Je garde au coeur les actes d’héroïsme et de fraternité qu’ont commis beaucoup de parisiens qui ont été plus qu’a la hauteur de l’Homme. Ils ont ouvert plus que leur coeur : leur fond du coeur.

Et c’est cela qu’il faut partager ici : commerçants vidant leurs stocks pour les « réfugiés », familles ouvrant leur appartement, étudiants accueillants des gens dépouillés de tout et blessés, bars et restaurants ouvrant leurs salles et leur cuisine, personnes sans formation ni expérience prodiguant les premiers secours, avec les bons réflexes, avec sang-froid devant le sang chaud et abondant, sans dégoût ni peur, et avec un amour certain pour autrui, paroles rassurantes de la part de blessés à d’autres blessés, passée la sidération, barmen servant boissons chaudes et casse-croûtes, hôtels qui ont libéré des chambres, ouvert leur back-office pour les blessés.

Les secours dépassés et dispersés et devant attendre les forces de sécurité chargées des assauts et des constatations, sont arrivés très tard. Au Bataclan, jusqu’à une heure pour les pompiers et plusieurs dizaines de minutes pour la police.

Il y aura désormais à mettre en place dans les villes françaises des exercices réguliers d’intervention et d’évacuation avec la participation de la population. Il est significatif que cela ne soit ni évoqué ni envisagé. Cela se pratique à Lyon et dans les métropoles proches des sites industriels « Seveso ». Mais pas encore pour le terrorisme. Voilà qui devrait faire réfléchir.

La plupart des gens n’avaient jamais vu de cadavre ni encore moins de blessé à terre de leur vie.

Ils ont été pour la plupart de vrais français, des résistants, malgré la panique et les personnes qui ont été piétinées à la sortie exigüe des établissements.

La peau n’a pas de couleur, mais celle du sang est une et indivisible en voix, en contrastes et en teintes. Il coule et donne vie de la même manière. Il se répand, se transfuse, se donne, se transmet tout pareil. C’est un « aleph » universel.

La ville qui n’a pas d’âme, qui a autant de confusion que de feux rouges, qui barre et contraint le souffle du vent, le sens de la marche et obstrue la vision claire du ciel et des luminaires en imposant sa sempiternelle veille électrique a été cette nuit-là plongée dans le noir.

Et, paradoxalement, cette nuit-là, nuit de Shabbat, le noir troué par le pire de tous les blasphèmes, a été illuminé par la plus grande de toutes les bénédictions. Cette nuit-là, par les bras, les cris, les muscles, les blessures, les bonnes volontés de ces milliers de gens en uniforme ou pas, anonymes, sortis pour fêter leur équipe de foot, ou la nuit libératrice d’une semaine de travail,  « Dam et Adama » ont fait Un en le souffle divin d’Adam.

Adam : Dam, Adama et Ruah.

A l’entrée de ce Shabat « rouge » destiné à la Mémoire de Jacob-Israël béni par inadvertance, le père courage d’Israël, je voulais leur rendre hommage et exprimer mon désir et ma prière pour que les politiques français prennent la mesure de quel peuple à qui ils ont à faire, de quel courage et de quelle « résilience » il est capable.

Israël tout entier peut être fier des français qui sont de grands emmerdeurs quand ils veulent, et de grands humains quand il le faut.

C’est ce qui les rend indispensables si l’on veut s’amuser un peu dans la vie et ne pas cultiver la mélancolie.

La France peut être fière de ses enfants, ardement épris de liberté, et qui, je le sais, seraient prêts à mourir pour leur prochain et leur terre.

Les juifs de France devraient davantage souligner ces faits, pour contrebalancer la haine et la lamentation prophétique qui les entourent et menacent leur cohésion et leur fraternité. Cela dépasse les communautés.

Si un juif, ici et ailleurs, pense que sa foi, sa pratique, son identité, sa Halakha, sa souffrance et sa Torah concernent l’Univers bien au-delà de sa personne et de son groupe, alors, qu’il se lève et qu’il se joigne à nous tous pour commémorer dignement la Mémoire des morts de ce Shabbat, de ce Vendredi Saint, de ce jour de prière et de jeûne, et qu’il adresse à tous les bienfaisants et à tous les « saints » disciples de la Justice de cette nuit où la mort a frappé, sa bénédiction et sa gratitude.

Parce que « l’amour fort comme la mort » est incommensurablement plus manifeste et durable que la mort forte comme le vide.

Il y a eu des luminaires, ce soir-là, dans le firmament de la Création, ils se sont appelés Ahmed, Jocelyne, Jean-Pierre, Salomon, Kevin, Thérèse, David, Jean-Charles ou Aïcha… Ils se sont ajustés pour que le temps et l’Histoire soient marqués de leur personne et que la nuit ouvre grand un nouveau Jour. Yom Ekhad/Jour Un.
Merci à eux.

 – Merci à la ville de Tel Aviv et à l’Etat d’Israël pour leur compassion et leur manifestation de solidarité : drapeaux israéliens en berne, illuminations tricolores, rassemblements, chants de la Marseillaise, temps de silence…

Merci à Israël qui n’a ni rancune ni haine (elles y sont comme partout ailleurs mais n’y sont pas cultivées, la Halakha en interdit la semence et son « khametz » ne doit pas demeurer caché et moisir dans la Maison).

Merci au peuple et aux peuples d’Israël pour son amour, et aux olim français en Eretz dont certains comptent des amis ou des proches morts en cette nuit de Shabbat « rouge ».

Que la mémoire des morts soit bénie à jamais.

Que notre Père Jacob le sanctifié nous aide à mener le bon combat, celui du Juste.

Paix sur tout Israël, en Eretz et dans le monde. Shavuah tov!