J’ai eu un coup de cœur pour deux bouquins qui ont pour décor l’Argentine et je veux partager avec vous le plaisir qu’ils m’ont procuré.

Il s’agit de Douce Flamme, roman de Philip Kerr et Neuland, roman de Eshkol Nevo.

Mais avant, je dois vous donner quelques informations sur cet immense pays et sa relation avec les Juifs.

L’Argentine c’est communément le tango, un drapeau1, la guerre des Malouines, le Pape François, les Perón avec en tète Juan Domingo et Évita, une des principales puissances économiques d’Amérique du Sud, le Maté, la Patagonie, Jorge Luis Borgés, Diego Maradona et Lionel Méssi.

Mais sait-on que c’est le pays où fut découvert le fossile du plus grand dinosaure, vieux de 80 millions d’années. Le Murusraptor barrosaensis a été découvert en 2000 en Patagonie.

Les Juifs en Argentine

L’histoire agitée des Juifs en Argentine qui alterne les périodes fastes et les pires tragédies, commence dès le XVIe siècle, après l’expulsion juive d’Espagne. Accompagnant les explorateurs et les colons, des artisans et commerçants juifs s’installent dans ce qui est maintenant l’Argentine, mais une communauté juive organisée ne s’est pas développée avant 1816, année de l’indépendance de l’Argentine.

Au milieu du XIXe siècle, des Juifs de France et d’autres pays d’Europe occidentale, fuyant les bouleversements sociaux et économiques des révolutions, ont commencé à s’installer en Argentine. Puis le troisième président, Nicolas Avellaneda (1874-1880) réussit, malgré une forte opposition au Sénat, à faire adopter le 19 octobre 1876, la Loi sur l’Immigration et la Colonisation permettant ainsi l’entrée en scène des Juifs sur le sol argentin. Parallèlement, la «Conquête du désert» étend l’autorité du gouvernement sur 375 000 km² supplémentaires au nord de l’Argentine et en Patagonie.

A la même époque, sous l’Empire tsariste, la population juive de Russie est victime de pogroms ce que ne manque pas de remarquer Carlos Calvo, officier de l’immigration d’Argentine, en voyage à Paris. Il engage immédiatement les démarches afin de transférer ces immigrants en Argentine. Son action fut éclipsée par la réalisation d’une de ces utopies dont cette époque avait le secret.

En 1887, Le Baron Moritz de Hirsch perd son unique fils, Lucien. Il décide alors de consacrer son énorme fortune qu’il a fait principalement dans les chemins de fer à améliorer le sort des Juifs de Russie, notamment en organisant leur immigration.

Sur les conseils du Dr W. Löwenthal , il porte son choix sur l’Argentine pour cette immigration. En 1889, le premier contingent de 819 juifs d’Ukraine arrive à bord du bateau Weser. Le Docteur Löwenthal organise alors avec l’aide financière du Baron, un véritable « plan de sauvetage et de colonisation » en faveur de ces immigrants.

Il va créer « L’association de la colonisation juive » (JCA) en 1891 à New-York, qui financera des infrastructures pour permettre l’installation des nouveaux colons juifs dans leur nouvelle ferme en Argentine.

A la mort du Baron Moritz de Hirsch en 1896, la JCA reprendra le flambeau, forte d’une partie de la fortune qu’il lui a léguée. A l’aube de la première guerre mondiale, la communauté juive dépasse les 100 000 personnes, la plus grande partie est concentrée dans la capitale.A partir de 1894, la communauté juive à Buenos Aires est assez représentative pour créer un premier quartier (autour de Tribunales), ou s’ouvrent magasins de tissus, habits, joaillerie. C’est dans ce même quartier, que sera construite la première synagogue: «Le Templo Libertad» en 1897.

La JCA acquit, à partir de 1892, des domaines considérables disséminés dans différentes régions : les premières implantations se nomment Moisesville, Mauricio, Clara, Carmel, Ida, Rachel, Rosh Pina, Baron Moritz de Hirsch, San Antonio. Les premières installations sont difficiles mais au fil des années, les colonies ne cessent de s’agrandir et en 1925, 22% de la population juive du pays vit au sein d’une colonie.

Un rapport de la Jewish Colonization Association sur Moisesville, en 1923, écrit : « La population de la colonie continue à augmenter. Elle est aujourd’hui de 8 826 âmes, dont 7 400 israélites, représentant 1302 familles. Nous avons encore à Moïsesville une réserve de 54 000 hectares environ, dont 60% sont aptes à l’agriculture et 40% devront être destinés à la colonisation pastorale.

