Stéphane Habib tient un séminaire de philosophie et psychanalyse avec Françoise Gorog pour l’Institut hospitalier de psychanalyse de Sainte-Anne et l’Institut des Hautes Etudes en Psychanalyse (fondé par René Major). Il fait partie du comité de rédaction de la revue Tenou’a dirigée par Delphine Horvilleur. En 2018, Il a publié Faire avec l’impossible, aux éditions Hermann et obtenu le Prix Oedipe.

Pouvez-vous décrire l’influence qu’on eut sur vos études de philosophie Franz Rosenzweig, Emmanuel Levinas et Jean-Paul Sartre ?

C’est amusant car le trio auquel vous faites allusion s’est présenté à moi exactement dans l’ordre inverse. Mais plus important, je ne sais pas si le terme d’« influence » correspond à ce qui est arrivé lorsque j’ai rencontré les œuvres et pensées de Sartre tout d’abord, de Lévinas ensuite et de Rosenzweig enfin et tout autrement encore. Si je vous dis cela d’emblée, c’est justement parce que c’est en étudiant de près ces auteurs-là, leurs textes, que j’ai cru comprendre que la question de l’influence comme telle risquait de ne pas nous en apprendre suffisamment sur ce que c’est que questionner, écrire, élaborer, théoriser. Je me souviens bien que dans ce qui fût une thèse pour commencer, puis un livre, par la suite, précisément consacré à ce qui est en jeu entre la philosophie de Franz Rosenzweig et celle d’Emmanuel Lévinas, je me suis montré très sceptique au sujet de la notion d’ « influence » en philosophie et particulièrement dans ce qui se passe entre ces deux immenses penseurs, qui est, je le crois, beaucoup plus compliqué que ce que l’on dit en général à partir de cette célèbre phrase de Lévinas au sujet de Franz Rosenzweig : « trop souvent présent dans ce livre pour être cité. »

Il faut prendre la mesure de l’hyper complexité d’une telle proposition. Et le terme d’influence n’y pouvait suffire. A partir de cet exemple-là, pas n’importe lequel dans ma formation, peut-être doit-on, pour s’y repérer un peu autrement dans une histoire de la philosophie, poursuivre une critique du terme « influence », mais surtout, oui, surtout apprendre à questionner en termes de traces, de restes, de survivance – sans doute inconscientes en tant que survivances – parfois de hantises et d’obsessions dans ce qui arrive avec la rencontre de corpus, de dialogues, de critiques, de discussions, de travail. Ainsi de manières parfaitement différentes avec chacun d’eux, Sartre, Lévinas, Rosenzweig, est-ce cela que j’ai pu commencer peut-être pas encore à élaborer réellement, mais au moins à percevoir et puis que je me suis mis à écrire.

Ce qui m’intéresse, autrement dit, c’est de creuser des passages dans les corpus des auteurs. Non pas de répéter ce qui s’y avance, non pas d’écrire en vue d’établir que la thèse de l’un se rapproche davantage de la vérité que la thèse de l’autre. Non pas d’arbitrer sur la question de savoir qui a raison d’écrire ceci ou cela, ou bien tort de penser de cette manière-là. Non pas enfin de devenir le spécialiste de tel ou tel auteur et de pouvoir réciter par cœur ses propositions et l’histoire de leurs évolutions. Mais bien davantage de me servir à l’intérieur des pages de leurs livres, de déplacer ce que j’y glane afin « d’inventer » de la pensée. On dira que faire ainsi est prendre des libertés avec les textes. J’entends bien sûr que c’est une critique, le plus souvent, mais je pense que c’est surtout une chance. La chance de produire de la pensée de manière interminable puisqu’appelant toujours à être reprise et décalée et altérée. Il reste certainement de l’idolâtrie dans ce qui se donne dans le terme d’influence. Désacraliser le texte consiste à ne pas accepter de le laisser se refermer sur lui-même. C’est en cela que consiste l’écriture.

Alors qu’écrivant un mémoire de maîtrise consacré à Sartre et Lévinas, à la responsabilité chez Sartre et Lévinas très exactement, il y a des années, je me souviens avoir fait un rêve. Sur les rayonnages de ma bibliothèque se jouxtaient les livres de l’un et de l’autre. Ils se mirent à se parler par les phrases qu’ils contenaient. Uniquement. Les phrases étaient leur langue. Des feuilles de papier voletaient sans arrêt. Un nouveau livre en sortit, ses pages étaient entassées au pied de la bibliothèque noircies de la conversation nocturne des livres de Sartre et de Lévinas. Mon mémoire était fait. Une fois les yeux ouverts, bien sûr les pages n’y étaient pas mais l’impression est restée et avec elle une idée de ce que pouvait être écrire. Tenir tous les livres ouverts les uns avec les autres et passer des uns aux autres interminablement. Je crois qu’aujourd’hui encore je m’y tiens, oui, je me tiens à ce rêve ne cessant de faire passer la langue de l’un dans la langue de l’autre.

Alors, à vos trois, je dois ajouter quelques autres avec lesquels des passages ne cessent de s’ouvrir : Freud, Lacan, Derrida. C’est que je ne conçois pas la possibilité de penser autrement que par une traversée infinie des corpus et des champs du savoir. Ainsi il s’agit d’inquiéter ce qui se présenterait trop facilement comme des savoirs constitués. On pourrait y voir là une façon d’héritage : faire travailler ce qui est donné. Une pensée qui ne serait pas mouvement inlassable, est-ce encore une pensée ?

Je ne veux pas être trop long maintenant, mais je ne peux arrêter de répondre à votre question sans préciser qu’il me faudrait ajouter encore bien des noms d’auteurs, de ceux grâce auxquels on ne se sent pas seul à chercher, à écrire, à creuser, à passer et dans les questionnements desquels on retrouve souffle et inspiration : Joseph Cohen, Carlo Ginzburg, Raphael Zagury-Orly, Patrick Boucheron, Delphine Horvilleur, Françoise Gorog, René Major, Isabelle Prim, Yannick Haenel, Peter Szendy, Laurence Joseph, Paul Audi, Luc Faucher, Sophie Wahnich, Mathieu Potte-Bonneville et bien d’autres. Je le précise ici car si tous sont philosophes, psychanalystes ou historiens, psychiatres, cinéastes ou écrivains, tous s’interrogent en même temps sur ce que ces vocables signifient et d’une manière ou d’une autre se méfient de quelque certitude tranquille concernant leur identité.

Pour ce faire chacun d’eux travaille sans relâche avec tout ce qui peut servir à penser, quel que soit le nom donné à la chose. L’enjeu est fondamental. Par exemple, ayant pour intérêt et désir la relance de la psychanalyse et de la théorie analytique hors et au-delà des murs (très épais) de ses écoles et institutions, condition de possibilité de son avenir – motif d’inquiétude quotidien – il m’apparaît nécessaire qu’elle reprenne langue avec tout ce qui se présente autour d’elle : philosophie, littérature, architecture, histoire, cinéma, etc. Une phrase de Lacan qui, non par hasard sans doute, se trouve dans le séminaire intitulé L’éthique de la psychanalyse, contient tout cela qui me sert de boussole dans la création et l’élaboration de ces passages : « On ne dépasse pas Descartes, Kant, Marx, Hegel et quelques autres, pour autant qu’ils marquent la direction d’une recherche, une orientation véritable. On ne dépasse pas Freud non plus. On n’en fait pas non plus – quel intérêt ? – le cubage, le bilan. On s’en sert. »

S’en servir, triturer les langues, déplacer les phrases, bricoler des concepts, pour les défaire et en monter d’autres, fabriquer des notions, dire et dédire, écrire : inventer la pensée – ouvrir l’à venir.

