Paris le 19 juillet 2016

Ce n’est pas le fait des médias qui l’encouragent, pas la faute des citoyens qui s’épanchent en fleurs et en bougies à chaque meurtre de masse, mais le discours symbolique ainsi construit est affligeant.

Combien de fleurs faudrait-il pour étouffer les cris d’un enfant en poussette visé par un homme au volant d’une semi-remorque de 19 tonnes ? « Même pas peur », c’est le slogan des mémoriaux improvisés mais nous avons vu les gens terrifiés courir dans tous les sens lors de l’attaque au camion sur le Promenade des Anglais. Ils se sont réfugiés dans les restaurants et sous l’eau de la mer. On dit que certaines victimes ont été tuées ou blessées par la foule qui les a piétinées.

Etat d’urgence renouvelé alors qu’on dépose encore une fois des fleurs et des messages d’amour et de paix aux pieds de la Marianne salopée de graffiti haineux après plus de trois mois de Nuits Debout et compagnie.

Cette réaction doucement fleurie n’est pas téléguidée par les médias mais elle est bénie à l’exclusion d’autres émotions, plus sombres ou plus combattives. Un motard a tenté de stopper le massacre en s’agrippant à la poignée de la portière du camion meurtrier. Il ne s’agit pas d’une rumeur mais d’un fait attesté par des images vidéo. A-t-on cherché à l’identifier, ce héros mort au combat ? Ou bien rescapé ? Voudrait-on tout simplement s’interroger sur son courage, le féliciter à titre posthume de son geste ? A l’autre extrémité et tout en bas de l’échelle des qualités humaines s’accroupit le destinataire d’un sms transmis peu avant l’attentat : « Amener des armes ».

Des deux choses l’une : ou bien Bouhlel avait un ou plusieurs complices, ou bien il croyait jouer avec les nerfs des forces de l’ordre en faisant croire à un massacre en plusieurs étapes. Un 13 novembre méridional.

En effet, de possibles complices sont actuellement en garde à vue. C’est annoncé dans les JT, mais avec une douceur de fleur, comme si la vérité pourrait bouleverser une tendre population toute en larmes et compassion. Alors même que les autorités, pour une fois, parlent juste, des commentateurs font grand cas du déséquilibre psychologique du tueur, comme si les soldats de Daesh passaient une batterie de tests sur le modèle de St. Cyr. On égrène ad nauseam les signes de non religiosité, comme si le fait qu’il n’allait pas à la mosquée pouvait ressusciter les morts. Ou dédouaner l’Islam. L’utilisation de ce genre de petite frappe par des mouvements totalitaires est tellement répandue qu’on a pitié de ceux qui disent et redisent que Bouhlel n’était pas pratiquant.

La religion, chers confrères, se dresse en-haut de la pyramide islamique. La haine génocidaire se transmet à la vitesse cybersonique. Tout est bon pour faire les basses œuvres du jihad : un couteau, un camion, une Kalachnikov. Tous les candidats sont bons à l’emploi : les vrais pratiquants, les faux laïques, les idiots et les diplômés. Ils ne sont pas tenus à étudier le coran avant de passer à l’acte. C’est une transmission par osmose qui les anime.

Comment aurait-on pu cueillir ce Bouhlel avant qu’il commette un massacre ? Ça s’est passé tellement vite ! Comme si personne parmi les plus fichés, les plus surveillés, les plus redoutés ne l’a pas déjà fait ou ne le fera pas bientôt. Le camion, en l’occurrence, était une arme à destination. Celui qui l’a dirigé avec une cruauté monstrueuse aussi.

Comptez les bouquets de fleurs blanches alignés sur le trajet assassin mais n’oubliez pas de compter le nombre de chauffeurs-livreurs barbus et acquis à la cause qui sillonnent nos villes et nos compagnes.

Ces flots de fleurs me font mal. Parce que nous sommes la cible d’une guerre de conquête qui s’appelle le jihad. Et nous donnons l’impression d’être de pauvres victimes qui n’ont que de l’amour aveugle pour répondre à la violence qui nous vise un à un et tous ensembles.