Dernier épisode en date dans la crise irakienne, l’union de la branche syrienne d’Al Qaeda à l’organisation EIIL. Une goutte de plus dans un verre déjà bien rempli.

La menace, on l’aura compris, accroit le risque de déstabilisation du Moyen-Orient. Cette poudrière s’embrase à la moindre étincelle et il semble que tous les ingrédients soient réunis pour que le feu se propage. L’avancée des djihadistes semble inarrêtable tandis que plusieurs spécialistes comme Frédéric Encel parlent d’un retournement des alliances.

Les Etats-Unis privilégieraient davantage un partenariat avec l’ex-ennemi juré, l’Iran, pour trouver une issue acceptable à la situation.

En outre, l’addition de ce conflit à la guerre civile en Syrie constitue un facteur de trouble, de déstabilisation supplémentaire pour une région assez peu connue pour son calme. Israël, au cœur de ce marasme est une nouvelle fois en première ligne. L’objectif ultime d’EIIL ? L’établissement d’un califat sur l’ensemble du Moyen-Orient, à l’image de celui dirigée jadis par Saladin.

Dès lors quelle leçon doit tirer l’Etat hébreu des événements en Irak ?

Jurisprudence irakienne

A partir du moment où les américains ont quitté le pays, fin 2011, les groupes djihadistes, alors tant bien que mal sous contrôle, ont proliféré en s’opposant au Premier ministre chiite Al-Maliki. Ils ont su s’attirer la sympathie de nombreux sunnites qui protestent contre la politique trop sectaire et autoritaire du chef du gouvernement irakien.

Pourtant, en 2009, comme le rappelle l’avocat conservateur Eliott Abrams, Obama avait hérité d’un Moyen Orient en partie en paix. Par exemple, l’Irak demeurait relativement calme et les groupes liés à Al Qaeda étaient hors-course.

N’ayons pas peur d’établir le parallèle avec le cas israélien.

Comme l’a souligné le journaliste israélien Guy Bechor, dans un remarquable article du Yediot Aharonot, à la minute où Tsahal se retirerait de Judée-Samarie dans son ensemble ou non, des groupes djihadistes la remplacerait aussitôt. Grâce aux collines, ils menaceraient Tel-Aviv, Haïfa, Ashdod.

Ce serait le début de la fin pour l’Etat juif.

Certes Israël n’est pas l’Irak, mais la comparaison reste impossible à ignorer.

D’ailleurs, il existe un précédent, la bande de Gaza. Après le retrait israélien en 2005, qui s’est emparé de ce territoire ? Le Hamas, qui, depuis, s’en sert pour commander les attaques contre l’intérieur des frontières israéliennes.

La vie quotidienne des habitants du sud du pays n’est déjà plus la même avec le Hamas à Gaza, alors comment serait-elle avec l’implantation d’organisations encore plus radicales en Cisjordanie.

 Le sens du  » droit au retour « 

Il faut tout de même rappeler que la Judée-Samarie est remplie de dizaine de milliers de militants djihadistes, notamment du mouvement Hizbut Tahrir. Un ordre de leur commandement, et l’Autorité Palestinienne, une entité qu’ils jugent complice d’Israël, sera sur la défensive.

Pis encore, si un Etat palestinien entièrement indépendant voit le jour, ce seront non pas des centaines mais des milliers de djihadistes qui afflueront, d’Irak, de Syrie, de Jordanie afin de libérer leur Al-Quds et de jeter les juifs à la mer.

Voilà le sens de ce « droit au retour », si cher à Mahmoud Abbas et son peuple. En perdant le contrôle sur une région stratégique comme l’est la Cisjordanie, on perçoit immédiatement le risque incommensurable que prendrait Israël.

A côté des djihadistes, le Hamas, pourtant pas en reste, ferait presque figure de petit ange.

La question apparaît donc de savoir si les dirigeants israéliens sont d’accord pour livrer leur pays à la menace djihadiste et, au mieux, islamiste. Quelle nation, quel dirigeant, quel gouvernement serait prêt à agir de la sorte ? La France donnerait-elle l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne s’il y avait ne serait-ce que la moindre chance que l’Allemagne fasse de cette région un point d’appui pour en conquérir d’autres ?

La fin des Etats-nations arabes ?

Ceux qui ne comprennent pas le péril djihadiste ignorent très certainement les 200 000 morts en Syrie, l’éclatement de l’Irak et les attentats aux quatre coins du globe. La voilà cette nouvelle réalité salafiste.

Et ceux qui refusent de voir la réalité de ce chaos sont soit peu au fait des événements récents, soit de mauvaise foi. Durant la seconde moitié du XXe siècle, conclure des accords avec des régimes arabes stables et modérés avaient un sens.

Avec Sadate ou le roi Hussein de Jordanie, il était possible de s’entendre. Leur pouvoir était assuré et leur régime n’était en aucun cas menacé ou bousculé.

Aujourd’hui ça n’est plus le cas. Au lendemain des printemps arabes, les gouvernements semblent de moins en moins capables de subsister à la moindre secousse. On l’a vu en Egypte avec Morsi, en Syrie avec Assad et en ce moment en Irak avec Al Maliki. Le nationalisme arabe, sur le déclin, est remplacé par un mouvement plus traditionnel de retour à un certain conservatisme, l’islamisme. C’est donc peut-être la fin des Etats-nation arabe comme le prédit Shmuel Trigano.

Cela implique par conséquent de repenser en profondeur la question des négociations de paix. Les années 2010 ne sont plus les années 1970 ou les années 1990. On ne peut plus aborder le conflit israélo-palestinien et plus généralement israélo-arabe comme on le faisait auparavant. Trop d’éléments ont évolué, du rôle des Etats-Unis aux multiples changements de régimes dans le monde arabe en passant par les revendications des deux acteurs majeurs.

Dans le Moyen-Orient de 2014, se borner à essayer de trouver des accords politiques n’a plus de sens. Et tous les acteurs doivent en avoir conscience et intégrer les nouvelles règles du jeu moyen-oriental.

En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, il faut une nouvelle approche pour en finir avec l’idée de « territoires contre la paix ». Cette formule n’a pas la moindre signification comme en témoigne l’exemple irakien.

Si certains y croient encore, c’est qu’ils ne croient pas en la légitimité du peuple juif d’avoir son Etat.

Mais plus que cela, ils ne servent pas la paix.