre l’homme et Dieu.

Car celui qui cherche la Vérité trouve le chemin du sentier qui conduit là où resplendit la Lumière, ici comme dans l’au-delà !

Ce Cantique transpose allégoriquement l’amour d’Israël pour YHWH, et celui de Dieu pour son Peuple. Au début du poème, YHWH veut entraîner sa belle Israël vers l’aventure universelle. Au fil de la mélodie c’est Elhoïm qui s’installe en sein de son peuple pour l’accompagner dans l’exil pour le réconforter, Lui, Le consolateur, Le compatissant.
Sa parole est une source qui irrigue les cœurs et illumine les âmes.

C’est lorsque l’Humanité, et en premier lieu chrétien et musulman, aura rendue Justice à son peuple, ce peuple que Moïse a donné à Dieu, pour donner un Dieu au monde, que la Lumière resplendira enfin dans le monde.

Chez les Séfarades ce livre « le Cantique des cantiques » est récité le premier soir de Pessah après le Séder, ainsi que tous les vendredis soir avant la tombée de la nuit, pour accueillir la « reine Shabbat ».

Le Cantique des cantiques est la transcendance d’un poème à la fois charnel et sur-naturaliste qui unit de manière exceptionnelle, l’amour humain à l’amour Divin.

Cette oeuvre Divine, puisque incluse dans le canon biblique est par excellence, pour les Juifs comme pour les chrétiens, la mélodie de l’amour absolue.

C’est un chant à l’amour, avec un peu d’innocence originelle, paradisiaque dirais-je, et beaucoup de rêve idéal, définitif.

Le Cantique des cantiques inspira profondément de très grands mystiques, il fut et demeure la source lyrique à laquelle d’innombrables poètes ont puisé.

Ce livre illustre le besoin qu’ont les humains d’aimer et d’être aimé, de générosité et de sacrifice et même parfois d’abnégation. Le pouvoir de l’amour ne doit pas être négligé, il est immense, sans limites. Ce pouvoir rattache les hommes les uns aux autres en une chaîne d’union infinie. C’est aimer son prochain comme soi-même, c’est la solidarité universelle !

Heureux pour qui l’amour n’est pas un moyen d’imposer.

En faisant entrer ce livre, le « Cantique des cantiques » dans le canon biblique les Sages ont transformé son contenu en Parole de Dieu, Ecrit Sacré.

Pourtant le « Cantique des cantiques » n’évoque jamais la Divinité, il ne parle jamais au nom de Dieu.

L’auteur ne bénéficie d’aucune révélation. Il compose sa mélodie poétique qu’en son propre nom. Il nous rapporte donc que des sentiments humains.

Ainsi, avec le « Cantique des Cantiques », l’amour humain est devenu Parole Divine, Ecrit Sacré.