Du point de vue de sa genèse le judaïsme était déjà en gestation dans la négritude dont le développement métaphysique remonte à l’Égypte ancienne.

Il s’agit d’un élément stable qui subsiste au changement, à l’évolution, il est comme innée, substantiel au sujet. Sous ce rapport, le judaïsme échappe au temps, il est un judaïsme inconscient, enfoui dans le psychisme collectif marquant ainsi une identité du groupe. Mais sous cet angle, il n’est pas non plus un judaïsme, mais une aptitude, qui du reste est présente dans toutes les sociétés humaines.

En effet dans chaque société il existe une pensée spontanée véhiculée par la littérature orale et se traduisant dans la vie concrète du groupe par des attitudes existentielles comme les coutumes, les traditions, les rites et des comportements de toutes sortes. Cette pensée est une vision du monde, un système de représentation du monde sous-jacente au comportement de l’individu et du groupe.

Il n’existe pas de pensée juive collective, unanimiste et inconsciente.
La pensée juive au sens strict n’a commencé qu’avec le Sinaï, provoquée à naître par l’existence de la Torah, a été bouleversée par la destruction des temples, provoquée à sa révolution moderne par Ezra;
a été refondue par le Talmud sous l’effet de l’exil; arrondie par Meor haGola puis a été remodelée par Yosef Caro et revue sous l’aiguillon des premiers « maskilim ».

Le judaïsme est une histoire et un système, il est un processus essentiellement ouvert, une recherche inquiète et inachevée et non un savoir clos. Cette histoire ne procède pas par évolution continue, mais par sauts et bonds successifs.

La pratique juive suppose une terminologie, un vocabulaire est tout un appareil conceptuel légué par la tradition juive existante.

La pensée juive en Afrique doit s’engager sur cette voie. Elle n’est pas un système clos et achevé, mais un débat sans cesse contradictoire qui se transmet de génération en génération et dans lequel chaque penseur juif est responsable de ses idées.

La pensée juive n’est pas autonome et ne tire pas d’elle-même les conditions de son propre développement mais elle est déterminée en dernière analyse par l’histoire la production des lieux de vie et des rapports sociaux.