Un texte religieux mélange faits historiques, comtes féériques et incantations à caractère prosélyte ou socioculturelle censés produire un ciment, une communauté de croyants. C’est le fruit d’un travail vertigineux, séculaire, jusqu’à l’élaboration d’un dogme définitif, présenté comme immuable. Ce travail, qu’on appelle le «canon», n’a plus rien à voir avec le texte d’origine qui devient l’ennemi mortel des religions puisqu’il s’oppose au dogme reconnu. Toute trace de ce texte est effacée, maquillée, lavée de la mémoire des hommes. Il devient alors impossible de revenir à la matrice initiale et blasphématoire d’enquêter sur elle. Le mystère est soigneusement gardé. Pourtant, tout comme ces maladies auxquelles la médecine apporte le remède après des siècles de ravages, l’islam est rattrapé par l’histoire, les sciences, la recherche.

Certains passages du Saint Coran sont incompréhensibles.

Le Coran est classé de la sourate la plus courte à la plus longue. Ainsi pendant des siècles le lecteur ne pouvait relier logiquement une sourate avec une autre, il se perdait dans un lacis de temps et de lieux. Le premier travail des chercheurs a été d’ordonner le texte chronologiquement.

Une fois cette difficulté passée, les chercheurs s’interrogent sur l’inégalité du texte. Certains passages du Saint Coran sont incompréhensibles. Les linguistes en déduisent l’existence de strates de lectures. La première strate étant un texte non voyellisé proche du syriaque et de l’hébreu ancien. Ainsi le Coran aurait fait l’objet d’écritures et de réécritures par plusieurs intervenants.

Le récit coranique comporte également des incohérences dans la description des lieux, des paysages, de la végétation qui n’existaient pas à l’endroit supposé de la narration comme si les rédacteurs avaient adapté un texte existant à une situation romanesque. La démonstration est faite en découvrant que certaines sourates sont directement empreintées à la liturgie apocryphe chrétienne et juive.

Comment Mahomet a-t-il pu s’inventer un lien de parenté avec Abraham et dans quel intérêt ?

Enfin même après avoir expurgé la thaumaturgie propre aux textes religieux, le récit reste incohérent et anachronique.
Pourquoi par exemple les premiers musulmans priaient-ils vers Jérusalem ? Comment Mahomet a-t-il pu s’inventer un lien de parenté avec Abraham et dans quel intérêt ?

Abraham dont l’existence n’est attestée que par la Torah, un millénaire avant sa naissance.

Pourquoi les arabes se seraient-ils accaparés les mythes fondateurs d’une culture étrangère ? Comment Mahomet a-t-il eu simplement connaissance de cette liturgie ?

Pourquoi Jésus est-il un prophète à part pour les musulmans ? Un Jésus mis de côté par dieu et qui s’inscrit dans la foi chrétienne dans l’attente de son retour sur terre en tant que sauveur.

Comment ce peuple bédouin, vivant dans un désert aride, qui ne s’était jamais manifesté dans l’histoire de l’antiquité, a pu reprendre à son compte l’histoire des prophètes, leur culte, leurs coutumes, leurs habitudes alimentaires ou vestimentaires ?

La péninsule arabique était entièrement christianisée à l’époque de Mahomet

Les historiens occidentaux s’interrogent. Le Coran a-t-il été rédigé par un rabbin ou par un prêtre chrétien hérétique ? Le monde musulman, lui-même, en émoi, trouve dans le Coran une explication rationnelle : l’oncle de Khadija, femme de Mahomet, aurait été un chrétien parlant l’hébreu et aurait influencé Mohamed. Ces Thèses sont corroborées par un fait historique : la péninsule arabique était entièrement christianisée à l’époque de Mahomet. Les traces de cette conversion sont nombreuses. On a des témoignages de prêches réalisés par le prédicateur Mahomet à Médine ; prêches qui s’inspirent sans équivoque de la liturgie chrétienne.
Mais toutes ces hypothèses se heurtent à une interrogation. Comment expliquer l’hostilité que suscitent les communautés juives et chrétiennes dans le Coran ?

J’avais depuis longtemps renoncé à expliquer le sens de ces affabulations jusqu’à ce que les travaux de Edouard-Marie Gallez soient connus.

Le chercheur reprend différents travaux de linguistes, de scientifiques,  d’historiens. Ces études convergent toutes dans une même direction, la secte juive des nazaréens.

Les Nazaréens font une obsession sur la reconstruction du temple qui conditionne le retour du Christ.

Les Nazaréens prophétisent le retour imminent de Jésus sur terre. Ils sont persuadés que Jésus n’est pas mort sur la croix, qu’il est gardé en réserve auprès de Dieu par sa résurrection, en attendant les conditions de son retour.

La révolte juive de 70 va confirmer leur intuition : le temple de Jérusalem est détruit. Cet événement, tragique pour le peuple juif, est interprété comme la résolution d’une prédiction de Jésus. Dans les évangiles, Jésus affirme : « Détruisez ce temple, je le relèverai. » Les Nazaréens se persuadent qu’il suffit de reconstruire le temple pour faire revenir leur Sauveur.

Tandis que le dogme chrétien s’oriente vers une croyance en Jésus, fils de Dieu, et en une simplification des rites de conversion pour s’ouvrir les voies de l’occident romain; les Nazaréens, eux, font une obsession sur la reconstruction du temple qui conditionne le retour du Christ.

Les Judéo-nazaréens se projettent au côté de Jésus ressuscité dans une perspective politique de reconquête du monde.

