« Mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde ». Cette citation d’Albert Camus n’aura jamais été autant d’actualité.

Par exemple, la persistance à utiliser le mot « Cisjordanie » pour désigner la Judée-Samarie. Il s’agit d’un anachronisme depuis 1967. En effet, avant cette date, qui correspond à la guerre des Six Jours, la Judée-Samarie était occupée par la Jordanie depuis 1948.

La Jordanie qui, rappelons-le, a été créée par les Britanniques sur les deux-tiers de la Palestine mandataire, à l’est du Jourdain. Persister à appeler ces territoires libérés par Israël « Cisjordanie » serait-il un refus de reconnaître la victoire israélienne lors de la guerre des Six Jours ? (à noter que les anglophones parlent de « West Bank » – littéralement « rive ouest »).

Ou est-ce la volonté de nier le lien qui unit le peuple juif à sa terre, à l’instar de l’empereur Hadrien qui, après la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70, ordonne la destruction totale de la ville et décide que désormais Jérusalem s’appellera Aelia Capitolina, et les royaumes de Judée et d’Israël se nommeront « Palestine » ?

Car la Judée-Samarie est bel et bien liée au peuple juif. Ces territoires sont celui des deux royaumes bibliques issus du schisme survenu après la mort du roi Salomon, qui donna le royaume de Judée, dont la capitale est Jérusalem, et le royaume d’Israël dont la capitale est Samarie (Shomron).

C’est en Judée-Samarie que se trouvent les villes juives de Jérusalem, Jéricho, Naplouse (Shrem, où se trouve le tombeau de Joseph), Hébron, mais aussi Ariel, Ma’aleh Adoumim, Betar Illit, Goush Etzion…

Mais il semble qu’utiliser le terme de « Cisjordanie » soit plus qu’un anachronisme, et fasse référence à une autre imposture.

C’est ce que soutien Habib Bourguiba, président de la Tunisie, lors d’une interview à la télévision française en 1973 :

« Ce qui n’existe pas en réalité c’est la Jordanie, ou la Transjordanie ou la Cisjordanie, qui n’ont jamais existé dans l’histoire. C’est une invention de l’Angleterre pour consoler l’émir Abdallah et en faire un trône pour son royaume de Transjordanie. En réalité, il y a une Palestine qui va de l’Egypte jusqu’au Cham, la Syrie… Il faut revenir à la réalité qui est qu’il y a une grande province de Palestine qui a été divisée par l’ONU pour accorder aux juifs un foyer national où ils seraient en sécurité, à l’abri des pogroms, des fours crématoires, des humiliations qu’ils ont connu en Europe ». (1)

Pourquoi est-il donc si difficile pour l’Occident et pour l’Orient, d’admettre le lien du peuple juif à sa terre ?

L’intellectuel Shmuel Trigano propose sa lecture du problème. « Les pays occidentaux ne veulent pas le bien d’Israël… déclare-t-il. La question palestinienne n’est qu’un prétexte… Objectivement, c’est un conflit ridicule… Pourquoi est-ce un problème planétaire ? Parce que c’est l’Israël éternel qui est en jeux. En fait ce qui turlupine la conscience profonde de l’identité de l’Occident et de l’identité de l’Orient, c’est le sentiment que la résurgence d’Israël et de sa souveraineté est un tremblement de terre pour leur propre identité. Or la propre identité de l’Occident comme de l’Orient est religieuse, c’est le christianisme et l’islam. Et ces deux identités se sont construites sur l’hypothèse et l’affirmation que l’histoire d’Israël était finie, et qu’ils en étaient la continuité… Si jamais Israël revient dans ses habits du roi David, ça devient un cauchemar métaphysique. Et donc derrière les attitudes pseudo-politiques se jouent des enjeux identitaires qui les dépassent ». (2)

Cette lecture « identitaire » de Shmuel Trigano offre un éclairage et des clés qui permettent de comprendre que le conflit israélo-palestinien dépasse largement le cadre du « peuple palestinien », qui n’est finalement qu’un outil inventé de toute pièce par l’Occident et le monde arabe pour nier la légitimité d’Israël, et le retour de sa souveraineté sur sa terre.

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(1) Habib Bourguiba :

A l’occasion de la décision du conseil des ministres jordaniens de rompre les relations diplomatiques avec la Tunisie, rediffusion de l’interview du président tunisien Habib Bourguiba. Il parle de la Jordanie en estimant que la Transjordanie n’existe pas et qu’il existe une seule terre, la Palestine, divisée par l’ONU pour deux peuples. 17/7/1973.

(2) L’intellectuel Shmuel Trigano invité sur RadioTaf dans l’émission de Mickael Grynszpan – Contrepoint.