Quand on pense à l’art de la guerre, on pense tout de suite a Sun Tzu, quand on pense à l’art et à la guerre, on pense sans doute d’abord au Guernica de Pablo Picasso, d’autres penseront peut être au mural de Banksy a Bethlehem mais ne tombons pas dans le sensationnalisme.

Au risque de passer pour un inculte, je dois avouer ne pas être un grand fan de Guernica, mais avant de vous indigner, rassurez-vous, je ne suis resté que trente secondes devant la Joconde, et après deux jours à Venise j’étais mort d’ennui, et pris d’une envie irrationnelle de noyer un chérubin et d’étrangler le premier personnage en col à fraise avec un bouc que je croiserais. Malheureusement ça n’était pas la saison du carnaval.

Autant dire que je ne suis pas un grand amateur des classiques.

Pourtant l’art et la guerre vont main dans la main, l’artiste est un révolutionnaire, l’artiste est aussi un outil de propagande, il est tour à tour chroniqueur et victime, et dans la Syrie de Bashar Al Assad, l’expression artistique, même avant le conflit, était une passion dont la poursuite pouvait s’avérer dangereuse.

Profitons donc de la présence du réalisateur Ossama Mohammed à Cannes, pour attirer l’attention sur d’autres expressions artistiques pertinentes au conflit Syrien.

Comme le dit si éloquemment le poète et écrivain Syrien Goran Haji :

« Le danger pour un artiste Occidental c’est de s’aventurer à essayer de nouveaux styles, mais dans un pays comme la Syrie, la création elle-même est un risque, et votre vie peut être menacée. Vous ne vous aventurez pas juste dans l’art et dans le style, vous questionnez le sens de la vie et de la mort. »

Son interview (en anglais), ainsi que celle de Rami Farah et Mohamed Omran, cinéastes et acteurs syriens, peut être vue ici, donnant la perspective unique des jeunes artistes engagés dans l’avenir de leur pays.

L’impact de Guernica à l’époque peut être du a plusieurs choses, le talent et la popularité de Pablo Picasso certainement, mais également car le multimédia artistique n’était pas encore en vogue.

Guernica le tableau, la sublimation de la souffrance et de la destruction, est tout ce qui reste de Guernica le bombardement.

Aujourd’hui l’artiste a à sa disposition toute la diversité des moyens de production artistique et de diffusion moderne, son rôle n’est pas juste celui de la mémoire, mais une alternative à la froideur du fait, du nombre exact de cadavres et dans quel village.

L’artiste des zones de conflit aujourd’hui est celui qui nous rappel l’humanité sous-jacente à l’horreur, il est un chroniqueur subjectif, un journaliste de l’âme.

Rami Farah a lui-même réussi à quitter le pays sous des menaces d’arrestation ; son documentaire On screen, Off record est un témoignage poignant des premiers jours de la révolution, vue par les yeux de cinq journalistes, qui tentaient en vain de désapprouver la propagande gouvernementale.

Battlefield de Manaf Halbouni (ci-dessous) nous fera réfléchir la prochaine fois que nous jouerons aux échecs. Les barbelés rendent l’évasion impossible dans ce catch 22. On imagine les gens se cachant derrière les pièces, ressemblant aux bâtiments d’une ville en ruine.

Ou peut-être est-ce tout ce qui reste d’une partie entamée, et abandonnée dans la fuite comme le suggère la peluche laissée en vrac au pied de la table. Dans un camp en Jordanie un gamin pense à son ourson.

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Hamid Suleiman, ci-dessous, tente lui, de critiquer la propagande gouvernementale, par cette toile mêlant des enfants dont le sourire figé contredit l’absence de signal audiovisuel représenté au-dessus, nous rappelant que les images sont manipulatrices et que le bombardement constant d’images et de messages, cache souvent une absence de profondeur, une vacuité à fleur de peau.

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Le récent documentaire Syrian Metal is War de Monzer Darwish, plonge le regard sur des aspects moins coutumiers du Moyen-Orient, d’un point de vue occidental du moins, la scène « underground » de heavy metal en Syrie ; la difficulté pour ce genre d’artistes d’exister sous le régime, et le risque encouru par ces jeunes qui continuent à jouer pour divertir leurs paires, et protester à leur manière et en musique, les violences perpétrées contre leurs compatriotes.

Nous avons parfois du mal à comprendre les motivations dans ce genre de conflit, et à simplifier les gens, leurs histoires et leurs drames : Encore l’islam ? Encore ?! Mais quand s’arrêteront-ils?

Les artistes Syriens, nous renvoient la superficialité et l’absurdité pseudo-intellectuelle de nos débats moralisateurs occidentaux. On s’en moque bien de la religion des victimes, surtout quand on peut se reconnaitre dans une photo, rire au même humour, apprécier l’ironie dans le détail, ou écouter la même musique.

Je vous laisse sur cette image burtonienne (Tim Burton), également par Monzer Darwish, ou la normalité du conflit devient le décor d’une romance sombre et périlleuse, ou Darwish se permet d’ironiser : « Quelle magnifique journée, et si on prenait une photo ma chérie ? »

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