Pourchassés par les romains, rejetés par les juifs pharisiens, ils se refugient sur le Golan puis en Syrie. E-M Gallez retrouve leurs traces sous diverses appellations : les Nusayri (famille Alaouite), les Ismaéliens Nizarite. La toponymie atteste de leur présence dans toute la région.  Eusèbe de Césarée évoque les « hérétiques Nasaraioi » réfugiés en Syrie. Epiphane les qualifie en ces termes : « Ni juifs ni chrétiens, totalement juifs totalement chrétiens. » St. Jérôme au Vème siècle traduit la « Bible des Nazaréens » qu’il considère comme la source des évangiles.

Leur interprétation des évangiles ne tarde pas à contrarier les autorités chrétiennes devenues religion d’état à partir du IVème siècle sous Constantin. Ils sont alors traités d’hérétiques, ce qui les conduit à construire un discours opposé à la chrétienté traditionnelle conduite par Paul.

Pendant toute cette période, le Moyen-Orient reste dominé par les mêmes grandes puissances : romains, perses, byzantins. Les Nazaréens comprennent qu’ils ne pourront reprendre Jérusalem sans s’associer à des forces armées. Ils se tournent alors vers les arabes, peuple bédouin connu pour son opportunisme, redouté pour ses attaques brutales et imprévisibles : les razzias.

Afin d’endoctriner ces populations et leur transmettre leur espérance d’un monde meilleur, les Nazaréens constituent un lectionnaire en langue arabe. Ce texte constitué de feuillets de prédication reprend la liturgie chrétienne. C’est ce texte qui sera la première strate du Coran. Les linguistes confirment cette hypothèse. La strate est constituée de mots en syro-araméen qui n’est autre que la langue des judéo-nazaréens.

Les judéo-nazaréens vont jusqu’à faire avec les arabes une sorte de pacte de sang.

C’est ainsi que les tribus arabes entrent dans l’histoire de l’antiquité. Pour s’attirer la sympathie des bédouins, les judéo-nazaréens vont jusqu’à faire avec eux une sorte de pacte de sang. Ils puisent dans leur livre l’idée d’une généalogie commune entre juifs et arabes. Ismaël, le deuxième fils d’Abraham, en devient le chainon manquant. La ficelle est grosse mais les arabes se sentent honorés d’intégrer le livre des prophètes, ce livre de Magie. L’escroquerie fonctionne, les arabes se convertissent en masse au « Nazaréisme » et ils attendent désormais l’occasion de revenir à Jérusalem pour reconstruire le temple.

De cet épisode Jérusalem gardera le nom «Bayt al-Maqdis» qui signifie «Le Temple Sacré», nom d’usage de Jérusalem.

L’occasion se présente au VIIème siècle. Les empires perses et byzantins se livrent une guerre sans merci. En 614 une expédition dirigée par le général perse Romizares reprend Jérusalem aux byzantins. On sait que des troupes arabes ont participé à l’expédition sans obtenir de Romizares l’autorisation de reconstruire le temple. Pour les Nazaréens cette première expédition est un échec d’autant que Héraclius, l’empereur byzantin, va rapidement  reprendre Jérusalem. Les judéo-nazaréens sont contraints à se retirer à Médine. Cette fuite est traduite dans le Coran par le départ de la Mecque vers Médine (L’Hégire).

En 629 Mahomet, lui-même, en chef de guerre, entreprend de reprendre Jérusalem en passant par le Jourdain. Il est défait à Mu’tah. On retrouve des chroniques de l’époque décrivant cette bataille.

Jérusalem tombe finalement en 636. En état de siège, l’Évêque de Jérusalem ouvre les portes de la ville aux forces arabes.

Là aussi, la scène est décrite dans la tradition coranique. Le calife Omar, toute affaire cessante, demande à être conduit sur le mont du temple. De cet épisode, Jérusalem gardera le nom «Bayt al-Maqdis» qui signifie « Le Temple Sacré », nom d’usage de Jérusalem bien avant Al-Quds. La suite des événements nous est connue grâce à des témoignages de l’époque récoltés par Alfred-Louis de Prémare.

Un temple, moins fastueux que celui d’Hérode, est reconstruit sur l’esplanade. Commencent les incantations, les prières appelant au retour du christ se succèdent jours et nuits, mais, malgré les efforts consentis, rien ne se passe. Jésus reste indifférent aux supplications de ses affidés.
La colère cède à la stupéfaction. Les troupes arabes ont le sentiment de s’être fait berner. Leur réaction est implacable, ils  massacrent les juifs nazaréens qui les ont conduits jusqu’ici.

L’Islam nait véritablement de ce massacre. Sous l’égide des successeurs de Mahomet, le corpus coranique va se construire progressivement par transposition des lieux, des textes et des peuples. Les judéo-nazaréens deviennent les juifs, Jérusalem devient la Mecque, les feuillets de lecture nazaréens, appelés Qorono en syriaque, deviennent le Coran et Mahomet, le prédicateur chef de guerre, devient Prophète. L’islam va se réinventer à postériori autour d’une surréalité.

Annexes :

Edouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète. Aux origines de l’islam, 2005.

A.L. de Prémare, Les fondations de l’islam, Le Seuil, mars 2002.

A.L. de Prémare, Aux origines du Coran, Paris, Téraèdre, 2004

Olaf, Le Grand Secret de l’Islam, en téléchargement libre sur internet, 2014