Le titre de votre dernier livre, Faire avec l’impossible, rappelle la mission de la psychanalyse : faire avec ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.  Que peut concrètement apporter la psychanalyse au politique ?

Vous me donnez là l’occasion de pointer, préciser et avancer nombre de motifs qui me tiennent à cœur et autour desquels il me semble nécessaire de travailler encore énormément. C’est que vous m’interrogez sur la psychanalyse. Sa situation. Et je ne peux vous cacher, mais sans doute l’aurez-vous compris, qu’il m’apparaît aujourd’hui important de lui donner l’occasion de parler. De parler autrement. Ce que j’appelle parler, c’est adresser une parole. Destiner la parole. Ainsi et ainsi seulement se faire entendre des autres. Ce qui nécessite non de parler haut et fort, non de se hausser du col comme disait Lacan conseillant aux analystes de n’en rien faire, mais bien de moduler ses phrases, de chercher d’abord et avant tout la langue ou les langues qui permettront aux oreilles de l’autre de l’attraper. Apprendre, se laisser enseigner de la langue de l’autre pour parler aux oreilles de l’autre.

Ici la psychanalyse a beaucoup à faire. D’abord sortir de ses murs, sortir de ses écoles, sortir de ses institutions. Parce que sans le mouvement critique et la circulation de la pensée et des questions vers un dehors, sans l’ouverture à un monde lui posant ses questions, sans égard pour ses entours l’empêchant ainsi de se claustrer en soi, l’on se retrouve avec une langue une, un savoir un, figé et sûr de son bon droit. Mourant sans le savoir ou pire encore en étant persuadé que tout va pour le mieux. Peut-être en est-on là en ce moment. On peut par facilité et joie mauvaise en conclure à la mort de la psychanalyse, on peut aussi par paresse intellectuelle s’en contenter en considérant faux ce diagnostic puisqu’après tout lesdites écoles ne manquent pas de membres, les services hospitaliers de files actives et les cabinets de patients, on peut encore en faire un indice de je ne sais quelle défaite ou quel déclin. Vous le voyez comme moi, personne ne s’en prive. MAIS on peut surtout, et l’on doit certainement faire avec cette curieuse situation, la retourner et finalement y entendre quelque chose comme une chance, une chance à ne pas manquer certes, mais une chance immense et par là même sans doute une promesse que tout reste à venir.

Oui, à venir, à faire, à inventer encore et à écrire. Ceci je l’appelle « psychanalyse à venir ». C’est exactement à cela que je travaille. Mais cela qu’est-ce que c’est ? C’est en un mot relancer la psychanalyse. Refuser simplement ce à quoi elle se cantonne ne suffit pas et, au vrai, ne peut avoir d’intérêt qu’en vue de ladite relance. Lorsque je dis « psychanalyse à venir », je ne construis pas seulement un discours sur « l’avenir de la psychanalyse ». Je tiens surtout que « à venir » est comme l’autre nom de la psychanalyse. Qu’elle est ce qui l’ouvre, l’à venir (une analyse permet cela), mais encore que le venir de l’à venir en est comme la structure. Dès lors, la psychanalyse est toujours en excès sur elle-même, au-delà d’elle-même, sans comme tel, sans propre, sans identité, jamais écrite et toujours en train de s’écrire par sa confrontation à l’insu, à l’impossible, à l’impensable, à l’irreprésentable, à l’incompréhensible, à ce qui cloche, boite, à ce qui choit. Qui-vive permanent, intranquillité, insomnie dirait Lévinas, de ce qui a à faire avec ce qui ne « marche pas » et ceux qui ne marchent pas. La psychanalyse à venir est beckettienne en diable. Ecritures de foirades. Ainsi seulement tourner autour du réel, boiter pour le serrer au plus près et recommencer encore. Souvenez-vous des derniers mots de la dernière page du dernier texte composant Pour en finir encore – et autres foirades, ils disent selon moi, la psychanalyse : « cette demeure indicible ». Ceci est le souffle de la psychanalyse comme psychanalyse à venir. Il me fallait le poser pour pouvoir poursuivre dans la réponse à votre question si importante, déterminante même.

Je remarque que pour le moment, lorsque vous évoquez mon dernier livre, vous le nommez par deux fois Faire avec l’impossible, oubliant du même coup le sous-titre qui est en fait le prolongement du même titre : Pour une relance du politique. Et justement ce qui m’importe, c’est le problème de l’oubli, et de l’oubli du politique. Pour aller vite, je peux dire d’un mot qu’oublier le politique, c’est oublier le monde. La question politique, si je devais me risquer à la dire d’une phrase (ce qui est toujours parfaitement réducteur et trop simple à la fois), se formule autour de la question de savoir, comment faire monde, ou encore comment faire pour que le monde tienne, ou encore comment tenir le monde et dans le monde. Dans ces questions travaille le minimal du politique comme inquiétude pour la survie des corps parlants les uns pas sans les autres. Y a-t-il question plus urgente ?

Eh bien pourtant, elle est souvent oubliée. La relancer sera d’abord et avant tout en rendre manifeste le vif, l’acuité, la nécessité. Entre beaucoup d’autres choses. Mais d’abord et avant tout, il y va de la question de la survie des corps parlants les uns avec (je vous dis « avec » par souci de me faire entendre, mais la locution « pas sans » utilisée plus tôt fait davantage sonner la nécessité et la nécessité du politique, et quelque chose comme une tresse psychanalyse, éthique, politique sur laquelle je compte bien revenir un peu plus tard ici et qui fait le centre névralgique d’un livre en cours d’écriture) les autres.

Alors lorsque vous parlez de « mission de la psychanalyse » et me demandez ce que l’analyse peut concrètement apporter à la politique, eu égard à ce que je viens d’essayer de dire je suis un peu obligé, encore une fois, de déplacer votre proposition. Même si j’en saisis la visée et le fondement. Une réserve d’abord : j’ai développé la plus grande méfiance devant l’usage courant et assez envahissant des termes « concret » et « concrètement ». Ils servent souvent dans ce qu’on appelle aujourd’hui les discours populistes, vous l’aurez remarqué, mais je pense surtout à la prolifération des discours d’extrême droite dans le monde, ils servent donc à marquer le propos d’une détestation de la question, d’une allergie à la critique, d’une haine de toute chose « intellectuelle », d’un ricanement au visage de qui cherche à prendre le temps de penser la complication de l’existence – et à regarder de près l’on verra sans mal que cette haine de la pensée accompagne également homophobie et misogynie crasses – bref d’un rejet de la pensée au nom d’une concrétude affirmée. Refus des coordonnées du réel, en somme, qui ne cesse de nous montrer l’extrême complexité de ce dont il est fait.

