Gérard Pommier, psychanalyste membre de l’association Espace Analytique, directeur de la revue La Clinique Lacanienne et cofondateur de la Fondation Européenne pour La Psychanalyse avec Claude Dumezil, Charles Melman et Moustafa Safouan s’interroge sur la réinsertion des candidats au djihad.

Et maintenant, ne faut-il pas aller vers de véritables « États généraux sur la radicalisation » et vers une paix civile qui est actuellement menacée ?

Notre pays vit aujourd’hui sous des lois d’exception destinées à lutter contre le terrorisme. Daesh est militairement vaincu, mais des lignes de partage se sont installées qui menacent la paix civile, aujourd’hui bien plus qu’hier.

Hier, il n’y avait que quelques terroristes fanatisés, passibles de la justice pour répondre de leurs crimes. Aujourd’hui, des quartiers entiers se sont repliés sur eux-mêmes, derrière le mur de leur religion.

Les femmes se voilent toujours davantage, et les hommes sont toujours plus fidèles au Coran qui, comme le christianisme, appelle à la conversion des mécréants et à la guerre.

Quant à la masse des français, ils n’ont jamais prêté autant l’oreille à la xénophobie et au racisme. Près de la moitié d’entre eux partage ces idées et 20% sont du côté de Marine le Pen. C’est une situation de guerre civile potentielle qui n’est pas propre à la France. Elle succède aux guerres qui ont détruit les pays laïques du Moyen-Orient, et qui ont eu comme conséquence l’afflux de réfugiés.

Quels sont les problèmes majeurs qui conditionnent une déradicalisation effective ?

Ce sont d’abord ceux des religions, dont aucune n’est tranquille. La psychanalyse est laïque, elle connaît les racines infantiles du fanatisme religieux, liées au refoulement de la sexualité et à la haine du féminin. Dans les quelques années qui ont succédé aux attentats, aucun homme politique n’a mis en cause la responsabilité des religions. Elles sont restées oubliées.

Le second problème majeur est celui des crimes de guerre, qui sont toujours dans la mémoire des millions d’enfants qui en souffrirent. Les psychanalystes savent que la mémoire est transgénérationnelle. La France n’a toujours pas reconnu les crimes de guerre qu’elle a commis. Si aujourd’hui l’Allemagne et la France peuvent travailler de concert, c’est parce qu’une dénazification effective a été conduite en Allemagne, avec des lois qui punissent toute résurgence du nazisme.

À côté de ces problèmes de fond, aborder la radicalisation sous l’angle de la psychopathologie n’est pas seulement dérisoire, mais contreproductif. Ravaler la psychanalyse à cette perversion lui fera perdre encore plus le rôle éminent qu’elle peut avoir dans le profond malaise de la culture.

Peut-être est-ce une tâche au-dessus de nos forces? Notre devoir n’est-il pas au moins d’essayer ?

C’est aux psychanalystes qu’il revient d’avancer cette idée juste. Ceux que ce projet intéresse, peuvent rejoindre ceux qui sont déjà inscrits sur l’adresse mail suivante : ethique.radicale@gmail.com

G. Pommier