Puis, l’immigration se réduit pour deux raisons :

1- Les Ashkénazes privilégient l’établissement des Juifs en Palestine. Le Sionisme prend de plus en plus d’importance surtout après la déclaration de Lord Balfour en 1917.

2- La tendance philosemite en Argentine va s’inverser : Après la Révolution russe d’octobre 1917, le sentiment anti-révolutionnaire devient de l’antisémitisme à part entière contre les « Rusos », terme employé pour désigner ceux qui venaient de Russie. En janvier 1919, une grève générale à Buenos Aires conduit à un pogrom contre les Juifs qui voient leurs biens brûlés et pillés dans ce qu’on appela la Semaine tragique.

Dix ans plus tard, une vague de nationalisme hispanophone-catholique submerge l’Argentine qui va s’opposer fermement à l’immigration. De nouvelles lois sur l’immigration sont promulguées en 1932 et appliquées l’année suivante. Les Juifs argentins ne réalisent pas les dangers qui pèsent sur les communautés juives européennes alors que l’ère nazie s’annonce. L’Argentine, alors en plein marasme économique, décide donc de fermer ses portes au moment où les Juifs ont désespérément besoin d’un refuge. Après la Seconde Guerre Mondiale, la Communauté Juive Argentine, va vivre relativement bien malgré la présence dans ce pays de nombreux nazis et de musulmans pro-nazis.

Journaliste d’investigation, amateur de faits divers, l’Argentin Javier Sinay a trouvé il y a quelques années un article écrit par son arrière grand-père, Mijl Hacohen Sinay, sur « Les premières victimes juives de Moisés Ville », publié à Buenos Aires. On y raconte une vingtaine d’homicides commis au tournant du XIXe et du XXe siècle à Moisés Ville.

Javier Sinay a raconté sa recherche dans un ouvrage « Los crimenes de Moisés Ville : Una historia de gauchos y judios» (éd. Tusquets, Buenos Aires, 2013, non traduit).

Il a dû apprendre à lire le yiddish pour décrypter la masse de textes sauvés de l’attentat meurtrier qui détruisit le siège de l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA) en 1994. Pionnier de la presse yiddish argentine, Mijl Hacohen Sinay avait fondé en 1898 le journal Der Viderkol (L’Écho), entièrement composé à la main et reproduit par lithographie. Disparu après trois numéros, ce titre presque mythique, introuvable, inaugure une presse longtemps florissante, avec deux quotidiens rivaux à Buenos Aires, Die Yidische Zeitung (à partir de 1914) et Die Presse(1918).

Cette culture judéo-argentine s’est exprimée notamment dans le théâtre, les lettres et la musique. Très prolixe, Mijl Hacohen Sinay ne cessera d’écrire et de remémorer la saga de l’immigration, avec une passion polémique inassouvie. Il était très critique à l’égard de la JCA, qui avait commis la faute irréparable d’expulser de Moisés Ville son père, le vénérable rabbin Mordejai Reuben Hacohen Sinay, pour avoir pris la défense des colons.

Le récit labyrinthique de leur descendant, Javier Sinay dévoile une image de la colonisation de la« pampa gringa », zone colonisée par des immigrés– moins idéalisée que celle transmise par Les Gauchos juifs (traduction française chez Stock, 2006), l’œuvre d’Alberto Gerchunoff (dont le père avait pourtant lui-même été assassiné). L’immigration n’a jamais été un long fleuve tranquille, elle a toujours été une épreuve. Le rêve d’un melting-pot à l’américaine se fracasse contre la réalité des faits.

Le nationalisme argentin avait commencé à donner de la voix et à sévir, justement face aux vagues d’immigrés provenant d’Europe et d’Orient, comme l’atteste le pogrom de 1919. Ensuite, l’idéologie nationale-catholique des militaires était particulièrement perméable à l’antisémitisme. Le coup d’État de 1943 porta au pouvoir des officiers hitlériens et mussoliniens, comme le général Juan D. Perón.