Fantasme et délire du simple. On pourrait donc, si on y croyait comme eux, retourner cet argument de manque de concrétude à ceux-là mêmes qui en font une arme. Rien n’est simple dans le réel du monde et des rapports des hommes et des femmes dans ledit monde. Ecrire cela me semble même ridicule tant c’est évident. Et pourtant, c’est bien de là que nous devons repartir pour faire face, et sans relâche, inlassablement donc, à ce qui est en train de s’installer avec force et partout dans le monde, presque systématiquement en Europe : l’extrême droite, son idéologie, ses discours, sa pulsion de pouvoir, sa jouissance destructrice.

Peut-être ai-je été long sur ce point mais le danger politique de l’extrême droite est plus alarmant que jamais et nous ne pouvons pas ne pas nous y confronter interminablement, à chaque occasion donnée de parler, écrire, enseigner. Vous m’offrez une tribune en m’interrogeant sur le politique, vous remercier de le faire passe donc dans et par le geste politique lui-même d’une réponse politique. Je tiens qu’il n’y a pas de différence entre l’écriture du politique, c’est-à-dire l’élaboration de théories politiques et la concrétude politique elle-même. Une théorie politique, comme une théorie du politique sont toujours en même temps la mise en jeu, la relance du politique, le politique lui-même. Il n’y a pas de théorie politique qui ne soit politique. Lorsque la politique manque de théorie politique, elle s’écroule. Il suffit de regarder et écouter tout autour de nous pour en juger.

Ceci me permet de terminer de répondre à votre question : la psychanalyse n’a pas de mission. Pourquoi ? Parce que la psychanalyse, et c’est une grande et courageuse et fondamentale leçon de Freud, n’est pas une vision du monde, un système total, une conception du monde. J’insiste en tenant même que la psychanalyse pourrait trouver une de ses définitions de n’être pas une conception du monde, un regard de surplomb sur le monde, un système clos sur lui-même et surtout achevé. De n’être pas une Weltanschauung fait de la psychanalyse la psychanalyse. Qu’est-ce à dire ? Eh bien qu’elle n’est ni une doctrine terminée, ni un dogme, ni un texte sacré. Sur ce point il faudrait, il faudra et c’est aussi le motif de ma préoccupation quotidienne, insister à chaque fois et très vivement.

On ne peut pas se permettre de pérorer à simplement faire précéder une thèse supposée d’un « Freud a écrit que… » ou « Lacan a dit que ». Je vous dirais exactement la même chose avec Hegel, Kant, Heidegger ou n’importe quel nom propre et référence à une œuvre. Ainsi elle n’est ni une religion, ni une idéologie. Je la tiens même pour ce qui y résiste ou plutôt pour ce qui peut donner à penser comment barrer tout cela, éviter ces pièges, déjouer les tendances totalisantes sous toutes leurs formes et masques. En somme, n’étant rien de tout cela, étant même le grain de sable faisant dérailler la mécanique bien huilée d’une pensée systématique quelle qu’en soit la nature, elle ne peut en aucun cas avoir une mission, ni encore moins de missionnaires, de petits soldats, de guerriers, de croisés, de prosélytes, de passionarias pleins d’eux-mêmes. L’étrangeté, l’intranquillité radicale résultant du surgissement de l’inconscient (dans l’histoire de la pensée occidentale) y contrevient.

Vous entendez certainement comment cela répond de soi-même à votre question de l’apport de l’analyse au politique en tant que déjouant toujours – structuralement et nécessairement – ce qui se présente comme Tout et Un. Je préfère le dire comme cela plutôt que de me ruer sur le mot « totalitarisme » (bien qu’il y aille exactement de cela) tant ce vocable est utilisé sans aucune prudence politique aujourd’hui, mot bouchon, mot magique en somme. Mais enfin et surtout, surtout, la question que vous posez est importante car il ne s’agit pas de dire ce qu’apporte la psychanalyse au politique simplement, ce serait encore trop, disons, contingent. Non. Je tiens que la psychanalyse et le politique sont de quasi synonymes (je l’écris longuement, peut-être même est-ce ce qui est en jeu à chaque page, dans le livre auquel vous faites référence), qu’ils sont liés, noués strictement et indémêlables, très précisément et minimalement parce que leur affaire est le réel. Le réel que Lacan définit comme impossible (j’y reviendrais patiemment dans la réponse à l’une de vos dernières questions) ou encore, ainsi que vous le rappelez vous-même, comme ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.

Mais permettez que je n’entre pas dans une explication de texte car je veux surtout ici, en ce point névralgique, être entendu. Le réel de la psychanalyse comme le réel du politique, eh bien c’est simplement – ce « simplement » est terriblement compliqué – ce qui arrive. Ou encore ne pas pouvoir reculer devant ce qui surgit. Devoir faire avec ce qui vient. Inventer afin de prendre en charge, porter, accueillir en somme la venue de ce (celui/celle, ceux/celles) qui vient, le venant, l’arrivante, la langue dit bellement « le tout-venant ». Et ainsi s’inventer, se réinventer incessamment devant l’inconnu de ce qui arrive. Et recommencer. (C’est par cette exigence que la psychanalyse comme le politique sont obligés) Et donc être confronté à un non-savoir mettant tout radicalement en question. Et devoir y répondre, car ne pas reculer devant la venue et sa mise à la question la plus radicale, c’est répondre. De cette réponse qui est responsabilité. Voilà la psychanalyse. Voilà le politique.

Vous évoquez le langage « infra ordinaire » de Georges Perec, le « presque rien », la méthodologie micro-historique de Carlo Ginzburg, comme noeud fondamental de la psychanalyse. Faîtes-vous le lien entre les philosophes pragmatiques comme Peirce ou Putnam et la psychanalyse lacanienne ?

Voilà une question qui me permet de prolonger encore un peu ce que j’essayais de vous dire précédemment de la psychanalyse telle que j’essaie de la penser et à laquelle je voudrais pouvoir donner le nom de psychanalyse à venir.

On l’aura compris cet « à venir » n’indique pas, ou alors pas seulement, pas simplement, quelque chose qui serait à envisager comme la psychanalyse du futur. Je n’ai strictement aucune compétence en matière de prophétie. Et puis ce qui me travaille est justement la question de savoir, et même de trouver et d’élaborer les conditions pour qu’il y ait, justement, un futur pour la psychanalyse. Cela ne va pas de soi. Loin de là. Bref, j’en reviens et toujours dans cette optique, à l’« à venir ».

L’à venir est ce qui structure la psychanalyse qui de pouvoir se définir ou « s’indéfinir » comme accueil inconditionnel de ce qui arrive doit faire avec ce qui vient sans savoir a priori ce dont il y va. Il n’y a pas le choix, à vrai dire. Il est facile de comprendre cela si l’on considère que l’analyste ne sait pas ce qui va arriver dès lors qu’il demande au patient – sa seule demande, ne l’oublions pas – de lui dire ce qui lui passe par la tête ou vient à l’idée. On peut très légitimement penser que l’analyste dit à l’analysant : « Dites-moi n’importe quoi, pour autant que c’est ce qui vous vient à l’esprit » Ainsi s’ouvre-t-il, qu’il le sache ou l’ignore, à l’à venir.

