L’Arabie saoudite vit une révolution culturelle. Le pays s’apprête à lancer de grands projets de développement de ses sites naturels et archéologiques afin de développer un tourisme haut de gamme, sans lien avec l’islam.

MBS fait la promotion du passé antéislamique de l’Arabie saoudite pour séduire les Occidentaux

Sous l’impulsion du prince héritier MBS, le royaume saoudien va donc se lancer dans la promotion de son patrimoine non-religieux, à l’image de ce que ses voisins, Dubaï, Abou Dabi ou Oman ont entrepris depuis plusieurs années.

Les sites archéologiques, nombreux en Arabie saoudite, vont être mis en valeur. Une région de 22 000 km2, entre la frontière jordanienne et la mer Rouge, offrant à la fois un paysage de désert, d’oasis et de montagnes qui abritent des vestiges de plusieurs époques, va faire l’objet d’une ambitieuse politique de développement selon les projets de MBS.

La France et l’Arabie doivent d’ailleurs signer un accord pour le développement touristique et culturel de la région d’Al-Ula (nord ouest) particulièrement riche en vestiges archéologiques et paysages d’exception. Appelée « la Petra d’Arabie », le site abrite des vestiges du royaume nabatéen, remontant au premier siècle avant Jésus Christ.

Si des fouilles sont organisées depuis plusieurs années sur le site par des équipes franco-saoudiennes, Riyad n’avait jusque là jamais cherché à mettre en valeur son patrimoine préislamique. Destination annuelle de millions de pèlerins musulmans se rendant sur les lieux saints de l’islam, la Mecque et Médine, l’identité saoudienne s’est construite avec la religion de Mahomet comme seul mythe fondateur. L’Histoire du pays se confond avec celle de l’islam, de sa naissance à son expansion. En dehors de cette période point d’Histoire possible.

En arabe et dans le Coran, la période préislamique, caractérisée par la présence de tribus polythéistes et de tribus juives dans la péninsule arabique est appelée la jahiliya. Traduisez : « obscurantisme », « ignorance ». Avant l’islam, l’humanité était donc plongée dans les ténèbres.

Cette idée est largement enseignée dans les pays arabo-musulmans. Pour autant, du Maghreb au Moyen-Orient, la plupart des pays arabes reconnaissent que de grandes civilisations ont existé sur leur sol avant l’avènement de l’islam. Le meilleur exemple reste l’Égypte qui a compris les avantages de la mise en valeur de son patrimoine antique.

La péninsule arabique, désert culturel jusqu’à présent, compte attirer à son tour de nombreux touristes, profitant notamment de la baisse de fréquentation de l’Égypte et de la disparition de sites en Syrie et en Irak.

En attendant de pouvoir admirer les vestiges et paysages saoudiens, des « journées culturelles » saoudiennes sont organisées jusqu’au 11 avril à Paris. D’autres manifestations sont en préparation. « La culture, l’art et l’histoire n’ont ni religion, ni nationalité, ni origine ethnique. Ils constituent le patrimoine partagé de l’humanité » a déclaré le ministre saoudien des affaires étrangères le 9 avril à Paris.

De tels propos, jamais entendus de la part de représentants du très conservateur royaume, font partie de l’offensive de séduction des Occidentaux lancée par MBS. L’ambitieux prince veut ouvrir son pays au tourisme, à la technologie et à la culture. Il resserre les liens avec les États-Unis, avec les Européens et évoque de manière officielle sa volonté d’établir des relations diplomatiques avec Israël.

Alors avec ce rapprochement spectaculaire entre Jérusalem et Riyad, verra-t-on un jour des touristes israéliens dans le royaume d’Arabie ?