Ce dernier, arrivé à la présidence en 1945, accueillera massivement les criminels de guerre et les organisateurs des camps d’extermination. Aujourd’hui encore, l’aéroport international de Buenos Aires porte le nom d’un de ces sympathisants nazis notoires, le général Juan Pistarini, connu pour ses liens avec les entreprises du Reich installées en Argentine. Faute de pouvoir illustrer son livre, Javier Sinay a mis en ligne un site avec une partie de l’iconographie trouvée au cours de ses recherches : www.loscrimenesdemoisesville.com

Une théorie du complot juif s’est construite, s’appuyant sur une interprétation tendancieuse des projets historiques2 (réels), surgis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle , qui visaient à permettre une immigration juive organisée vers l’Argentine, mêlée aux élucubrations des Protocoles des sages de Sion. Elle servira, sous le nom de plan Andinia, à développer un sentiment antisémite au sein des forces armées et des services de sécurité argentins.

D’abord relayée en 1965 par un parti néonazi, le Front national-socialiste argentin, fondé par les enfants d’Adolf Eichmann, puis en 1971 par W.B Allende, professeur d’économie à l’université de Buenos Aires, elle va envahir les media. Plus récemment, à partir de 2005, la théorie refit surface et se propagea à travers les réseaux sociaux et l’Internet.

Des « communautés d’expulsion» (comunidades de rechazo) furent mises sur pied en Patagonie argentine, groupes que peut-être il y a lieu de mettre en rapport avec les attaques anonymes perpétrées vers la même époque contre des touristes israéliens, notamment dans la ville de Bariloche.

Le premier de ces actes de violence survint en 2013, lorsqu’un jeune Israélien fut chassé d’un hôtel à El Bolsón en raison de son origine, et arriva à la connaissance du public après que la victime s’en fut plainte publiquement. En mars 2014 se produisirent de nouvelles agressions, cette fois dans la zone du lac Puelo, où un cocktail Molotov fut lancé contre un complexe de chalets propriété d’un membre de la communauté juive, et où en 2015, un hôtel hébergeant majoritairement des touristes israéliens fut attaqué, faisant plusieurs blessés.

La grave crise économique de 2001 a obligé un grand nombre de juifs argentins à faire son alyah vers Israël ou à s’exiler vers d’autres horizons. Pourtant les institutions et les associations juives en Argentine sont encore très importantes et très respectées par la population.

Compte tenu de la composition des vagues d’immigration suivantes, la population juive actuelle est à 80% d’origine ashkénaze, les Séfarades et les Mizrahim3 sont en minorité.

La population juive est la plus grande d’Amérique latine et la troisième du continent avec environ 300 000 membres bien que de nombreux Juifs l’aient quittée au cours des années 1970 et 1980, pour échapper à la répression de la junte militaire et émigrer vers Israël, les pays européens (notamment l’Espagne), et l’Amérique du Nord.

Douce flamme de Philip Ballantyne Kerr

Philip B. Kerr est né à Édimbourg en 1956. Il à étudié le droit et la philosophie à Birmingham. Rédacteur publicitaire il devient journaliste indépendant puis écrivain de romans policiers.

Sa passion pour l’histoire le conduit à s’intéresser à l’Allemagne de la période 1930 – 1960 et particulièrement la police berlinoise entre la république de Weimar et le IIIeme Reich.

Le succès de sa Trilogie berlinoise(Berlin Noir), ayant pour héros Bernhard Günther, un enquêteur privé surnommé Bernie, dont les aventures ont pour cadre l’Allemagne nazie, le pousse à se consacrer à l’écriture à temps plein. Alors qu’il avait annoncé la fin de Günther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures à partir de 2006.

Il se consacre à sa seconde passion : le Football. En 2015, avec Le Mercato d’hiver (January Window), il entame un nouveau cycle ayant pour héros un entraîneur de football, Scott Manson. À l’occasion, il publie des articles pour le Sunday Times, l’Evening Standard et le New States man.

Envoyé spécial de la BBC à Moscou en 1994, il peut suivre pendant trois semaines une enquête du chef de la police de Saint-Pétersbourg. À son retour au Royaume-Uni, il en tire un roman de procédure policière sur la mafia russe intitulé Chambres froides (Dead Meat).

Sous la signature P. B. Kerr, il poursuit également la publication à partir de 2004 d’une série pour la jeunesse, Les Enfants de la lampe magique (Children of the Lamp).

Philip Kerr résidait à Londres avec sa femme, Jane Thynne, également écrivain, et leurs trois enfants. Il décède des suites d’un cancer le 23 mars 2018, à l’âge de 62 ans.

Une douce Flamme

C’est le retour de Günther alias Bernie le héros de la trilogie berlinoise, mais c’est aussi deux romans en un.