La parole est alors invitée à parler par les oreilles grandes ouvertes de l’analyste. Et l’extraordinaire de la psychanalyse gît et surgit précisément du quotidien, de l’ordinaire de la parole ainsi invitée à se déplier, à proliférer, en tous sens et même (ce qui est absolument génial quand on prend le temps d’y penser) fors l’interdit logique du principe de non-contradiction. Faire cela, c’est prendre à rebours, voire faire trembler les piliers logiques et métaphysiques, autrement dit les fondements sur lesquels reposent toute l’histoire de la pensée occidentale. Et comment ? Simplement en invitant la parole à parler, à se déplier, à délier la langue, à « languer » ai-je écrit un jour en cherchant un mot ajusté à ce qui de la langue plus d’une arrive lorsqu’elle est ainsi accueillie.

Accueillir la parole – ce qui veut dire écouter – , a cet effet-là de subvertir les principes de la pensée. Je tiens qu’on est encore bien loin d’avoir pris la mesure de cela et de ce que l’on pourra faire avec cela dans la pensée et l’élaboration de savoirs en vue de pouvoir penser le monde qui vient, d’y agir, de le transformer de manière telle que la survie des corps parlants les uns avec les autres y soit possible. Car il y va bien toujours d’abord et avant tout de cela avec et pour la psychanalyse. En tout cas la psychanalyse telle que je la souhaite, la pense et essaie de l’écrire : psychanalyse à venir. Et en cela, l’accueil qui est écoute et la parole qui joue des langues, banalité extraordinaire (oxymore venant à point nommé), presque rien donc qui pourtant aura et continue de bouleverser, renverser, inquiéter, déranger.

Car ce qui de la parole est de prime abord rejeté, les scories, les « impudeurs », les incohérences, les interdits, les non-sens, les détails supposés, les contradictions, le sans-importance, le rebut etc. se retrouve par là même invité et bienvenu. Si le mot n’était abimé et fatigué par la vogue qu’il connaît depuis une vingtaine d’années, si donc on l’entendait encore dans toute sa complication, alors j’écrirais maintenant que cette attention aigue à ce qui ne se dit pas, à ce qui est tenu à l’écart, à ce que l’on rejette, eh bien c’est l’éthique. Pas l’éthique de ceci ou de cela, pas l’éthique de quelque chose, pas même l’éthique de la psychanalyse, mais l’éthique. Ethique est l’autre nom de l’à venir, l’autre nom de la psychanalyse comme psychanalyse à venir. (Pour soutenir une telle proposition, et, partant faire entendre de nouveau le signifiant éthique, le tranchant de ce mot-là, ce qui arrive entre éthique et psychanalyse et ce à quoi ouvre leur articulation, il faudrait maintenant tout un livre.)

Mais c’est aussi la psychanalyse qui fait parler les mots de la langue autrement, quand elle ne les invente pas tout bonnement. Il y a là ce qui fait révolution. J’ai en tête en jouant à faire sonner le signifiant « révolution », ces phrases fabuleuses de Arendt dans De la révolution et qui conviennent à la lettre à ce que j’essaie de formuler là avec la série psychanalyse, éthique, politique et donc révolution : « A l’évidence, tout phénomène humain nouveau requiert un mot nouveau, qu’on le forge de toute pièce pour nommer cette expérience inédite ou que l’on donne une toute nouvelle acception à un terme ancien. C’est doublement vrai dans la sphère du politique, où le verbe règne en maître. »

C’est donc avec tout cela en tête que je peux répondre à votre question, car pour inventer depuis ce presque rien, pour l’accueillir, pour le rencontrer, pour ne pas réduire l’étrangeté de ce qui vient au connu de ce que l’on suppose savoir, pour ne pas l’écraser en somme, il faut de la théorie. Pas de la théorie comme quelque chose dont on disposerait. Non. Il faut théoriser. C’est un acte. Et il faut même hyperthéoriser interminablement.

Aucune différence entre théorie et pratique donc. Enseignement monumental de la psychanalyse. Aussi, si vous relisez Carlo Ginzburg, puisque vous y faites allusion et je vous en remercie, prenez « Traces – Racines d’un paradigme indiciaire », vous verrez magnifiquement comment s’agencent les savoirs, comment ils peuvent s’agencer et l’on sent bien qu’il existe alors, une fois que l’on a compris ce que l’on peut faire avec les disciplines traversées, qu’il existe, disais-je, une multiplicité proliférante de combinaisons et qu’il s’agit de la nourrir encore et toujours, en écrivant, en cherchant, en essayant. Freud et Sherlock Holmes, entre tant et tant d’autres, pour écrire l’histoire !

Queneau et Calvino et tant d’autres encore sous la plume de Ginzburg… Mais bien sûr Perec et l’infraordinaire, il faudrait continuer. Je pense ici à Jean Oury bien entendu au moment même où j’écris tous ces noms et songe à ces agencements singuliers, prenez n’importe quelle page d’Oury et vous verrez et entendrez tant de mondes et de monde s’y croiser, s’y rencontrer, nécessaires absolument pour se frotter au réel du quotidien d’un accueil inconditionnel, le recevoir, faire avec.

Ceci pour vous dire que ma question n’est pas de faire le lien de telle philosophie avec tel psychanalyste, tel courant de la philosophie avec telle courant psychanalytique. Ce qui est toujours très intéressant et nécessaire. On ne peut se passer de l’histoire de la philosophie, ni de l’histoire de la pensée.

Ai-je même besoin de le dire ? Mais ce qui me préoccupe, ce dont j’essaie de m’occuper et ce en vue de la relance de la psychanalyse, en vue de ce qu’on entende de nouveau ce qu’est la psychanalyse, au-delà des voiles dont elle est recouverte, sans parler des préjugés tenaces qui l’entourent, c’est de me servir de tout ce que nous venons d’évoquer et de tant d’autres choses encore afin de l’écrire, de continuer à l’écrire, de poursuivre son élaboration, de faire travailler son héritage.

Patrick Boucheron rappelle et c’est une affaire décisive, que Benjamin nous aura enseigné qu’une pure fidélité à la tradition, qu’une simple persévérance de et dans la tradition, la laissant parfaitement intacte, est le sens même, le principe et la définition, l’autre nom peut-être de la catastrophe. En ce sens, la psychanalyse – que j’appelle à venir – est tout sauf catastrophiste.

Pouvez vous commenter cette phrase de Jacques Lacan, tirée des Écrits, (pp 107-108) : « À la différence du signe, de la fumée qui n’est pas sans feu, feu qu’elle indique avec appel éventuellement à l’éteindre, le symptôme ne s’interprète que dans l’ordre du signifiant » ?

A vrai dire, je ne saisis pas immédiatement pourquoi vous souhaitez me lire au sujet de cette phrase-là. Il est peut-être temps d’indiquer, car cette réflexion peut paraître étrange à un lecteur imaginant lire la transcription d’un entretien oral, que notre échange, vos questions et mes réponses, n’a eu lieu qu’à l’écrit, uniquement par mails, que nous ne nous sommes jamais rencontrés, ni même parlé de vive voix. Aussi m’est-il impossible de vous interroger à mon tour lorsque vos questions parfois m’en donnent envie. Il faut encore dire qu’ici un « glissement », une « erreur », un lapsus peut-être, de vous, lors d’un premier envoi de questions, pourrait m’orienter un peu, d’autant plus que si j’associe avec les questions qui suivent, je dois pouvoir reconstruire un certain cheminement dans le fil de votre questionnement.

