Les récents crimes de haine commis par des juifs israéliens contre des juifs et des Arabes ont ouvert une plaie sanglante dans la société israélienne.

Ce n’est pas la première fois que des Israéliens commettent de tels crimes contre des juifs et des Arabes. En 1983, Emil Grunzweig, militant pour la paix, a été tué par une grenade lors d’une manifestation pacifiste à laquelle il participait à Jérusalem. Nous nous souvenons aussi tous, de l’assassinat du Premier Ministre, Yitzhak Rabin, par l’extrémiste, Yigal Amir.

Et pourtant, les meurtres récents semblent en quelque sorte plus sinistres et plus révélateurs de notre condition en tant que société.

Certains disent que nous ne devrions pas nous juger aussi sévèrement parce que les Arabes et les autres nations se comportent bien pire que nous.

En effet, vous pourriez dire qu’ils ont raison, si l’on considère la façon dont les Syriens, les Irakiens, les Egyptiens, et d’autres pays arabes se traitent entre eux, par tir, brûlure, et gazage à mort.

Si vous considérez aussi le fait que le Hamas, gouvernement officiel de la bande de Gaza, a juré d’anéantir Israël et fait encore toujours ce qu’il peut pour tenir sa promesse, vous pourriez penser que nous ne sommes pas vraiment les mauvaises brutes du quartier.

Toutefois, rivaliser pour être le moindre malfaiteur est exactement le genre de compétition à laquelle nous ne voulons pas participer. C’est pour cette bonne raison que nous faisons une introspection poussée après ces actes odieux de haine. Être aussi mauvais que tous les autres dans le quartier ne justifie pas de tels actes ni ne nous rend plus forts.

Il y a une bonne raison pour laquelle nous exigeons plus de nous-mêmes que ce que les autres nations nous demandent. Le monde a fait des juifs la voix du code de paix et d’amour. Nous nous sommes engagés à être la lumière des nations lorsque nous sommes devenus une nation au pied du mont Sinaï, et la règle que nous avons promis de propager est «Aime ton prochain comme toi-même ».

Peu importe que nous n’ayons pas été capables de la réaliser les deux derniers millénaires, ou que le Temple ait été détruit à cause de notre haine l’un envers l’autre. Le christianisme, et dans une grande mesure, l’islam, ont aussi adopté cette devise comme leur valeur première, mais ont échoué à la réaliser. Maintenant, ils nous jugent durement parce que, inconsciemment, ils attendent que nous ouvrions la voie pour leur montrer comment réaliser cette devise. Inconsciemment, et parfois consciemment, nous attendons aussi cela de nous-mêmes.

Mais au lieu de « Tu aimeras ton prochain » et de la  responsabilité mutuelle, nous sommes pris au piège des valeurs qui dominent notre environnement. L’homophobie, la xénophobie et d’autres formes de racisme entachent la camaraderie que nous nous efforçons d’établir entre nous. Il est temps de repenser nos valeurs.

Notre propre fragmentation est notre plus grand ennemi, et peut-être le seul. Nous ne devons pas être tous semblables;  notre force réside précisément dans notre diversité, à condition que nous nous unissions en passant par-dessus nos différences. Quand nous y parvenons, nous devenons un modèle d’unité au-delà de notre disparité. Voilà comment nous mettons en évidence que plus nous sommes différents, et plus la contribution de chaque personne et de chaque faction dans la société est unique.

Pensez à la diversité dans la société américaine. Si les Américains pouvaient vraiment s’unir au-delà de leur fragmentation croissante, abolir les clivages entre Noirs, Hispaniques, Blancs et immigrants qui attendent depuis longtemps leur permis, ils deviendraient un brillant exemple de paix et d’harmonie.

Mais comme Rav Yéhouda Ashlag, auteur du Soulam (Echelle), commentaire au Livre du Zohar, l’y explique dans son introduction (articles 66-71), les nations ne seront pas en mesure de s’unir à moins que nous, les juifs, le fassions d’abord entre nous, et tracions ainsi la voie pour le reste du monde.

Et comme je le disais au professeur Charles Asher Petit, lors d’une rencontre fascinante il y a quelques mois, puisqu’ils ne seront pas en mesure d’y arriver, sauf si nous nous unissons d’abord, ils vont nous blâmer de fragmenter leur société, et d’inciter des guerres entre l’Amérique et d’autres pays, si celles-ci n’ont pas déjà commencé.

Le monde entier sait que l’unité garantit la force, mais pour les juifs, l’unité est l’essence même de la nation, le trait qui nous définit comme nation. L’unité nous permettra non seulement de vaincre, mais aussi d’éviter complètement la guerre, si nous nous unissons afin de partager notre unité avec le monde.

Si jamais nous voulons trouver un antidote à l’antisémitisme, voici où nous devrions le chercher. Et si nous voulons nous attirer l’estime véritable des nations, voici vers quoi nous devrions nous tourner : mettre en pratique l’aphorisme que notre ancienne nation a forgé: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».