Berlin 1932 : La fin de la république de Weimar et après quatre semaines de traversée depuis Gênes

( voir ici http://mille-et-une-feuilles.over-blog.com/2016/07/philip-kerr-suite.html)

L’Argentine 1950 : Les activités des nazis exfiltrés.

On fait donc un tour dans le Berlin de 1932, et P.Kerr rend vraiment vivante cette république de Weimar mourante où s’affrontent SA et militants communistes. On sent bien que le régime est à bout de souffle et visiblement pas grand monde, quelque soit son bord politique, ne semble décidé à le sauver. On a le regard d’un allemand qui a vu mourir un régime démocratique.

Günther s’interroge sur sa responsabilité personnelle dans la fin de la république de Weimar : a-t-il tenté quoi que ce soit pour essayer de la sauver ? On sent aussi que sans adhérer aux idéaux nazis, certains décident simplement de ne pas se mettre à dos les possibles futurs maîtres de l’Allemagne.

En 1932, Hindenburg est président d’une faible et impuissante République de Weimar prête à être livrée à un nouveau chancelier qui pourrait être Adolf Hitler. Le pays est gangrené par les violences politiques, la traque des communistes, le racisme. Bernie est esseulé, favorable au SPD et au Front de Fer.

Il déteste les nazis. L’Allemagne ne devrait-elle pas plutôt se protéger et se purifier des handicapés comme le pense son adjoint Heinrich Grund ? Le temps est compté, l’instabilité politique ne présage rien de bon, la fin de la démocratie allemande est proche. Hitler devient chancelier le 30 janvier 1933, le Reichstag est incendié le 27 février 1933. Bernie est muté aux archives. Il dit :

« Tous les allemands portent en eux l’image d’Adolf Hitler. Même ceux qui comme moi, le haïssent, lui et tout ce qu’il représentait. Ce visage, avec ses cheveux ébouriffés et sa moustache en timbre-poste, continue de nous hanter, aujourd’hui encore et à jamais, et, telle une douce flamme impossible à éteindre, brûle dans nos âmes.

Les nazis parlaient d’un Reich de mille ans. Mais, parfois je me dis qu’à cause de ce que nous avons fait, le nom de l’Allemagne et les allemands sont couverts d’infamie pour mille ans. Qu’il faudra au reste du monde mille ans pour oublier. Vivrais-je un millier d’années que jamais je n’oublierais certaines choses que j’ai vues. Et certaines de celles que j’ai commises. »

1950, l’Argentine

Le lecteur comprend vite pourquoi l’Argentine a été terre d’asile pour les nazis en fuite. Ce pays a toujours accueilli de nombreux réfugiés, espagnols, italiens, juifs russes. L’admiration que voue le président Juan Perón et son épouse Évita à l’Allemagne a fait le reste. Le dictateur parle allemand et à été formé par des instructeurs militaires allemands. Les Perón sont populaires mais leur pouvoir repose aussi sur une dictature policière sournoise et efficace. Le directeur de la sécurité et du renseignement, le colonel Montalbán, a lui aussi été formé à Berlin et y a croisé Bernie.

Bernie découvre les activités du général SS Hans Kammler, ingénieur jadis responsable de la construction du camp de Majdanek, par rapport à un document secret, la «directive 11», qui vise à bloquer l’émigration des Juifs en Argentine, celles d’Adolf Eichmann , d’Otto Skorzeng, de Joseph Mengege alias docteur Mengele, intriguent … Ne seraient ils pas en train de «terminer le travail »?.

On fait la découverte d’un pays où des juifs allemands ont fui pendant les premières années du régime nazi,la police politique et ses techniques originales pour se débarrasser des opposants, les magouilles en tout genre, la spoliation des biens des juifs et plus encore…. Tout ça est vivant et ça donne envie (ou plutôt pas) d’y faire un tour.

Philip Kerr avoue sa dette à l’égard d’un journaliste et historien argentin, Uki Goñi, auteur d’un ouvrage de référence sur l’accueil des nazis en Argentine: L’authentique Odessa (The Real Odessa), publié à Londres et à Buenos Aires en 2002, traduit en Italie, au Brésil, en Allemagne et en Slovénie. Uki Goñi n’a cessé d’enrichir son investigation, comme en témoignent la nouvelle édition argentine de son livre en 2008 et son site Internet.

Quelques autres ouvrage de P.KERR

Un livre sur l’Argentine de Eshkol Nevo1.

