Le Monde, avec une belle constance, présente les informations sur le Moyen-Orient en usant de techniques plus proches de la propagande que de l’information. À Pessah, lorsqu’un père de famille avait été canardé à l’AK47 alors qu’il se rendait à un repas de famille avec femme enceinte et enfant, le journal titrait déjà « Un policier Israélien tué » ; le journal a également été le premier à titrer « Trois colons Israélien enlevés ».

Dans sa livrée de ce 9 juillet, il fait appel à un décrypteur, Jean-François Legrain, et se garde de bien de le rectifier. S’il ne le fait pas pour lui-même, qui le fera ?

Article d’origine ici

Jean-François Legrain : Dans le contexte des derniers mois, le Hamas n’avait absolument pas intérêt à une guerre ni à jouer la surenchère. Ainsi, je n’arrive pas à croire que son commandement ait commandité l’enlèvement des trois jeunes Israéliens en Cisjordanie, le 12 juin.

Voilà un homme qui ne parvient pas à croire que le mouvement dont il parle, qui en juin appelait ses membres à enlever des Israéliens, passe de la parole aux actes.

Pour la suite, c’est presque chaque mot qu’il convient de redresser :

Jean-François Legrain : Pendant les trois semaines entre l’enlèvement et la « découverte » des corps, l’armée israélienne a frappé la structure du Hamas en Cisjordanie et il n’y a eu pendant cette période que de très rares tirs (non revendiqués) de roquettes depuis Gaza.

Pourquoi « la découverte » en italiques ? S’agit-il d’une pseudo-découverte de cadavres de corps assassinés ? Les adolescents n’ont-ils pas été découverts ? Mettons cela sur le compte d’une erreur du typographe.

Mais pourquoi insister sur le « non revendiqués » en parlant des tirs de roquettes, en le plaçant entre parenthèses. Si les tirs de roquettes ne sont pas revendiqués, sont-ils moins condamnables ? Les roquettes sont-elles moins tirées dès lors que leurs tirs ne sont pas revendiqués ? On entend presque JF Legrain dire : « attention, ce ne sont pas de vrais tirs, ils n’ont pas été revendiqués ». Mais l’essentiel est pourtant ailleurs : il y a bien eu des dizaines de tirs de roquettes depuis l’enlèvement des trois adolescents Israéliens, et c’est à cette réalité que le pays répond.

Laissons l’historien de cette histoire qu’il semble écrire lui-même, poursuivre :

Jean-François Legrain : Le Hamas n’a pas voulu faire monter les enchères. Mais à un moment, il a considéré qu’il ne pouvait pas laisser les attaques israéliennes sans réponse. L’élimination de sept combattants du mouvement dans une attaque de drone israélien sur la bande de Gaza, le 7 juillet, a ainsi été considéré comme un acte d’agression rompant le cessez-le-feu avec Israël.

Israël aurait donc décidé un beau jour, par ennui, d’éliminer sept combattants (dont d’aucuns disent qu’ils se sont d’ailleurs pris les pieds dans leurs explosifs, probablement faute d’espace et d’éclairage dans leur sous terrain) et forcément, le Hamas qui n’avait rien fait du tout, et qui ne souhaitait surtout pas d’escalade, a bien été forcé de réagir. Si effectivement le grain a été moulu de la sorte, on comprend le Hamas.

Le clou du décryptage intervient sournoisement plus loin dans l’article, après le sous-titre « Quelle peut être l’issue ? » (avec un trait d’union mal placé entre peut et être, décidément, les typographes…) :

Jean-François Legrain : En mars, Israël avait dit avoir intercepté en mer Rouge un navire transportant des missiles en provenance d’Iran, mais ces accusations n’ont jamais pu être établies.

CQFD. À Eilat en mars, la presse n’est jamais venue voir le déchargement du bateau, Netanyahou n’a pas accompagné les journalistes en bus. À Eilat, il n’y avait d’ailleurs ni port ni bateau. Même pas la mer.

Conclusion du décryptage :

Jean-François Legrain : Les périodes de calme ont ainsi été beaucoup plus importantes que les périodes de violences – dont l’initiative venait d’Israël.

Israël, le pays de l’ennui où, dès qu’on ne sait pas quoi faire, on décide de rompre le calme pour aller cogner sur Gaza.

Le nom du journal ? Le Monde.