Full disclosure : Ran Baratz est un ami, et j’ai écrit pour l’excellent site Mida qu’il dirige.

Israel était jusqu’à présent la terre sainte de cinq religions (en effet, en plus du judaïsme, du christianisme et de l’islam, il y a aussi la religion druze et le Bahaisme), mais apparemment il faut en rajouter une sixième : le Rivlinisme, du nom de son Prophète sacré Reuven Rivlin.

Comme Mohammed, toute caricature du prophète est interdite et toute plaisanterie sur lui peut vous valoir l’exclusion de la vie sociale et surtout la perte de votre emploi.

C’est en tout cas ce que vient de découvrir le Docteur en Philosophie Ran Baratz, un des plus brillants intellectuels d’Israel, que le Premier ministre Netanyahu avait décidé de nommer au prestigieux poste de directeur de la communication nationale.

Au lieu de se féliciter de la nomination d’une figure d’une telle envergure intellectuelle à ce poste clé, les médias n’ont rien trouvé de mieux à faire que de fouiller les poubelles, et dans ce cas tout ce qu’ils ont pu trouver c’était une plaisanterie sur le président Rivlin.

On peut ne pas gouter l’humour du Dr Baratz, on peut ne pas être d’accord avec les positions qu’il exprimait alors en tant que simple citoyen sur son mur personnel.

Mais la réaction hystérique des médias et d’une partie de la gauche tient plus de la dénonciation de l’hérésie religieuse que du débat démocratique.

Critiquer Rivlin, même en rigolant, est une sorte de sacrilège car « c’est un symbole ». Critiquer Rivlin, même en rigolant, c’est appeler à l’assassiner. Critiquer Rivlin, même en rigolant, vous rend indigne d’exercer la moindre fonction publique.

Evidemment, ce ne fut que le début d’une véritable chasse à l’homme que Staline n’aurait pas reniée. On a fouillé dans toutes ses déclarations passées. En 2004, il aurait émis le souhait qu’un jour le troisième Temple soit reconstruit – comme à peu près tous les Juifs vaguement croyants -, ce qui fait de lui un dangereux fanatique extrémiste près à faire sauter les mosquées.

Le fait que la semaine dernière il a exprimé son opposition aux visites de Juifs sur le mont du Temple dans le contexte actuel semble apparemment moins important.

Mais comment Reuven Rivlin, un politicien professionnel sans grande envergure nommé à un poste sans importance, a-t-il pu atteindre un tel statut de sainteté pour une partie de la population ? C’est qu’il incarne l’homme de droite idéal aux yeux des médias et de la gauche : un partisan d’une idéologie extrême irréaliste (annexer tous les territoires immédiatement et donner la citoyenneté aux Arabes) et donc inoffensive, qu’il est d’ailleurs difficile de distinguer du post-sionisme d’extrême-gauche, et qui passe son temps à battre sa coulpe, à expliquer à quel point les Juifs israéliens doivent se repentir de leur conduite immorale et comprendre les Arabes.

Rivlin a parfaitement assimilé ce que les médias attendaient de lui et ne cesse de produire un discours parfaitement calibré pour les habitants des quartiers nord de Tel Aviv : donner des leçons de morale à la terre entière, jouer au faux modeste proche du peuple en prenant le bus et l’avion low-cost mais ne pas supporter la moindre critique, et surtout dire du mal de Netanyahu chaque fois qu’il peut.

Pour avoir oser rigoler sur ce pseudo-symbole, Ran Baratz, une des personnes les plus qualifiées d’Israel, risque réellement de se voir refuser sa nomination – déjà deux ministres du Likud s’y opposent.

Au final, c’est seulement l’Etat d’Israel qui sera perdant.