Avec « Neuland », le romancier israélien réenchante le nomadisme à l’ère des treks et du low-cost. Né à Jérusalem en 1971 et diplômé en Psychologie et Marketing (université de Tel Aviv,) il à vécu longtemps aux USA et enseigne désormais l’écriture créative en Israël.Résultat de recherche d'images pour "douce flamme"

NEULAND

Voici un roman solaire, traversé par la lumière d’une croyance au monde, au monde en grand, à un monde lassé des « fins de l’Histoire » ou du cynisme et qui retrouve la possibilité de croire en l’utopie. Eshkol Nevo avec ce quatrième ouvrage traduit en français, s’impose comme l’un des grands auteurs de sa génération, celle qui succède aux Amos Oz, A. B. Yehoshua, David Grossman.

Neuland, fait référence à Altneuland (Terre ancienne, terre nouvelle, 1902), celui du fondateur du sionisme. Theodor Herzl y imaginait un groupe de savants et d’intellectuels viennois redécouvrant une Palestine devenue fantastiquement prospère après le retour des juifs.« Si vous le voulez, ce ne sera plus un rêve », concluait Herzl.

Eshkol Nevo fait tourner le film à l’envers. Le rêve a changé de lieu, désormais. Ce n’est plus la vallée de Jezréel ni les collines dorées de Jérusalem, mais l’Altiplano ou le lac Titicaca qui attirent les exilés de Sion. Les chamans et leurs plantes hallucinogènes ont remplacé les « hommes nouveaux », le kibboutz et les figures bibliques.

En entremêlant le récit principal et une histoire parallèle, l’arrivée in extremis, en 1939, sur les rivages de la Palestine, de la grand-mère d’une des protagonistes du roman – détail tiré de la propre biographie familiale de l’auteur –, Eshkol Nevo suggère que la boucle de l’exil ne sera jamais bouclée, que la circulation des hommes demeure infinie quels que soient les contextes, que nomadiser est une fête réconciliatrice avec soi-même et non la malédiction du Juif errant dont Neuland tente d’inverser le mythe.

Eshkol Nevo aime ses personnages, parfois trop pour les peindre en noir ; plutôt les prend-il au sérieux, comme des amis. Il pousse l’art de créer l’empathie…

Eshkol Nevo

ISBN : 2070138453

L’utopie d’une nouvelle terre d’accueil pour les émigrants du monde entier, tout comme la Palestine des années trente attirait les Juifs d’Europe Centrale.

Neuland, porté par un souffle romanesque impressionnant, nous raconte l’histoire de vies qui auraient pu prendre un tout autre cours, le destin de ces utopies que l’on n’ose pas, tout comme la force de nos désirs et de nos regrets.

Ce livre résume et condense toutes les frustrations et tous les rêves d’Israël aujourd’hui avec un énorme souffle et beaucoup d’humilité.

Du même auteur en Français

Une chanson que je vous recommande

Née à Tucumán, en Argentine, le 9 juillet 1935, Mercedes Sosa découvre à l’âge de quatorze ans la chanteuse qui va l’inspirer, l’Espagnole Lola Flores. Issue d’une famille pauvre, elle chante pour le voisinage et attrape le surnom de « Negra Sosa » (en raison d’une chevelure noire épaisse) qui ne la quittera plus. Son répertoire engagé puise dans les chansons d’Atahualpa Yupanqui et Violetta Parra, restituant les souffrances de son peuple.

Le chant puissant et expressif de Mercedes Sosa en fait l’ambassadrice de la « nueva canción » (nouvelle chanson latine) dans les années soixante, à l’époque de Canciones con Fundamento. Appelée la « voix du peuple silencieux », la chanteuse impose son style austère et assise joue d’un tambour accompagnée d’une guitare.

La dictature qui sévit en Argentine entre 1976 et 1983 met un frein à sa carrière. Mercedes Sosa s’exile alors à Madrid et se produit dans les capitales européennes, avec une prédilection pour Paris. Durant cette décennie, le style musical évolue.

De retour dans son pays en 1992, Mercedes Sosa est célébrée comme une idole. En l’an 2000, elle remporte un Grammy Award pour l’album Misa Criolla. La chanteuse se produit dans des salles aussi peu ordinaires que le Vatican ou le Colisée de Rome .

Le 4 octobre 2009, Mercedes Sosa s’éteint des suites d’une pneumonie, à l’âge de soixante quatorze ans. Le deuil national est décrété en Argentine.

https://www.youtube.com/watch?v=cIrGQD84F1g

En prime quelques infos sur le Maté, Borgés et le Tango

Le maté est une infusion traditionnelle consommée en Argentine, issue de la culture des indiens Guaranis. C’est une part très importante de la culture argentine, et il est fréquent de voir des personnes boire le maté dans la rue. La plante utilisée, la yerba maté, parfois appelé « thé du Paraguay», «thé des Jésuites » ou «thé du Brésil ».