En effet, une première « quatrième question » me demandait de commenter une phrase que vous prêtiez à Lacan reprenant la bonne vieille sagesse populaire, dont il faut bien dire qu’en l’espèce elle m’insupporte, grosse qu’elle est d’abjections historiques et politiques : « pas de fumée sans feu », mais retournée d’ailleurs « pas de feu sans fumée ». M’étonnant de ce que Lacan en aurait ainsi fait usage (cependant son œuvre est si vaste, riche et foisonnante qu’on ne peut jamais prétendre en avoir un savoir sans faille – tant mieux), par retour de mail, vous m’avez envoyé cet erratum reformulant donc la question quatre de la citation depuis laquelle vous tiriez votre première quatrième question.

Je précise tout cela dans la mesure où cela me permet de vous dire que j’ai trouvé très intéressant que vous me répondiez, lorsque je vous demandais que nous parlions pour réaliser cet échange, que vous croyiez bien davantage aux effets d’écriture, « effets d’écrit » était votre expression propre je crois. En saisissant quelque chose de ce que vous appelez ainsi « effets d’écrit » mais sans pouvoir savoir vraiment ce que cette locution signifiait pour vous, j’ai pensé que ce ne serait qu’à jouer le jeu que vous me proposiez que j’en comprendrais davantage. J’ai d’ailleurs deux choses qui me viennent à l’idée devant un tel non savoir. D’abord cette très grande phrase de la Bible, séquence dite de la révélation : « Nous ferons et nous entendrons », dont on voit bien, instantanément, qu’elle est une mise en question radicale, un bouleversement de l’usage le plus courant que nous avons du logos.

Et encore du connaître, du comprendre, du savoir, de l’agir, de la pensée, de la décision, de l’engagement également. Ensuite cette phrase fabuleuse de Raymond Queneau : « C’est en écrivant qu’on devient écriveron ». Autrement dit, si je tiens vraiment à savoir ce que c’est qu’un « effet d’écrit » pour vous, eh bien je n’ai qu’à suivre la règle du jeu et écrire. Faire et puis entendre. Il y a là quelque chose de l’urgence, fût-elle calme, et du qui-vive, qui m’importe beaucoup et précisément en vue de ce qui est en jeu dans et pour la psychanalyse à venir.

J’en viens donc à la question, au vrai j’y étais déjà (le bouleversement du logos est question de signe, sens, signification et signifiant) mais je vais essayer de l’aborder un peu plus frontalement. Vous me demandez de commenter là quelque chose qui est à la fois classique et déterminant dans la psychanalyse telle que Lacan l’élabore après Freud, et à la fois une très forte manière de remettre en jeu la pensée telle qu’elle sera allée, disons assez sereinement finalement, jusqu’au dérangement que lui inflige la découverte, la prise au sérieux, la mise au travail théorique de l’arrivée de l’inconscient. Remarquez d’abord et avant tout que ce que nous dit Lacan de la psychanalyse, du traitement du symptôme par l’interprétation psychanalytique, inflige un démenti sévère à la terrifiante logique du « pas de fumée sans feu ».

Le signifiant (en jeu dans et pour la psychanalyse) n’est pas le signe. On pourrait dire, mais il faudra développer, que le signifiant n’est le signe de rien. On peut jouer avec ce que je viens de dire et illustrer cette différence. Le signifiant « fumée » n’indique aucun feu, en effet, comme « signifiant » précisément, il peut se donner à entendre « fumet », « fume mais » ou encore « fût mais ». En cela comment voulez-vous « fumée » indique quelque feu de cheminée, de forêt, ou pire des camps d’extermination puisque l’antisémitisme n’hésite pas à avancer, la plupart du temps par insinuation que si (notez l’horreur de ce « si ») tant de juifs ont été assassinés, c’est qu’ils l’ont bien quand même un peu cherché. Oui, la logique du « pas de fumée sans feu », c’est exactement cela. Comprenez qu’en commençant par là, et c’est là ce que visait mon préambule, j’ai bien en tête votre question suivante, difficile question concernant la shoah.

Le démantèlement de la logique, on peut même aller jusqu’à penser l’impossibilisation de cette logique du « pas de fumée sans feu » passe par ceci qu’avance Lacan sereinement alors qu’il est en train de bouleverser ce qui se pense le plus souvent comme allant de soi, c’est à savoir la question du sens. Le sens même du sens. La psychanalyse, et ce depuis sa naissance, chez et avec Freud donc, se sera présentée, manifestée comme une opération de bouleversement de la logique du sens. Et, partant, du sens du sens. Elle aura commencé par intranquilliser le sens. Il n’y a pas, pour la psychanalyse, quelque chose qui aurait pour sens quelque chose, un ceci qui signifierait cela une fois pour toutes, comme une grille de lecture ou comme une clé d’interprétation.

Vous savez cette chose qu’on entend souvent : « il paraît que si tu rêves que tu perds une dent, ça veut dire que tu es amoureux de ton père », eh bien la psychanalyse, ça n’est jamais ça. Et pourquoi, jamais, pourquoi la psychanalyse ça ne peut pas être cela ? Parce qu’elle se fait avec les signifiants et la richesse équivoquante de la langue, du langage, de la parole. Il n’y a pas de « vouloir-dire » pour la psychanalyse. Ceci est massif énorme car, contrairement à ce que l’on croit souvent – c’est pourquoi je me dis fréquemment qu’on ne sait peut-être plus ce que c’est que la psychanalyse et que cette ignorance est sans doute une des sources du désamour et des préjugés qui sont légion auxquels elle a à faire face en ce moment. Mais ce n’est pas un drame, au contraire, c’est, comme j’ai tenu à le dire en commençant cet échange, une grande chance, celle d’avoir l’occasion de la relancer et repenser et creuser et inventer encore et de nouveau la psychanalyse elle-même.

Et ce à chaque fois qu’on la convoque et la pratique. Comme une première fois, comme à sa naissance, toujours première et c’est pourquoi encore la psychanalyse n’existe qu’en devenir. Il importe de savoir saisir cette chance. – je disais donc que, contrairement à ce que l’on croit souvent la psychanalyse n’est pas une herméneutique. Ce autour de quoi elle s’affaire, ce à quoi elle s’intéresse, ce n’est pas le sens comme tel mais à ce qui boite dans le sens, aux trous, aux lézardes, failles, fentes, béances. Ce contre quoi on bute, se cogne et à plus d’une reprise, voire toujours, et contre les mêmes murs. Lacan donne à cela le nom de réel. Dont l’autre nom est l’impossible. Je tiens d’ailleurs que le point de rencontre entre certaines philosophies contemporaines, je fais au moins allusion à l’œuvre de Jacques Derrida et à celle d’Emmanuel Lévinas (non sans ajouter immédiatement : dans toutes leurs différences) et la psychanalyse (ce « la » monolithe je ne l’utilise qu’afin de me faire entendre) se situe là. Ce là sans lieu, atopique justement.

