L’Iran est un grand pays à l’histoire multi-millénaire. La contribution culturelle et scientifique de l’ancienne Perse à l’humanité est incontestable. Cette terre est le berceau de civilisations prestigieuses et la patrie de philosophes, de savants, d’écrivains et de poètes de renom.

Beaucoup d’Iraniens, même après 37 années d’obscurantisme imposé par un régime rétrograde, sont des gens raffinés et cultivés, et grande est leur soif d’ouverture vers le reste du monde.

Le 25 février, veille des élections iraniennes, était une journée « spécial Iran » sur « France-Info », une station d’information continue de Radio France, la radio d’État. Du matin au soir, nous avons pu entendre des reportages en direct de Téhéran. Nombre de témoignages étaient émouvants et l’auditeur ne pouvait qu’avoir de la sympathie pour ces jeunes nés après la Révolution islamique qui exprimaient leur soif de liberté, leurs désirs d’un avenir meilleur.

Pour tous ces gens, je suis heureux de voir l’Iran s’ouvrir, même timidement. Cependant, malgré toute mon empathie pour le peuple iranien, certains « détails » m’empêchent de participer pleinement à la complaisante euphorie que semble avoir provoqué l’annonce du retour de l’Iran au sein de la communauté internationale. Si ces « détails » n’appartenaient qu’à un passé douloureux mais définitivement révolu, sans doute aurais-je moins de réticences envers les retrouvailles en cours.

Quels sont-ils, ces « détails » qui, de mon point de vue, gâchent ces retrouvailles ?

Il y a bien sûr le nombre effarant de condamnations à mort, souvent prononcées à la suite d’aveux extorqués sous la torture, parfois à l’encontre de mineurs. L’élection d’un président prétendument «modéré» ne semble avoir rien changé en ce domaine, bien au contraire, puisque 1085 personnes ont été exécutées en 2015, un « record » depuis 25 ans!

L’Iran n’a pas cessé son soutien aux groupes terroristes. Le pays du président Rohani poursuit son soutien sans faille au Hezbollah. Ce groupe armé a depuis des années constitué un État dans l’État au Liban. Non content d’avoir réussi à imposer sa loi au Pays des Cèdres, il intervient à présent dans le conflit syrien aux côtés du régime de Bachar al-Assad, tout en continuant à menacer le nord d’Israël. Oui, vraiment, ce Hezbollah constitue un « détail » dont il est bien difficile de faire abstraction ! D’autant qu’à cela s’ajoute le « détail » du Hamas, également soutenu par Téhéran.

La rhétorique hostile à l’« entité sioniste » n’a pas changé d’un iota avec l’arrivée au pouvoir de Monsieur Rohani. Elle semble même s’être aggravée. Le 24 février dernier l’Iran a promis, par la voix de son ambassadeur au Liban, une prime de 7 000 dollars aux familles des terroristes abattus par les forces de l’ordre israéliennes, lors d’attentats ou de tentatives d’attentats. Comment qualifier une telle offre ? Ne s’agit-il pas là d’une véritable incitation au meurtre d’Israéliens ? Voilà encore un « détail », largement passé inaperçu en dehors d’Israël, qui devrait sérieusement entacher l’image du souriant Rohani.

Enfin il y a eu le « détail » de l’augmentation de la récompense offerte pour l’assassinat de Salman Rushdie. C’est en 1989 que feu l’ayatollah Khomeiny avait prononcé une fatwa condamnant l’écrivain britannique à mort. En 1999, Téhéran avait annoncé que l’État iranien renonçait à appliquer ladite fatwa. Malgré cela, une fondation iranienne, soumise à l’autorité du « guide de la révolution » Khamenei augmente régulièrement la somme offerte pour le meurtre de l’auteur des « Versets sataniques ».

Pire, le 22 février dernier un groupe de médias d’État a encore ajouté 600 000 dollars au montant de la « récompense » promise à l’éventuel tueur. Cette dernière s’élèverait à présent à environ 4 millions de dollars. En 1989, la fatwa avait provoqué la rupture des relations diplomatiques entre le Royaume-Uni et l’Iran. En août dernier, Londres a rouvert son ambassade à Téhéran. Le détail de l’incitation (régulièrement renouvelée) au meurtre d’un sujet britannique, de surcroît anobli par la Reine, ne semble pas avoir perturbé la diplomatie de Sa Gracieuse Majesté…

Je m’abstiendrai d’évoquer ici le « détail » de la mise au point de bombes atomiques et de missiles à longue portée, puisque, depuis la signature de l’accord de Vienne, on nous affirme que tout risque en ce domaine est désormais écarté.

Malgré la disparition officielle de ce dernier « détail », je ne parviens toujours pas à me réjouir des retrouvailles en cours et des contrats mirifiques qui en découleraient.

Mais sans doute ai-je trop mauvais esprit…