Croyance et mystique : Sciences, religion et libre arbitre

Il n’y a pas de réponse démonstrative à la croyance qui par définition n’est ni vérifiable ni même certaine. Celle-ci sera toujours remise en question par le sceptique qui ne peut accepter que ce qu’il constate ou comprend, car il y aura toujours une tension entre « croire que » et « savoir que. » Le croyant dogmatique se soucie pas de la véracité scientifique des Écritures, car il considère le fait religieux non pas comme une vérité scientifique, mais comme une doctrine qui donne un sens à la vie.

Plus qu’une assertion ou une hypothèse, la croyance se situe au-dessus de plausible, du vraisemblable ou du possible : c’est une conviction. Il ne s’agit pas de « croire que » ou de « croire à », mais de « croire en » ce qui implique une confiance inspirée. Il existe aussi des croyances collectives dans lesquelles se reconnaissent des croyances individuelles.

De la même façon que l’on fait des recherches sur le subconscient au niveau individuel, il y aurait lieu de tenter d’expliquer le subconscient collectif, car l’être humain aime se trouver sur un chemin de transcendance tout tracé. Un bon nombre de dimensions contribuent à renforcer la croyance collective et individuelle : les symboles unissent et rassurent ; la musique religieuse insuffle des intuitions subtiles et fait vibrer des fibres émotives qui éveillent un sentiment de dignité hiératique. Elle exulte des sèves de sérénité qui régénèrent les élans du cœur et enrichissent la réflexion.

Anatole France disait : « Le passé est caché comme l’avenir entre deux nuées épaisses, dans l’oubli de ce qui fut et dans l’incertitude de ce qui sera. Et pourtant, la curiosité nous tourmente de connaître les choses et une ardente inquiétude nous excite à éditer les destinées de l’homme et du monde. » Les époques ont généré des transmissions, des mythes qui ont permis d’asseoir la compréhension de l’univers.

Les religions ont été porteuses de mythes. Or la modernité rejette cet héritage et s’engouffre dans la spécialisation au labeur et dans le rejet de toutes les vérités de la génération passée. Il n’en demeure pas moins que la connaissance des approches d’initiation à la métaphysique contribue à la compréhension de l’évolution de notre devenir.

Le terme mystique dérive du mot grec mustikos signifiant relatif aux mystères. Le mysticisme englobe les sens cachés qui dépassent la raison, car il relève de l’intuition et fait intervenir une disposition psychologique dans l’intime de soi, pouvant mener à un état d’exaltation.

Pour Bertrand Russell, l’expérience mystique est une secousse émotionnelle capable de nous projeter pour prendre conscience d’un sentiment cosmique d’éternité. L’esprit devient alors le miroir de l’univers pour pressentir des dimensions qui se dérobent à nos sens et plusieurs civilisations ont développé des approches particulières au mysticisme.

La mystique juive a évolué en parallèle à la mystique arabe, le soufisme. Ce terme viendrait peut-être de Ahl al-Safa: désignant ceux qui ont partagé le banc avec Mahomet ou peut-être de Tsofé merkava qui était une tendance mystique juive bien antérieure au soufisme. Dans le monde chrétien, la vérité transcendante et cachée dont témoignent les Écritures et l’amour divin peuvent mener à la grâce.

Le bouddhisme cherche à dépasser la souffrance et à atteindre l’illumination et le nirvana. Le but ultime de la religion jaïniste est d’atteindre la méditation pure, le déni de soi et la non-violence. Une conduite modérée assurerait une réincarnation mieux réussie. L’hindouisme vénère une multitude de dieux et la vue d’une représentation divine peut faire accéder à l’état de grâce.

En pénétrant en son for intérieur, l’être humain peut accéder à une dimension qui se trouve en hors du réel et hors de l’esprit. « Je donne un coup d’archet, disait Rimbaud, la symphonie fait son remuement dans les profondeurs. » Ainsi, la perception de la béatitude est une expérience intérieure de l’être humain, une synesthésie qui le transporte vers l’indicible et ineffable dimension mystique ou religieuse qui le rapproche du transcendant.

Une grande précaution est de mise lorsqu’on quitte le domaine du tangible pour aborder celui qui manque d’éléments de preuve, car on s’aventure dans le subjectivisme. Un agnostique peut rejeter d’emblée toute métaphysique, mais il n’en demeure pas moins que le défi de compréhension de la relation qui prévaut entre raison, croyance, foi, mysticisme et religion est des plus intéressants à explorer.

La métaphysique a représenté un défi aux philosophes de tous les temps. La philosophie réfléchit sur le monde et le sens à donner à l’existence, recherche la vérité et médite sur le bien, le mal, la liberté et la justice. Le terme philosophie dérive du grec et signifie amour de la sagesse.

La Bible ne propose pas de formule magique : « la première des sagesses est d’acquérir de la sagesse (Proverbes 4-7).» Ce verset souligne une recherche personnelle et soutenue de l’idéal de perfection. Pour le psalmiste, c’est une disposition du cœur et d’esprit qui mène à la sagesse: « Apprends-nous donc à apprécier nos jours, pour que nous acquérions un cœur ouvert à la sagesse (Psaumes 90-12). »