Pour les chroniqueurs assidus de la très conflictuelle relation entre le Maroc et l’Algérie, les dernières déclarations du ministre des affaires algériennes Abdelakader Messahel constituent un tournant aussi dangereux qu’inédit.

Le choix des angles d’attaque, les mots utilisés, le timing choisi… Autant d’indicateurs qui renseignent sur une hostilité froidement planifiée, sur une envie d’en découdre avec le voisin marocain.

Il est vrai que le langage ordurier utilisé par le ministre Massahel peut donner cette impression d’un pétage de câbles, d’une irruption incontrôlée, d’une jalousie morbide et obsessionnelle qu’un ministre à la tête d’une administration impuissante et incompétente peut couver, mais il ne s’agit là que de la partie visible d’un iceberg en pleine décomposition interne.

Il est tout aussi vrai que la nouveauté dans la sortie du chef de la diplomatie algérienne est qu’il a repris à son compte les allégations que des officines algériennes, connues pour leur atavique hostilité à l’égard du Maroc, disséminaient dans une presse algérienne aux ordres.

L’idée à la base était de nuire à un modèle économique et politique en train de réussir malgré tous les obstacles et toutes les tensions dressés contre lui.

Plusieurs raisons peuvent éclairer cette déflagration algérienne à l’égard du Maroc. Alors que pendant des années, le « langage diplomatique » algérien a connu une relative retenue, se contentant de se livrer aux justifications classiques qui maintiennent aussi bien la fermeture des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie que leurs soutiens irrationnels aux séparatistes du Polisario, le ministre algérien vient d’inaugurer une nouvelle stratégie dans la relation avec le voisin marocain: l’adoption de l’insulte provocatrice comme posture d’attaque, de la vulgarité comme l’expression d’une hostilité à l’égard du voisin.

Le nihilisme assumé dans lequel s’est enfermée la diplomatie algérienne à l’égard du Maroc est sans doute l’élément nouveau qui suscite autant d’interrogations et d’inquiétude pour l’avenir de toute la région.

Partant du constat que le Maroc a toujours été ce pays vers lequel les frustrations de la classe politique dirigeantes algérienne ont été dirigées à chaque pic de tensions, la démarche de ce responsable algérien peut trouver ses racines et ses justifications dans la catastrophique situation politique et économique de l’Algérie.

D’un côté, le bas de laine énergétique ayant fondu ces dernières années comme neige au soleil, le gouvernement d’Ahmed Ouyahia trouve d’immenses difficultés à continuer à subventionner la paix sociale et s’apprête à demander de grands sacrifices aux classes populaires algériennes dont une grande majorité est habituée à un assistanat à la soviétique.

Cette politique porte en elle-même les germes d’une grande explosion sociale qui pourraient transformer les événements du printemps arabe tunisien ou égyptien en une promenade de santé.

Sur le plan politique, le régime algérien, faute d’avoir trouvé un successeur consensuel à Abdelaziz Bouteflika, est en train de préparer une grande farce à double niveau : un cinquième mandat pour un président moribond ou une passation familiale du pouvoir.

Cette stratégie ne peut avoir lieu dans un contexte de vie politique normal. Elle ne peut se justifier que dans un contexte de tensions extrêmes, voire de menaces de guerre avec l’ennemi intime de la classe dirigeante algérienne qui cherche à sortir du goulot par n’importe quels moyens, y compris celui de la terre brûlée.

L’autre l’élément qui fait sortir de ses gonds le ministre des affaires algériennes réside sans aucun doute dans les performances politiques et économiques marocaines sur les territoires africains.

Pour contrer la pénétration marocaine dans les marchés africains, Alger avait tenté d’organiser un forum d’hommes d’affaires africains qui avait lamentablement échoué.

D’ailleurs le communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères qui avait stigmatisé le comportement de ce responsable algérien avait tenu à rappeler cette vérité : «L’engagement pour l’Afrique ne peut être réduit à une question de ressources financières, sinon l’Algérie avec ses pétrodollars aurait pu réussir.

Il s’agit plutôt d’une vision claire, volontariste et agissante, ayant foi dans les pays et peuples frères de l’Afrique et investissant en un avenir commun à leur côté.»

Parallèlement à cette réussite politique et économique marocaine, Rabat est en train de réussir son pari de convaincre la plupart des acteurs de la communauté internationale de la viabilité de la solution que le Maroc propose pour sortir de l’impasse du Sahara et consolider son unité territoriale.

Cette situation est de nature à donner des ulcères à une diplomatie algérienne dont l’unique fait d’armes est d’avoir dépensé des milliards pour encourager le séparatisme et affaiblir le voisin marocain.

A ce propos, Rabat dans sa réaction n’a pas manqué de pointer ce point précis : «Le Royaume du Maroc, en condamnant ces propos affabulatoires, d’un niveau d’irresponsabilité sans précédent dans l’histoire des relations bilatérales, relève qu’ils coïncident avec la tournée régionale de l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général pour le Sahara, ainsi qu’avec les préparatifs du Sommet UE-Afrique, prévu fin novembre 2017 à Abidjan»