La vie juive m’a depuis toujours parue fascinante. Ses couleurs m‘interpellent, ses saveurs m’emportent vers des contrées imaginaires. Difficile de rester indifférent à cette culture débordante et trépidante. Je suis parti cet été à la découverte du judaïsme américain. 

C’est une fois de plus dans le cadre de mon travail – duquel vous ne m’entendrez jamais me plaindre – que je me suis rendu sur la côte est du géant tonton américain. C’est en qualité de « counselor » , de « mono », que j’ai exercé pendant près de 20 jours, menant un groupe de trente jeunes américains et israéliens confondus. Ces adolescents de seize ans ont été triés sur le volet pour faire partie de cette prestigieuse délégation chapeautée par l’agence juive et la fédération juive aux États Unis.  

Le programme était donc chargé et l’itinéraire rondement bien calculé pour que l’expérience (havaya– nom du programme en hébreu) soit la plus intense et la plus enrichissante possible. Je vous raconterais volontiers le programme dans ses détails car il était à bien des égards passionnant et rempli de rebondissements, mais je manquerais alors de vous parler de ce qui était pour moi l’événement-clef de tout ce voyage : ma rencontre avec la vie juive américaine.

Depuis trois cent cinquante ans, l’histoire de l’immigration des communautés juives aux États Unis est une succes story à l’hollywoodienne. Le juif a pour la première fois de l’histoire moderne réussi à trouver sa place, à être accueilli dans une société civile tout en étant traité d’égal à égal , comme nulle part ailleurs dans le monde et comme jamais en Europe dans laquelle il l’a habité mille ans durant.

Aujourd’hui la vie juive américaine est entremêlée dans l’immense melting-pot made in US avec sa spécificité jamais altérée, avec ses mélodies et son propre rythme que les ancêtres ont amenés directement du shtetl.

La communauté juive s’articule autour de ces fameux  » JCC » , Jewish Community Center, des centres communautaires débordants de vie et d’animation. Activités sportives en tout genre, cours de torah ou d’hébreu, école de théâtre, salon de lecture, chorale de chants religieux, tout ça dans un complexe moderne équipé de tout le confort et des facilités de notre temps mais par dessus tout : accessible à tous.

Si je devais résumer la force du judaïsme américain en un mot c’est son accessibilité que je mettrai en avant. Ce judaïsme est vivant, en mouvement, en pleine réflexion, en perpétuel développement. Il se pose des questions, consulte les autres, ne vit pas reclus ni replié, il a la tête haute, il est décomplexé.

J’aime  voir des juifs décomplexés, entre mes frères menacés d’Europe et mes compatriotes israéliens en train de se dévorer de l’intérieur, j’ai eu la chance de pouvoir m’oxygéner en me remplissant la tête et les poumons d’air pur, un air d’ouverture, de pluralisme, de dialogue.

Une critique récurrente que nous entendons souvent est le criant problème de l’assimilation qui frappe les juifs américains. En effet une partie importante des jeunes juifs et juives ne se marient pas au sein de la communauté. Je ne pense pas que les mariages mixtes soient une menaces pour leur survie, le challenge sera l’éducation des enfants, de savoir si ils fêteront hanoukka ou ‘christmas’ … ou peut être même les deux, cela peut être une solution.

Si l’enfant est éduqué dans l’amour de ses parents et le respect de la tradition juive, il décidera par la suite d’embrasser notre héritage et le transmettra tout naturellement. Ne laissons jamais personne nous faire croire qu’en nous  recroquevillant nous allons mieux garantir notre pérennité, nous la garantirons quand nous serons prêts à ouvrir nos livres sacrés, à étudier leurs enseignements et à les partager avec les peuples qui nous entourent.

Merci à mon tonton américain pour m’avoir éclairé de ton phare lumineux de torah, de joie et de tolérance.