Et dans cette manière de tourner autour du réel, de le serrer au plus près, ne cherchant pas à le réduire au possible (ce qui revient toujours à s’en débarrasser, à vouloir se débarrasser de l’impossible, de l’impensable, de l’irreprésentable, autrement dit de tout ce qui dérange ou pourrait déranger.) à combler les trous, réparer, réconcilier, consoler, mais (et de nouveau c’est ce qui fait lien insécable au politique) de faire avec ou plutôt « pas sans » l’impossible. D’avoir lu la question suivante, je me permets d’écrire que j’y reviendrai plus tard.

Pourquoi est-ce que je raconte tout cela maintenant ? Précisément parce que la citation que vous me demandez de commenter, mène jusque-là, jusqu’à mettre en jeu la théorie et la théorie analytique avec cette exigence-là et indique la voie singulière que se doit d’emprunter une psychanalyse digne de ce nom. En effet, à sortir de la dialectique du signe et du sens, à prendre au sérieux le langage depuis ce que Lacan reprend de la linguistique structurale en l’altérant, bien sûr, sous le nom de signifiant, c’est à ce point de rencontre avec le réel devant lequel il s’agit de ne pas reculer que se joue la psychanalyse. J’ai retrouvé une citation de Lacan qui avance sur ce que vous nous avez donné à penser avec ces phrases que vous avez extraites des Ecrits. Je la donne donc à lire puisque je crois qu’elle amène un éclairage important pour saisir votre question initiale. On trouve ce qui suit dans un petit texte que l’on appelle « La conférence à Genève sur le symptôme » :

« Cela nous mène très loin, à la spécificité du signifiant. Le type du signe est à trouver dans le cycle de la manifestation qu’on peut, plus ou moins à juste titre, qualifier d’extérieur. C’est pas de fumée sans feu. Que le signe soit tout de suite happé comme ceci – s’il y a du feu, c’est qu’il y a quelqu’un qui le fait. Même si on s’aperçoit après coup que la forêt flambe sans qu’il y ait de responsable. Le signe verse toujours, tout de suite, vers le sujet et vers le signifiant. Le signe est tout de suite happé comme intentionnel. Ce n’est pas le signifiant. Le signifiant est d’emblée perçu comme le signifiant. »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ce qui importe dans ces phrases-là, ce n’est ni la notion de signe comme telle, ni l’allusion au signifiant. A vrai dire, avec les quelques définitions que nous en avons, il est assez simple de saisir ce dont il y va. Je crois, j’espère d’ailleurs avoir bien commencé à le donner à entendre. Je vais essayer en quelques phrases de ressaisir cela. Lacan aura enseigné de mille manières que le signe est le signe de quelque chose pour quelqu’un. Autrement dit, que le signe désigne quelque chose pour quelqu’un. C’est pourquoi il le qualifie d’intentionnel d’ailleurs, et on pourrait en inférer qu’il le place ainsi dans le champ de la conscience. Le signifiant, non. Et on le lit, il l’y oppose immédiatement. Même pas d’ailleurs, s’il se contentait de l’opposer, il manifesterait encore quelque communauté entre eux, ne serait-ce que dans le rapport oppositionnel.

Il le différencie : « ce n’est pas le signifiant », dit-il dans ce petit morceau d’improvisation car il est en train, Lacan, de répondre à une question à la suite de la conférence qu’il vient de donner. Bref. Mais concernant le signifiant, c’est un peu plus compliqué. La plus classique des définitions, la plus connue des définitions (mais méfions-nous de l’apaisement intellectuel qu’apportent slogans et ritournelles) avance qu’il est, le signifiant, ce qui représente un sujet pour un autre signifiant (on trouve cela dans « Subversion du sujet… » dans les Ecrits, par exemple, un exemple parmi cent autres, vraiment.) Il faudrait beaucoup gloser maintenant afin de l’expliquer.

Je ne suis pas sûr de l’intérêt de faire cela ici. En revanche, j’aimerais que l’on puisse retenir ceci : d’une part l’arrivée du « sujet » dans la phrase et au moins encore qu’à donner une définition du signifiant on donne également et en même temps quelque chose comme une définition du sujet. Le sujet et le signifiant s’interdéfinissent, oui, ils se définissent l’un l’autre. Sur tout cela, sur l’usage par Lacan de la linguistique et disons de ses outils, rien n’est plus intéressant ni plus instructif que les travaux de Jean-Claude Milner.

Ce qui donc importe davantage dans le passage de Lacan que j’ai cité pour répondre et faire résonner votre citation de départ, si ce n’est pas le signe et le signifiant, c’est plutôt d’une part ce qui ne relève pas du champ de « l’intentionnel » et d’autre part le surgissement de ce vocable « responsabilité ». A vrai dire, c’est l’articulation des deux. Les deux s’articulent de manière bien singulière. Et c’est ce qui m’importe, ce qu’il m’importe d’avancer là, davantage que de faire une leçon autour de thèmes évidemment fondamentaux dans la pensée de Lacan. Parce que, vous le voyez, si ce qui se situe autour de l’inconscient est la question de la responsabilité du sujet, alors s’ouvre ceci qui est un chamboulement phénoménal, qu’il y va, avec la psychanalyse, d’une pensée et d’une pratique mettant en jeu quelque chose qu’on peut appeler responsabilité de l’inconscient. Il faudrait prendre la mesure de cela.

Très tôt Lacan, le même qui quelques années plus tard consacrera une année d’enseignement à l’éthique de la psychanalyse, affirme que l’on est responsable de son inconscient. A le dire comme cela, il est le premier. Et de cela, je tiens que la psychanalyse est l’éthique. Non pas que, comme Lacan, je pose ici une éthique de la psychanalyse. En fait, je déplace cela et appuie un peu différemment à partir de ce qu’il élabore. Pour jouer avec une formulation de Lévinas qui disait, secouant l’histoire de la métaphysique, « l’éthique comme philosophie première », je suis en train d’essayer de dire l’éthique comme psychanalyse. Et ce qui me plaît dans une telle phrase, c’est qu’on ne sait pas du tout ce que c’est que l’éthique, ni ce que c’est que la psychanalyse. Alors pour l’entendre, on est obligé de tout reprendre depuis le début, de recommencer, de se remettre à penser !

Cependant et pour me rapprocher de nouveau et plus explicitement du texte de votre citation de Lacan, je peux repartir de ce qu’il reprend de Saussure et qui en est une autre définition d’ailleurs, bien que moins fréquemment retenue, à savoir que le signifiant est une « image acoustique ». C’est très important car se révèle ceci, qu’à ma connaissance on ne lit pas souvent : si le signifiant est une image acoustique, les sens (pas le mais les, ceux rapportés classiquement à la sensibilité, au sensible…) sont en jeu, et donc le corps, toujours et nécessairement dans, avec et par la psychanalyse. N’oublions pas que le signifiant est comme l’élément même, la matière par et avec laquelle se fait la psychanalyse. Oui, faire la psychanalyse. La psychanalyse – il faut repartir d’un minimal, pour pouvoir l’élargir et penser – est, ainsi, toujours une affaire de corps.

