J’aime bien cette blague qui raconte que deux amis juifs se rencontrent à Paris, l’un deux tenant sous son bras le journal du Front National. L’autre, outré, lui demande comment peut-il acheter un journal antisémite. Ce à quoi répond son ami, qu’il en a marre de lire dans la presse « normale » qu’Israël et les juifs sont responsables de tous les maux de la terre, tandis que dans le journal d’extrême-droite il lit, avec plaisir, que les juifs sont riches, puissants, qu’ils dominent la finance, l’immobilier, les arts et même la culture !

Bref que des bonnes nouvelles… Il en va de même avec de nombreux médias israéliens francophones. A les lire, tout va pour le mieux en Israël et dans le meilleur des mondes. Et tous ceux qui prétendraient le contraire sont des anti-sionistes ou mêmes des traîtres.

La vérité est bien loin de de cette vision idyllique.

A l’heure où j’écris ces lignes des ultras-orthodoxes bloquent pour la nième fois, une route principale du pays pour protester contre l’arrestation de l’un des leurs, délinquant convaincu qui ne se soumet pas à la loi qui l’oblige à s’enrôler dans Tsahal et alors qu’en même temps des soldats harédim sont battus ou humiliés dans les rues par des même pseudo-étudiants de Yeshiva.

La police laissant faire pour ne pas envenimer la situation alors que, quelques mois plus tôt, elle n’a pas hésité à charger, à l’aide de gazs lacrymogènes et de matraques des jeunes israéliens d’origine éthiopienne qui manifestaient pacifiquement contre le racisme quotidien dont ils sont les victimes.

Un autre exemple ? Comment notre pays peut-il permettre que les personnes handicapées et invalides à 100 % ne perçoivent que 2800 Shekels (700 Euros) par mois pour vivre malgré des mois de lutte pour leur dignité, qui leur a permis de ne recevoir que 200 shekels de mieux. Comment peut-on vivre ici avec une somme si dérisoire ?

A la honte, s’ajoute l’horreur. Celle d’une personne invalide à 100% qui s’est vu confisquer son permis de conduire pour une dette de 3000 Shekels à l’Hotza Lapoal, l’organisme d’état en charge du recouvrement des dettes, le privant ainsi de son seul moyen de locomotion. Oui, en Israël, on peut vous retirer votre permis de conduite, votre passeport et même vous interdire de sortir du pays (même pour des motifs familiaux ou professionnels) pour une dette dérisoire. Est-ce cela la liberté ?

Voulez-vous aussi que j’évoque le sort des derniers rescapés de la Shoah qui vivent sous le seuil de pauvreté et à qui on coupe l’électricité même en hiver car aucune loi ne les protège ? Ou celui d’enfants affamés à l’école, faute de cantine scolaire, et jetés à la rue à la sortie des classes, dès 13h30, car leurs parents ne peuvent payer les activités extra scolaires d’après-midi ? Ou encore celui des nombreux malades jetés dans les couloirs d’hôpitaux qui atteignent des taux d’occupation de 200% ? Est-ce cela la fraternité ?

Pendant ce temps-là, des politiciens de tout bord, depuis le plus bas niveau municipal jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat, sont convaincus de corruption et de conflit d’intérêts. Pour exemple, c’est presque toute la municipalité de Rishon Letzion (4ème grande ville du pays) qui est soupçonné de ce genre de trafic, il s’agit de dizaines de millions, en partant du Maire (Dov Zur) jusqu’au Chef de la Coalition gouvernementale à la Knesset (David Bittan).

Et je vous fait grâce du niveau éthique et moral du Premier ministre qui trouve naturel de se faire offrir par ses amis millionnaires pour près d’un million de shekels de cigares, champagnes et bijoux, « >en contrepartie de « menus » services, tandis que son adulte de garçon fréquente les « fils à papa » de la finance israélienne dans les clubs de strip-tease, sous la bonne garde d’un agent de sécurité aux frais du contribuable.

Le pire était encore à venir… et il est arrivé. Grâce à une série télévisée intitulée « Salah, ici c’est l’Etat d’Israël » et qui raconte, archives et preuves à l’appui, le racisme ordinaire de la caste dirigeante ashkénaze israélienne des années 60 contre les juifs d’Afrique du Nord.

Et si les noms de Yoseftal, Rupin ou Shiba vous sont familiers grâce aux rues et hôpitaux d’Israël à qui ils ont donné leur nom, je vous recommande leurs commentaires racistes contre ces Olim, traités d’arabes et de bêtes incultes, juste bons comme chair à canon, que l’état envoie au fin fond du Negev pour peupler un territoire vierge et désertique, contre leur volonté, les condamnant à la plus basse des conditions sociales, même cinquante ans plus tard.

Pendant ce temps, les frères de ces « idiots incultes » montaient dans l’ascenseur social que la France leur offrait et ont réussi à fournir l’élite économique de ce pays en quelques décennies. Est-ce cela l’égalité ?

Encore aujourd’hui, pour grimper tout en haut de l’échelle militaire, économique ou politique, ces enfants d’Olim d’Afrique du Nord n’ont pas d’autre choix que de changer de nom. Et je vous laisse imaginer la souffrance présente et à venir des Olim d’Ethiopie.

Le combat pour faire de notre état un modèle de liberté, d’égalité et de fraternité n’est toujours pas gagné… hélas. Mais nous n’avons guère d’autre choix que de le mener jusqu’à son terme pour la réussite de notre seule terre.