Vivre ou plutôt émigrer en Israël relève du défi permanent. Ce qui en soi ne surprend pas lorsqu’on vit dans un pays dont l’existence même est un défi permanent.

Pourtant malgré tout, de nombreuses personnes, en famille ou célibataires continuent de faire le choix de relever ce défi. De s’adapter à une nouvelle langue, à une mentalité unique en son genre, aux confins du Moyen Orient et de l’Europe avec une touche d’Amérique.

Pour venir, certains quittent des pays qui n’assurent plus leur sécurité, d’autres quittent des pays qui ne connaissent pas de troubles mais parce qu’ils aspirent à vivre une autre vie. À vivre ce fameux rêve qu’on caressé des générations de Juifs pendant 2000 ans.

Mais vivre un rêve a un prix

Et souvent ce prix n’est pas estimé à sa juste valeur. Il est parfois gonflé ou parfois injustement abaissé. Pourtant on oublie qu’à l’inverse de toute autre immigration dans n’importe quel pays au pays, l’immigration vers Israël est encouragé pour les Juifs. Il s’agit même de la raison d’être de ce pays.

Et même si leur venue est célébrée et encouragée, cette arrivée ne se fait pas sans difficultés, car derrière le rêve se cache la dure réalité de l’immigration et des changements qu’elle implique.

Retourner à l’école pour apprendre une nouvelle vie. Apprendre de nouveaux codes, s’éduquer, se transformer. Passer du Juif à l’Israélien. À cette assurance teintée d’arrogance que les juifs de diaspora contemplent avec envie ou agacement.

Mais garder tout de même sa spécificité d’immigrant avec une autre culture dans ses bagages. Et alors muni de cette nouvelle identité, redonner au pays en lui apportant sa spécificité d’origine.

Car justement Israël de par ses vagues d’immigration constantes qui forment sa raison d’être, a une chance unique. Celle de former un pays aux multiples facettes et identités qui lui permettent de se réinventer en permanence.

Israël est un autre pays depuis l’immigration massive des Juifs de l’ex-URSS, ou depuis l’arrivée incroyable des Juifs éthiopiens. Ou encore plus loin dans le temps, avec l’ajout des Juifs des pays arabes, pour la plupart fuyant des régimes après des siècles d’existence.

Toutes ces cultures ne se sont pas confondues immédiatement sans heurt, sans méfiance, sans difficultés. Mais tant bien que mal, chacun a tenté de se faire sa place, de se réinventer tout en conservant son patrimoine d’origine.

L’on parle fréquemment de l’apparition de la nation Start-up après l’arrivée des Juifs d’ex URSS, qui pour beaucoup venaient avec des dispositions scientifiques qui n’attendaient qu’à s’exprimer. Pourtant, ils durent apprendre à vivre leur identité nouvelle après 70 ans dans le déni d’appartenance religieuse.

De même, la culture d’animaux de compagnie n’existait pas avant leur arrivée. Les israéliens, qui avaient l’habitude de considérer les chats et les chiens comme des animaux de rue qui saccageaient les poubelles ont assisté éberlués à l’apparition de magasins d’animaux domestiques.

De nos jours, ce type de magasins existe quasiment à chaque coin de rue et des réseaux de particuliers venant en aide aux animaux font légion. Les Juifs de l’ex-URSS ont ainsi, en marge de l’histoire majeure des start up, développé auprès de la société israélienne une sensibilité à l’égard des animaux.

Les éthiopiens ont dû parcourir des années de progrès scientifique en quelques heures d’avion et s’adapter rapidement à un mode de vie assez occidental.

Après avoir appris à concevoir l’identité israélienne incluant la culture des Juifs issus des pays arabes, cultures, codes et repères foncièrement différents des pionniers venant de Russie ou d’Europe de l’Est, la société israélienne a dû également apprendre à concevoir sa propre identité avec la peau noire.

Rares sont les pays qui ont dû réinventer, réajuster leur propre identité à ce point.

Si ces populations ont du s’intégrer et devenir israélien au prix de nombreuses difficultés, en échange elles ont apporté au pays une nouvelle identité. Une culture en plus.

Et chacune de ces vagues d’immigration a façonné la société israélienne en la réinventant, en lui redonnant un second souffle, une nouvelle parure, en l’enrichissant et en la rendant plus forte. Plus compliquée certes, plus variée, et en apparence moins homogène.

Pourtant si les israéliens semblent récalcitrants au consensus, en témoignent leurs gouvernements issus de coalitions souvent improbables, si les débats de société agitent la société israélienne en la divisant (l’affaire du soldat condamné pour avoir tiré sur un terroriste à terre en est un dernier exemple), la société israélienne parvient néanmoins à se retrouver autour d’une identité commune.

Ainsi même si les immigrations successives de Juifs venus avec leur propre identité ont réinventé la société israélienne, celle-ci est néanmoins parvenue à conserver une identité propre qui permet à l’Américain du New Jersey, au Sud-Africain de Johannesburg, au Brésilien de Sao Paulo ou à l’Ukrainien de Kiev, de se retrouver autour d’un projet commun et de se sentir responsable du destin du pays.

Alors que nous assistons à une vague impressionnante d’immigration de Juifs européens, cette perspective devrait rester en mémoire et aider à intégrer ces populations qui arrivent munis d’une culture riche dans de nombreux domaines, qui à son tour pourrait aider une fois de plus Israël à se réinventer. Pour devenir plus fort, plus riche de sa diversité, en l’intégrant dans un projet commun, Israël, le rêve fou du sionisme devenu réalité.

Peut-être même un exemple pour de nombreux pays occidentaux aux prises avec des conflits identitaires…