C’est une espèce sud-américaine dont les feuilles torréfiées , fournissent, infusées dans l’eau chaude, une boisson stimulante, aux effets semblables au thé ou au café. Elle se boit dans une calebasse grâce à un tube métallique qui sert aussi de filtre, la «bombilla ».

Pour savourer cette boisson forte et amère, les gauchos se disposent en cercle et la calebasse de maté passe de main en main selon un rituel très précis qui invite par exemple les participants à suivre le sens inverse des aiguilles d’une montre afin de ralentir le temps Ces rites de consommation, symbolisent parfaitement la fraternité et l’hospitalité des gauchos ces habitants de la pampa argentine.

La littérature argentine, de langue espagnole, a acquis une véritable indépendance vis-à-vis de l’Espagne durant le xixe siècle, et son représentant le plus célèbre, Jorge Luis Borges2, est l’un des écrivains les plus prestigieux du XXe siècle .

Le tango, est plus qu’une danse, c’est une culture. Il est aussi vieux que l’Argentine et Michel Plisson, auteur d’ouvrages faisant référence dans ce domaine, affirme :

«Les Noirs [esclaves, à l’époque] empruntent de leurs anciens maîtres les danses de couples que la tradition africaine ignore. Les danses de salons européennes comme la mazurka, la polka se déforment à leur contact car les Noirs les investissent d’éléments culturels qui sont étrangers à ces danses.

Le compadrito reprend des Noirs ces formules nouvelles, sans se rendre compte, qu’en se moquant des Noirs, il invente dans la danse des pas nouveaux. Issue des figures du candombe, c’est dans les bas-fonds et les bordels que cette alchimie se produit.»

L’Argentine exportera son tango partout dans le monde avec Carlos Gradel 3, Astor Piazzola , Ada Falcone, Mercedes Simone, Tita Merello, Horacio Salgan ou bien Alberto Castillo. Réalisant avec une grande audace une parfaite égalité hommes/femmes. Les danseurs de renommée sont légion et chaque année se produisent dans les théâtres européens.

Indépendant en 1816, le pays se dote d’un drapeau aux bandes bleues et blanches (les mêmes couleurs que le drapeau israélien), auxquelles on ajoutera le soleil dit Sol de Mayo représentation du dieu du soleil Inca, Inti. Le terme Argentina est attesté pour la première fois sur une carte vénitienne de 1534, il n’est ni un mot espagnol, ni un mot portugais, il remonte à l’italien Argentina «d’argent», nom probablement donné par les navigateurs vénitiens ou génois comme Jean Cabot.

La théorie se base sur la mention faite par Theodor Herzl dans son livre l’État juif (Der Judenstaat, 1882) de l’éventualité d’acquérir des terres en Palestine ou en Argentine en vue de la création d’un État juif suivant le modèle utilisé par les USA pour acquérir l’Alaska

Juifs du Mashreq ou du Levant (Liban, Syrie, Iraq …

1 Moise est réputé être mort au pied du mont Nevo et n’a pas foulé le pays où coule le lait et le miel

2 Lire en particulier ‘La bibliothèque de Babel’ , ‘L’Aleph’ , ‘ Le labyrinthe’ et ‘Fictions’

Attention la lecture de Borges est difficile

3 Dont on oublie souvent qu’il est français d’origine

1 Indépendant en 1816, le pays se dote d’un drapeau aux bandes bleues et blanches (les mêmes couleurs que le drapeau israélien), auxquelles on ajoutera le soleil dit Sol de Mayo représentation du dieu du soleil Inca, Inti. Le terme Argentina est attesté pour la première fois sur une carte vénitienne de 1534, il n’est ni un mot espagnol, ni un mot portugais, il remonte à l’italien Argentina «d’argent», nom probablement donné par les navigateurs vénitiens ou génois comme Jean Cabot.

2 La théorie se base sur la mention faite par Theodor Herzl dans son livre l’État juif (Der Judenstaat, 1882) de l’éventualité d’acquérir des terres en Palestine ou en Argentine en vue de la création d’un État juif suivant le modèle utilisé par les USA pour acquérir l’Alaska

3 Juifs du Mashreq ou du Levant (Liban, Syrie, Iraq …)