Le corps parlant qu’est-ce d’autre qu’un corps ? Un corps, certes, mais il faut alors ajouter et immédiatement, en tant que parlant. Et que parlant, il est parlé. Le corps ne devient corps, c’est-à-dire corps parlant que pour autant qu’il est traversé par la parole. Et voici le signifiant, celui que Lacan différencie du signe et dans votre citation et dans la mienne. En effet, le voici car, comme je l’écrivais, la psychanalyse est une histoire de corps parlant-parlé (Lacan ne parlera pas de « parlêtre » par hasard, ce qui n’est pas rien car lorsqu’il forge ce néologisme c’est pour chercher un mot meilleur, plus ajusté, comme une autre traduction de l’inconscient, et peut-être du sujet de l’inconscient, voire du sujet à l’inconscient.), que le parlé du corps parlant se donne comme ce qui est « connu » sous le nom d’inconscient (bien que, on l’aura compris, je suis loin d’être sûr que cela soit encore suffisamment connu, il faut y travailler.

Et travailler non pas à le faire connaître, il ne s’agit ni de faire de la publicité, ni du prosélytisme, encore une fois la psychanalyse n’est pas une religion, mais donc le faire connaître, ledit inconscient, c’est ne cesser de travailler à théoriser ce qui arrive avec son surgissement surprenant. Et chercher les voies, ponts et passages qu’il permet de creuser, d’ouvrir. Et recommencer et continuer à penser et à donner à penser. On remarquera, à lire Freud, que c’est exactement ce qu’il demandait aux psychanalystes.

Le corpus analytique ne peut être considéré comme un texte sacré et dogmatique, il est en devenir, au travail ou à venir. Il y a une manière de devenir-devenir de la psychanalyse. En d’autres termes et pour récapituler et me presser vers la fin de cette question, le signifiant est la matière même de quoi est faite et se fait la psychanalyse. Et vous l’aurez lu, il emporte dans son sillage le corps, la parole, l’image, l’ouïe… cette série est sans doute illimitée. Mais il convient aussi d’ajouter, mes longs détours y préparent, que le signifiant relance le sujet, la question du sujet par sa mise en question la plus radicale, et, par conséquent la question de la responsabilité.

L’éthique est par là convoquée. Il conviendra donc, et c’est ce à quoi je m’attelle en ce moment même, de la reprendre et de la repenser. Ainsi la psychanalyse qui ne se fait qu’au ras du signifiant, de ce signifiant qui est dire et (qui) dit, sans vouloir, puisque le vouloir dire, c’est le signe que le signifiant n’est pas (il me semble que l’expression « au ras du signifiant » est de Wladimir Granoff dans son séminaire Filiations) et pour cette raison même, oui, la psychanalyse doit s’articuler, mais ce n’est pas réellement un devoir, je crois qu’elle ne peut que s’articuler avec l’éthique, la philosophie, le droit, la littérature, l’histoire, etc. Sans cela, comme le dit Marguerite Duras du monde, elle va à sa perte. Dois-je ajouter qu’il est hors de question de la laisser aller à sa perte ? Elle est à peine née et recèle des trésors pour la pensée. La psychanalyse s’écrit au futur.

Pourquoi dit-on que le Réel de Lacan, indicible et ineffable lieu de l’inceste vient des camps ?

Voilà une question redoutable avec laquelle, quoi de plus intéressant ?, il faut beaucoup de nuances et tenter d’approcher en ralentissant. D’abord, je ne sache pas qu’ « on » dise cela. Quelqu’un dont je suis heureux d’écrire le nom ici – Anne-Lise Stern – et de le donner à lire, y a travaillé toute sa vie. Et ainsi j’espère réveiller la mémoire (ouvrir les mémoires, c’est aussi cela la psychanalyse), car on ne le la lit pas suffisamment ni, conséquemment, ne se réfère assez à son travail, un travail qu’elle appelait elle-même de montage d’ailleurs (autrement dit d’écriture car le montage écrit, d’écriture avec des bouts, et c’est décisif, il y a là un lien très strict entre le travail du monteur au cinéma et celui du psychanalyste. On gagnera beaucoup à s’y pencher.). Bref, Anne-Lise Stern, a passé sa vie de psychanalyste à élaborer ce que vous dites ici. A savoir que le Réel de Lacan vient des camps, comme vous l’écrivez justement.

Oui, c’est elle, Anne-Lise Stern qui d’abord a passé son temps et donc consacré son existence à chercher à le transmettre dans son séminaire (un enseignement qui débuta en 1979), puis enfin dans un livre. Un livre nécessaire, fondamental, incontournable (c’est pourquoi il est contourné en permanence) que le Seuil a publié dans la belle collection de Maurice Olender, « La librairie du XXI°siècle » : Le savoir-déporté – Camps, histoire, psychanalyse. Ce titre pourrait être commenté sur des dizaines de pages. Je vais éviter de le faire bien entendu, mais répondre à votre question, c’est aussi s’y adonner. Je vous remercie infiniment de m’avoir donné l’occasion de dire, d’écrire, d’inscrire ici ce nom propre et peut-être d’avoir donné l’idée à quelques-uns d’aller y voir de plus près.

Cet hommage que je suis heureux de pouvoir lui rendre doit signifier également ceci : on ne peut faire l’économie des élaborations théoriques d’Anne-Lise Stern non seulement si l’on veut essayer d’articuler quelque chose de consistant autour de questions telles que celle que vous me posez maintenant, à savoir des camps et il faut préciser, du moins je tiens à préciser, des camps d’extermination, Gérard Wajcman les aura nommés, dans L’objet du siècle, « des usines à absence, conçues pour fabriquer de l’absence comme des savonnettes », mais encore et plus précisément dans leur rapport au questionnement psychanalytique après la seconde guerre mondiale. Car le Réel de Lacan est « d’après » et nous aurons à revenir sur ce « d’après ».

A la vérité, Lacan ne dit pas explicitement que le réel vient des camps, à ma connaissance tout du moins. Cependant, je tiens que c’est son invention propre, cette notion de « réel » – comme l’éthique du reste -, avant lui on ne pouvait pas la trouver dans le corpus psychanalytique. C’est important, je crois, de rappeler cela car Jacques Lacan (et c’est une chose rare dans l’histoire de la pensée), a créé des concepts (et de nouveau je n’utilise ce terme que par souci didactique parce que je ne suis pas sûr qu’il s’agisse tout à fait de ce qu’on appelle « concept » en ce sens que réel est le nom de ce qui échappe à la prise, à la thématisation, au comprendre, à la représentation etc.

Ceci me rappelle ce qu’écrit Derrida avec humour et le plus sérieusement du monde : « Dès qu’il est saisi par l’écriture, le concept est cuit. »). Alors être fidèle à la psychanalyse c’est en ce sens très précis se mettre dans ses pas, ce qui signifie non pas le réciter, non pas l’imiter, non pas passer sa vie à reprendre voire ressasser ce qu’il a écrit et dit, mais penser à partir de ce qu’il aura légué et, comme lui, s’en servir pour à notre tour créer de la pensée. Il faut répéter cela beaucoup car c’est ainsi que la psychanalyse est et sera vivante encore longtemps. Et c’est ainsi encore que l’on hérite d’une pensée : en la faisant travailler, en la mettant en mouvement, en n’ayant jamais peur de la déplacer. Un texte, de lui-même, appelle et demande à être altéré.

