Des rabbins libéraux pour la reconnaissance immédiate de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël.
Je reviens pour la troisième fois sur la déclaration du président des États-Unis du 6 décembre dernier de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et d’y déplacer son ambassade, parce qu’il me semble important que l’opinion publique juive n’imagine pas que la position négative exprimée par certains rabbins libéraux américains et européens reflète l’intégralité de notre mouvement, loin s’en faut.

A la suite de ma première chronique sur le sujet (« Jérusalem, pour mémoire », n° 352, 14 décembre 2017), j’ai reçu de la part d’un membre fondateur et ancien président du MJLF, Félix Mosbacher, le texte du rabbin américain Ammiel Hirsch, senior rabbi of Stephen Wise Free Synagogue in New York, par ailleurs fils du rabbin Richard Hirsch, ancien directeur exécutif de la World Union for Progressive Judaism, paru dans la JTA (Jewish Telegraphic Agency) du 18 décembre 2017.

Il m’a semblé essentiel de vous proposer la traduction que j’ai faite à votre intention de ce texte intitulé : My Reform colleagues were wrong on Jerusalem, « Mes collègues réformés ont eu tort à propos de Jérusalem ».

« En tant que président de l’Agence Juive, Natan Sharansky a remarqué : « La réponse du judaïsme libéral à la reconnaissance de Jérusalem a été terrible. Lorsqu’une […] superpuissance reconnaît Jérusalem, d’abord vous […] l’accueillez, puis vous manifestez votre désaccord. Ici, cela a été le contraire ».

Sharansky se référait à la déclaration du 6 décembre faite par les seize organisations et affiliées du judaïsme libéral d’Amérique du Nord à la déclaration du président Donald Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Le passage important est ainsi rédigé : « alors que nous partageons la conviction du Président que l’ambassade des Etats-Unis devrait, au bon moment, être transférée de Tel-Aviv à Jérusalem, nous ne pouvons soutenir sa décision de commencer à préparer ce déménagement en l’absence, à ce jour, d’un plan global pour un processus de paix. »

Plusieurs tentatives ont été faites pour clarifier cette position, mais pas par l’ensemble des premiers signataires. C’est encore la position officielle de tout l’appareil du mouvement libéral d’Amérique du Nord. Si des membres de notre mouvement avaient éprouvé un regret, chacun d’eux aurait dû le dire à travers cette autre déclaration : « Nous avons commis une erreur. »

S’il n’en est pas ainsi, et si nous nous en tenons à notre première déclaration, je désire que le monde juif sache que cette position n’est pas la mienne, qu’elle ne reflète pas les vues de beaucoup, peut-être la majorité, des Juifs libéraux.

Nous nous sommes trompés sur la politique. À l’exception d’un petit parti d’extrême-gauche, il y a accord total entre les partis sionistes à la Knesset pour soutenir le déménagement de l’ambassade. Nous avons rebuté les gens qui nous soutenaient dans notre campagne pour le pluralisme religieux et pour un financement équitable. Sharansky lui-même est le partisan le plus tenace et éminent du compromis sur le Mur des Lamentations.

Plus grave, nous nous sommes trompés sur le fond. Nous avons langui après Jérusalem pendant deux millénaires. C’est la source de notre force, l’endroit où le peuple s’est formé, où la Bible fut écrite. Les Juifs vivent libres et font des pèlerinages à Jérusalem depuis un millier d’années. Notre existence nationale a changé le monde et conduit à la création de deux autres grandes religions.

La plus grande puissance du monde a finalement fait ce qu’il fallait faire, et nous nous y sommes opposés, pas même sur le principe, mais sur le timing. Le timing ? Ce n’est pas à présent le bon moment ? Après deux mille ans, ce n’est pas encore le bon moment ? Comme s’il y avait un processus de paix dans lequel les Palestiniens se soient engagés et qu’ils aient mené avec conviction.

Des critiques ayant été émises pour accuser le mouvement pour les droits civils d’aller trop vite, le révérend Martin Luther King répondit : « Le temps est toujours mûr pour faire ce qui est juste ». Dans sa « Lettre de la prison de Brimingham », King écrivait : « Depuis des années j’entends le mot « patientez », j’entends que notre action est prématurée. Ce « patientez » signifiait presque toujours « jamais ».

Nous devons en arriver à comprendre qu’une justice trop longtemps retardée est une justice refusée ». King nous a souvent rappelé que le temps est quelque chose de neutre, qu’il peut être employé de façon constructive ou destructive. Les adversaires d’Israël ont mieux su employer le temps que nous ne l’avons fait. Ils ont tellement déformé l’histoire que beaucoup, de par le monde, mettent en question la légitimité des liens des Juifs à Sion et Jérusalem.

Nous avons été négligents à enseigner et à transmettre, même à nos propres enfants, notre histoire d’amour millénaire avec la terre d’Israël, et Jérusalem qui est comme son cœur qui bat. Le judaïsme sans la terre d’Israël n’est pas le judaïsme. Le judaïsme sans Jérusalem n’est pas le judaïsme.

Ceci ne signifie pas que nous déniions à d’autres le droit de considérer Jérusalem comme sainte. Que nous déniions aux Palestiniens de chercher à faire de Jérusalem leur capitale. Je suis en faveur de deux états pour deux peuples. Pour en arriver là, des accommodements sur Jérusalem seront nécessaires.

Si et lorsque ça se présentera, je les soutiendrai. Mais ne soyons pas stupides. La paix ne s’établira jamais sur des fondements de sable. Tout accord s’effondrera sous le poids de ses propres contradictions s’il est bâti sur un échafaudage de mensonges.

Le président Trump n’a fait que reconnaître la réalité. Il était grand temps ! Ça aurait dû être fait depuis des décennies, en 1949 lorsqu’Israël a déclaré Jérusalem sa capitale. De nombreux présidents – Démocrates et Républicains – ont promis de déménager l’ambassade des États-Unis.

L’ambassade sera située dans la partie ouest de Jérusalem. Qui conteste Jérusalem-Ouest ? Le président Trump n’a pas prédéfini les éventuelles frontières de Jérusalem. Il n’a pas exclu un accord permanent sur son statut. Il a simplement reconnu un fait. Où les gens peuvent-ils rencontrer les premiers ministres, les présidents, les parlementaires et la Cour suprême de justice, à Tel Aviv ? Où Sadate a-t-il pris la parole pour délivrer aux Israéliens un message de paix de la part du peuple égyptien : à Tel Avivé ?

C’est à chaque peuple de décider de sa capitale. Quelle autre nation déclarerait-elle une capitale qui ne serait pas reconnue par les autres nations ? Au nom de quoi un abus d’autorité particulier serait réservé à la nation juive ? En même temps, il est normal et nécessaire que nous nous rappelions à nous-mêmes et aux autres, que nous sommes engagés dans une solution à deux états qui nécessitera des compromis territoriaux des deux côtés, y compris sur Jérusalem.

Nous devons continuer à insister auprès du gouvernement américain pour qu’il aide à établir une paix négociée. Nous devons également insister auprès de la communauté internationale pour qu’elle détrompe le mouvement populaire palestinien quant à ses attentes exagérées et ses efforts insidieux pour saper et effacer notre lien à Sion. Jusqu’à ce moment-là, la paix est une illusion. »