Jusqu’à nos morts qu’on ne laisse pas tranquille, comme le démontre éloquemment la profanation de tombes dans le cimetière juif de Sarre-Union.

Quand on en est à aller jusqu’à s’en prendre à l’endroit de notre dernier repos, c’est qu’on ne veut vraiment pas de nous – même morts.

Y’en a marre.

Après Merah à Toulouse, après l’attaque du Musée juif de Bruxelles, après les débordements dans le monde – y compris à Sarcelles lors de la dernière guerre de Gaza alors que des synagogues étaient prises pour cibles et qu’un drapeau du Hamas a été brandi dans une manifestation devant le Parlement à Ottawa au Canada – voici qu’une synagogue de Copenhague était prise pour cible alors que s’y déroulait une bar mitzvah. Alors qu’un jeune y célébrait son passage à l’âge adulte. Oh qu’il a compris son premier message en tant qu’adulte juif : certains, 70 ans après la libération d’Auschwitz qu’on vient de marquer, le veulent mort simplement parce qu’il est juif.

Ce n’est pas quelque chose qu’il oubliera de sitôt. En fait, je parierais que c’est la principale leçon qu’il tirera de sa jeune vie jusqu’à maintenant : en Occident, au XXIè siècle, on veut sa peau. Parce qu’il est juif.

Y’en a marre.

Les actions et les paroles des leaders, notamment celles de Manuel Valls et François Hollande, sont justes. Mais l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas – encore influent – n’a pas trouvé mieux que d’accuser le Premier ministre Valls d’être « sous influence juive » parce que sa conjointe est d’origine juive. Les canards antisémites ont la vie dure, même dans une partie de l’élite française qui se veut pourtant éclairée.

Y’en a marre.

Les plus hautes autorités de l’Argentine tentent de faire un cover up pour masquer le rôle de l’Iran et du Hezbollah dans l’attentat contre l’AMIA (Asociación Mutual Israelita Argentina), qui avait fait 85 victimes et plusieurs centaines de blessés en 1994.

Y’en a marre.

Un journaliste se met une kippa et, avec l’aide d’une caméra cachée, montre la profondeur de l’antisémitisme en Suède.

Ce reportage aurait dû avoir l’impact d’un coup de poing en pleine gueule partout en Europe et en Occident. Pourtant, c’est tout juste si cela a été remarqué par le grand public. En d’autres mots, l’antisémitisme est tellement banal qu’il n’est plus remarquable. On s’y est habitué, comme s’il était normal d’être insulté dans les rues simplement parce qu’on est juif.

Y’en a marre

Le nombre d’incidents antisémites a doublé entre 2013 et 2014 en Grande-Bretagne, atteignant un niveau record. Et encore, on ne parle de ce qui est rapporté.

Y’en a marre.

Mais ils ne m’auront pas. Je ne me cacherai pas. Je ne serai pas un marrane des temps modernes. Je continuerai d’aller à la synagogue pour les shabbats. Je continuerai de me proclamer fier sioniste. Je continuerai à lutter contre l’antisémitisme et son cousin, l’antisionisme qui vise à nier au peuple juif – et à lui seul- le droit à l’autodétermination.

Je continuerai mon travail pro-Israël, et ne me gênerai pas de démontrer combien – malgré tous ses défauts et ses travers – l’État d’Israël incarne les valeurs de démocratie, de liberté, de décence, de protection des minorités et d’égalité.

Je continuerai à militer pour la mémoire de la Shoah, pour qu’on comprenne bien jusqu’où peut mener la haine du juif – et de l’Autre.

Je continuerai de montrer comment ce cancer qu’est l’islamisme s’étend quand on laisse libre cours à l’antisémitisme.

Je continuerai d’affirmer qu’il faut écouter les islamistes quand ils disent qu’après le samedi vient le dimanche – en d’autres mots qu’après les juifs, les islamistes visent les chrétiens, comme l’ont démontré les bourreaux de l’État islamique en décapitant sur vidéo 21 coptes égyptiens sur les côtes de la Méditerranée.

Oui, les temps sont durs pour les Juifs.

L’antisémitisme est en croissance et décomplexé. Israël est au centre d’un maelstrom (Hezbollah plus armé que jamais, l’État islamique qui se rapproche de ses frontières, l’Iran qui s’approche de l’arme nucléaire, des relations tendues avec son principal allié américain, des négotiations au point mort avec l’Autorité palestinienne, etc.).

Mais en même temps, le peuple juif n’en est pas à ses premières épreuves. Notre créativité, notre originalité, notre intelligence, notre adaptabilité, notre fidélité nous ont toujours permis de passer à travers.

Oui, y’en a marre. Plus que marre. Mais ne baissons pas les bras.