J’étais donc en train de dire qu’à ma connaissance, Lacan n’affirme pas comme tel que le réel vient des camps. Mais c’est là qu’il s’agit d’être aussi rigoureux que possible. Il me semble en même temps que les camps on tout à faire avec l’invention du réel par Lacan. Il faut se souvenir qu’afin de se faire entendre, il a pu dire qu’il allait en donner une définition, une définition du « réel ». Non. Pas une définition mais la définition, et non pas simplement la définition, mais la seule définition possible. Il faut bien peser cela car il en donnera d’autres bien sûr, dont celle même que l’on connaît souvent, à savoir « ce qui revient toujours à la même place » (retenons-la également). Mais jamais d’aucune autre il ne dira que c’est la seule possible, qu’elle a donc ce caractère-là d’unique. Et que dit cette définition ? Eh bien que c’est l’impossible. Que le réel, c’est l’impossible. Je dois citer. C’est très court. Et pas pour rien. Lacan fait court afin que l’on retienne ce qu’il va dire. C’est une stratégie de transmission. Il tient à ce que cela soit non seulement entendu mais encore retenu définitivement. C’est presque un hapax dans son œuvre. Il faut donc écouter et méditer inlassablement cela :

« Il n’y a pas d’autre définition possible du réel que : c’est l’impossible ; quand quelque chose se trouve caractérisé de l’impossible, c’est là seulement le réel ; quand on se cogne, le réel, c’est l’impossible à pénétrer. »

Déplier toutes les implications à l’œuvre dans ces quelques phrases ne serait pas raisonnable dans le cadre d’un entretien. D’ailleurs, au réel, Françoise Gorog et moi avons consacré deux années entières de séminaire sans pour autant jamais avoir eu ni la prétention ni l’impression d’en avoir fait le tour. Par définition on ne peut en faire le tour. Le réel, au mieux, on tourne autour. Ce qui s’appelle également écrire. Mais on n’a pas besoin de tout déplier pour commencer à saisir ce que l’impossible vient pointer, ni à partir de quand Jacques Lacan va l’injecter dans l’histoire de la psychanalyse et, partant, dans l’histoire de la pensée. Plus clairement car le point est fondamental : le réel n’apparaît dans les élaborations psychanalytiques d’abord de Jacques Lacan puisqu’il en est l’auteur, qu’après la deuxième guerre mondiale, donc après les camps.

Sera-t-on taxé d’illusion rétrospective si l’on ajoute qu’il n’y aurait pas eu sa place, ni même sa nécessité dans l’économie générale de l’appareil théorique de la psychanalyse avant ? Ici je tiens à rappeler le mouvement décisif dans et de la pensée de Jacques Lacan. Evidemment c’est Anne-Lise Stern qui l’aura relevé avec acuité la première. Lacan a non seulement pris la mesure du gouffre mais surtout, il l’a intégré, injecté, fait peser de tout son poids dans la psychanalyse. Pour le dire autrement, c’est avec l’invention et l’injection du réel dans la théorie psychanalytique que Jacques Lacan pose et affirme que l’on ne peut plus faire, ni penser la psychanalyse après comme avant. Et le réel, c’est cela. C’est cela justement : ce qui fait brisure et fracasse la temporalité. Ce qui inscrit irrémédiablement la trace de son passage et qui ne peut pas se recouvrir.

L’insupportable. Cela peut paraître compliqué à concevoir de prime abord, mais l’impossible qui définit le réel n’est pas la négation du possible. S’il était encore cela, une simple négation, il rentrerait dans le cercle de la dialectique et par sa négation même ferait encore le jeu du possible, ou se prêterait à sa possibilisation, ou encore pointerait l’horizon de sa réduction au possible. Un impossible devenant possible, n’est pas un impossible. Contrairement à ce que j’entends ici ou là, le réel n’est pas un impossible possible ni même l’impossibilité du possible. Non. Ce n’est pas ça. Il est décroché de tout lien et de tout rapport. L’impossible reste. Il reste impossible. Il reste l’impossible. C’est aussi pourquoi il s’agit de faire avec l’impossible ou pas sans l’impossible. Parce qu’il n’y a pas le choix. Il reste, il trace.

Et très factuellement, très littéralement, dans son enseignement, donc dans son séminaire et à plus d’une reprise, Jacques Lacan parle des camps. Point n’est besoin de faire la recension des occurrences du mot. Il suffit de rappeler de quelle belle et forte manière il aura répondu à la bêtise d’une critique : « (…) évoquer les camps, c’est grave, quelqu’un a cru devoir nous le dire. Et ne pas les évoquer? » La chose est d’importance car on y lit avec fermeté qu’on ne peut plus ne pas évoquer les camps. Et précisément dans le champ de la psychanalyse elle-même.

Le réel infigurable a plus d’une figure, en cela il est à entendre au-delà du principe de non-contradiction. Ce qui est au-delà du principe de non-contradiction est impensable. Justement l’impensable est une des figures infigurables du réel. L’inénarrable Alain Badiou écrivait encore pourtant récemment dans un ouvrage prétendant donner l’élucidation intégrale de ce qui arrive avec les attentats, quelque chose qui, une fois qu’on a fini d’en rire, demande qu’on s’y arrête. Il dit : que l’impensable est la défaite de la pensée. Il le soutient et le répète. Et pourtant non, l’impensable comme figure de l’impossible, à laquelle il faut ajouter entre autres l’irreprésentable, l’inconsolable, l’irréconciliable, l’indicible…, l’impensable donc est le souffle et le moteur de la pensée. Que penserait une pensée qui ne chercherait pas à penser l’impensable, qui ne s’y cognerait pas, qui ne s’y casserait pas les dents ? Rien. Et j’insiste : une pensée qui ne serait pas de l’impensable ne vaudrait pas une minute de peine. Lacan introduisant le reél-impossible dans le corpus analytique ne dit pas autre chose. Et il ne l’aura fait qu’après les camps.

Je reviens et finis avec et sur cet « après ». Le réel est la trace de la brisure, trace de l’irréparable faisant, inscrivant, marquant un avant et un après. Mais un « après » mettant la temporalité « hors de ses gonds ». Car j’ai bien qualifié de reste l’impossible. Autrement dit, l’après ne signifie jamais l’effacement de l’avant et l’oubli de la chose même. Et pour autant que le réel arrive dans la pensée, il n’y a pas d’après les camps comme page tournée. Le monde se sera effondré. Et penser reste penser depuis l’effondrement du monde. Exigence politique puisque politique signifie inquiétude pour la survie des corps parlants les uns pas sans les autres. Responsabilité. Voici la tresse fondamentale depuis l’impossible : éthique, politique, psychanalyse. Et il faut continuer. La psychanalyse, c’est peut-être cela. Derniers mots fameux de l’Innommable de Beckett : « (…) dans le silence, on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer ». Psychanalyse – à venir, disais-je.