Cinq pierres est un jeu israélien que chaque enfant de ma génération connaît bien. Cinq petits cubes de métal qui sont jetés en l’air et ramassés en plusieurs combinaisons. Un jeu qui exige de la pratique et de la coordination.

Ce petit jeu peut tenir dans la paume d’une main d’un petit enfant, ce qui facilite son transport. Un jeu pour le nomade juif, bien avant que les jeux vidéo ne deviennent populaires.

Ce petit jeu est venu avec moi en France et je l’utilise quand je parle d’identité et de souvenirs. Comment ces pierres symbolisent à bien des égards ce que je ressens pour Israël, ma génération en Israël, les jalons importants de la société israélienne, l’histoire et la culture des années 60, 70 et 80.

Certaines personnes se référeront à cette période comme un temps naïf dans la vie d’Israël quand elle était encore une jeune femme de 20 à 50 ans

Je pense à ce jeu d’une manière différente, mais il est encore intéressant d’observer les différents jeux de chaque génération et leur sens symbolique, dans différentes périodes d’une nation.

En tant qu’éducatrice, le jeu est également important pour moi en planifiant une leçon ou une activité pour les enfants et les adultes. C’est un outil qui me permet d’introduire des problèmes parfois complexes concernant l’identité.

Un jeu informel nous permet d’ouvrir un dialogue avec des étrangers, mais il se rapporte aussi à nous quelques souvenirs que nous avions lorsque nous étions enfants, ou des souvenirs que nous avons partagés avec d’autres. Ce partage de façon authentique nous permet de réfléchir plus profondément sur le sujet que nous apprenons.

Les enfants développent la responsabilité dans le processus d’apprentissage quand ils l’apprécient. Une règle de base que j’ai apprise en tant qu’éducatrice en Israël, où l’éducation informelle est beaucoup plus développée qu’en France.

Et donc, avec mes cinq pierres dans ma poche, je pense aux jeux que j’ai joués en tant qu’enfant, je pense aux jeux que mon père avait dans son enfance et aux jeux des enfants de mon frère qui ont l’âge des élèves de notre Talmud Torah

Mon père, qui est né juste avant la naissance de l’Etat d’Israël, a préparé une longue liste de tous les jeux auxquels il a joués (je dois la traduire). Beaucoup de ces jeux sont simples, composés de ce que les enfants ont trouvé dans la cuisine ou dans la rue. Il a grandi à Tel Aviv où le jeu préféré était simplement de quitter l’école et aller directement à la plage

Cette génération qui vivait dans une modeste période, avait la responsabilité de construire le jeune pays qui embrassait beaucoup d’enfants de toute la diaspora. Les jeux ont permis de surmonter les difficultés de la langue et de la culture. Beaucoup de jeux se sont créés lorsque les enfants se sont rencontrés.

Mon père parle avec une voix nostalgique du jeu Gogoyim (à Jérusalem – Ajouim), les noyaux d’abricots jetés dans une vieille boîte à chaussures. Un jeu d’été ! Un autre jeu, les trois bâtons, un jeu classique avec des branches d’un arbre que l’on peut trouver partout.

C’était une génération de rêve qui ne s’est pas construite par des jeux brillants mais avec la valeur de partage tout en profitant des choses simples de la vie.

Ma génération née à la fin des années 60 a déjà été présentée à la richesse. Nous avons eu le même plaisir que les jeux simples, mais nous avions aussi un monopole raide et oui … en tant qu’adolescents, nous avons déjà joué à Packman d’Atari.

Les cinq pierres étaient le jeu que nous pouvions apporter à l’école dans la poche et les champions avaient toujours deux sets. Plus ils étaient utilisés, mieux ils valaient. Mes pierres étaient encore brillantes, pas aussi utilisées que les enfants qui venaient avec les pierres de leurs frères et soeurs plus âgés.

Mais j’étais contente de les voir jetées en l’air et d’attendre leur chute.

La génération actuelle partout dans le monde est gâchée par de nombreux jeux, une liste inachevée de tout ce que l’on peut imaginer. Beaucoup d’enfants partagent leur après-midi avec l’écran de leur ordinateur plutôt qu’avec d’autres enfants dans le quartier. Ces deux derniers mois, les photos de mes amis sur Facebook sont envahies de la dernière tendance. Le jeu que tous les enfants doivent avoir, sinon ils se rebellent.

Le Spinner ! L’académie de la langue hébraïque avait proposé aux enfants de trouver un nom en hébreu pour ce jeu, comme ce petit spinner est là pour rester! Et oui, le jeu a été déclaré kasher pour le shabbat! J’ai immédiatement pensé à mes 5 pierres…

Une idée simple, dans la poche qui exige d’être concentré et rapide. Le jeu s’est développé dans les années 90 mais n’est devenu populaire que cette année. Son objectif principal est, d’après Wikipedia, d’aider les personnes ayant des problèmes de concentration.

Chaque génération a des défis, mais je pensais, en effet, qu’entre la génération de mon père avec un objectif très clair et ciblé de développer l’Etat et la Terre d’Israël, ma génération qui avait la plate-forme pour progresser et imaginer dans le futur, en jetant les cubes en l’air et prendre des risques.

La génération actuelle a une énorme tâche de trouver l’équilibre, lorsque le monde autour est en colère et confronte les groupes extrêmes, le nationalisme et le rythme de la vie qui s’accélère tout le temps. Le spinner est un jeu qui peut se jouer à l’école tout en aidant les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage. Bien sûr, le jeu exige un ensemble de règles afin de ne pas distraire les élèves de leurs études.

Mais, après tout, c’est un jeu qui donne beaucoup de plaisirs et de nouveaux souvenirs à tous ceux qui y jouent avec leurs amis ou leurs professeurs !

Mes cinq pierres sont pour moi un jeu et un souvenir d’une identité israélienne, à travers les histoires des générations avant et après la mienne. Cette mémoire est aussi l’occasion de partager mes pensées de cette identité tout en vivant en diaspora.

Ce poème « Cinq pierres » a été écrit entre Yom Hashoah et Yom Haatsmaut, entre l’histoire de deux générations, entre deux périodes différentes pour les Juifs et entre deux pays. Le texte a été modifié et traduit en français par le traducteur Michel Eckhard Elial. Toda Raba

Cinq pierres 

 

1. Les pierres d’une grande tour de Babel

nous séparent:

Les mots divisent, les murs construisent.

Tout ce qui n’a pas de cœur,

contient une mémoire.

 

2. Enlevez-moi

48 ans d’éducation à l’abstinence,

du bonheur parfait, de la grande souffrance,

de tout ce qui n’est pas eux

et que je pourrais être.

 

3. Depuis ma naissance, je suis le bassin de ma mère,l’esprit de mon père, les yeux de ma grand-mère, le droit d’aînese,

Les regrets de mon peuple.

Depuis notre naissance sur la montagne d’Eli:

Je suis moi.

 

4. Une carte d’identité d’immigrante;

taché d’huile d’olive,

de lait, de miel, de sueur

et de milliers de larmes.

Savez-vous d’où je viens?

 

5. Sur un point lumineux

du mur du bâtiment en ruine de la rue Cadet

Il y a une alcôve qui s’ouvre tous les jours un peu plus

Parfois, je la regarde et j’imagine,

que derrière; une nouvelle maison s’élève et grandit

 

Revital Berger Shloman. Paris

et un lien pour vous amuser !

Les jeux pour enfants en hébreu !