À défaut d’avoir leur État – ce qui, au train où vont les choses, ne saurait tarder – les Palestiniens ont désormais leurs saintes. En effet, le Vatican va canoniser, le 18 mai 2015, deux religieuses dites « palestiniennes » (bonjour l’anachronisme!), nées et ayant vécu en Palestine ottomane, et qui, selon l’agence de Presse Belga, « seront les premières Palestiniennes de l’ère contemporaine à accéder à la sainteté. »

Plus surprenant encore, toujours selon Belga, l’une d’elles, Mariam Bawardi (1846-1878), « née […] dans le village d’Ibillin en Galilée, près de Nazareth », est la « sainte patronne des prisonniers ».

N’est-on pas fondé à se demander d’où provient ce label inattendu ? Il faut croire (pieusement) que cette religieuse s’est illustrée en ce domaine durant sa vie ? À défaut de le savoir, il est difficile de ne pas voir, dans cette titulature orientée, la grosse main de la propagande palestinienne, qui a très probablement rédigé tout ou partie de la dépêche de Belga, et introduit son information sur ce point en ces termes :

« Et, rappellent les Palestiniens qui comptent plus de 6.000 détenus dans les prisons israéliennes, elle est la « sainte patronne des prisonniers« . »

Mais ce qui, dans cette affaire, est le plus significatif – et probablement le plus inquiétant –, c’est la politisation évidente de cette canonisation qui, ce n’est pas un hasard, intervient dans une conjoncture où le « méchant » Netanyahou refuse obstinément un État au peuple palestinien, dont les dirigeants ont déjà fait la preuve qu’ils ne reculeront devant aucun chantage ni aucun subterfuge pour l’obtenir de force, faute d’être capables de négocier.

Plus révulsif encore : il est patent que le Vatican s’est prêté avec complaisance à cette manœuvre diplomatico-religieuse, visiblement destinée à faire pression, au moins indirectement, sur Israël, dans les négociations palestino-israéliennes.

En effet, quand on connaît la lenteur proverbiale des processus de canonisation, on est fondé à s’étonner du « calendrier » de cette élévation sur les autels, en mai 2015, de religieuses décédées, l’une dans la seconde moitié du 19ème siècle, l’autre dans la troisième décennie du 20ème, étrangement concomitante de l’enlisement des négociations entre l’Autorité Palestinienne et l’exécutif israélien.

On ne s’étonnera donc pas d’apprendre, de la bouche même du porte-parole de la présidence, Nabil Abou Roudeina, relayé par l’AFP, que Mahmoud Abbas assistera à la cérémonie en l’honneur de Mariam Bawardi (1846-1878), originaire de Galilée, et Marie-Alphonsine Ghattas (1843-1927), originaire de Jérusalem.