L’élection de la Knesset 20 est close. Le scrutin a surpris tout le monde. Des voix à gauche s’élèvent pour contester le choix des israéliens : réactionnaire, figé, dangereux, mauvais pour l’image d’Israël et pour sa crédibilité, … A droite, feux et contrefeux s’allument et chacun pousse au portefeuille. On attend l’arbitrage du Président.

Mais le choix du peuple israélien (dont je ne fais pas partie, ce qui me permet de garder toute ma tête) n’est peut-être ni réactionnaire, ni « par défaut », ni par conformisme.
 C’est peut-être un recul pour mieux rebondir. Car pour la première fois, réseaux sociaux, et réseaux tout courts font partie intégrante d’une guerre multiformes d’un genre nouveau.

Jeunes Arabes de Jérusalem-Est et de Cisjordanie sont en Syrie, dans le Sinaï et en Lybie chargés de semer la mort. Partout les troubles menacent. C’est sans doute pourquoi le scrutin est à la fois un cri d’alerte, d’espérance, et aussi un appel à l’unité. Unité nationale non encore formelle mais paradoxalement manifestée par l’irruption sur le podium de la médaille de bronze électorale : la Liste Arabe qu’aucun candidat ni aucun parti ne peut désormais ignorer.

Et Israël doit faire face à au moins 5 fronts : Le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest et lui-même. Il a commencé, bien avant les autres, à ouvrir le dernier, en maintenant un niveau démocratique jamais atteint.

Après l’attentat de Tunis, un touriste disait : « maintenant, on n’est à l’abri nulle part, vraiment ! ». Si : en Israël, où les avions atterrissent et où les restaurants sont ouverts pendant que le Hamas bombarde.

En Europe, et singulièrement en France, on compte entre deux et quatre garde mobiles pour une entrée d’établissement et d’institution juive et une République qui ne cesse d’appeler à la tolérance en restreignant sans cesse l’ostension des signes religieux et culturels distinctifs dans le champ public.

Je suis toujours très surpris de voir que plusieurs jours après un attentat en France, tout le quartier reste bouclé, jusqu’au fleuriste, jusqu’au cabinet du kiné ou du vétérinaire.

La vie s’arête pendant que les ministres clament : « la vie continue !”
. Et on continue d’être tous tunisiens pendant que le Front National, qui ne porte ni Bibi ni Buji, ni Tunis, ni Charlie dans son cœur, prépare ses documents d’accès à la propriété pour les prochaines élections départementales françaises du 29 Mars. On table sur 30% du territoire et une abstention, de ce fait, réduite, mais conséquente tout de même.

En Israël, plus de 71% de taux de participation, un peuple qui a montré qu’il ne voulait ni de l’extrême droite ni de l’extrême gauche mais de force et d’unité en obligeant le Premier Ministre sortant/entrant à des concessions qui l’amènent à des contorsions mentales courbaturantes pendant trois semaines.

L’écart social se creuse entre le Nord plus à gauche et urbanisé et le Sud plus à droite et « populaire »… ? Oui. Mais la pluralité communautaire d’Israël, l’idéal sioniste, aussi qui connaît aujourd’hui une définition élargie, plus proche d’ailleurs, de celle des origines, le fait que ses immigrants blancs ou noirs, juifs ou non soient appelés à le défendre et à le promouvoir a compté plus que tout.

C’est le rêve d’une société inclusive, typiquement juive, c’est-à-dire non seulement juive, qui choisit, en votant « à droite » de mettre les conservateurs et les plus intransigeants au pied du mur et de forcer aussi les intellectuels et les militants de la gauche humaniste, écolo comme « prolétarienne » -qui est aussi un conservatisme- à compter avec tout le monde. C’est presque un choix « an-idéologique ». Un choix de survie.

L’Autorité palestinienne ne s’y est pas trompé en avalisant le choix de la nouvelle Assemblée par un accusé de réception en forme de portes de saloon à double retour. Et l’on sait que quand Mahmoud Abbas s’exprime, ses « peut-être » veulent souvent dire « non » et ses « non » ont des chances d’être des « peut-être ».
 On ne sait jamais…

Pendant ce temps, le gouvernement français qui voit dans l’attentat de Tunis l’ombre rouge projetée de ceux de Paris, vient de proroger les mesures de gardes statiques et de patrouilles sur la voie publique, et le Parlement de voter une série de mesures de veille technologique des présumés terroristes exceptionnelle, sans recours à la voie judiciaire habituelle au droit commun.

Il craint autant la perte d’un électorat et d’une communauté juive garante de l’équilibre intellectuel et de l’ordre public du pays que celle de quelques ressortissants, armés de retour des zones d’infestation jihadistes.

1% de la population qui si elle partait, provoquerait l’absence irrémédiable d’une parole impensable parce qu’indispensable.
 On sait ce qui est advenu des pays qui ont éliminé, chassé ou exilé les juifs. Ils sont morts sourds, aveugles et muets.

C’est pourquoi il est passionnant, spirituellement, intellectuellement et aussi anthropologiquement, de voir à quel point la vie politique israélienne, qui est toujours peu ou prou et antique et futuriste, et visionnaire et nostalgique, rejoint exactement ce que l’Europe rêverait d’être, et démontre que l’Histoire n’est pas un recommencement mais une continuité universelle accrochée à un mystérieux caténaire où passe un invisible courant.

Comme on le sait, la communauté juive française, parce qu’elle est minoritaire, mais inspiratrice des valeurs de la République et première communauté à avoir été émancipée par le Nouveau Régime en 1792, est toujours la première à payer la rançon du terrorisme et du sectarisme.

Quand un juif est agressé, tous les autres citoyens ont du souci à se faire…
Certes, elle n’est pas très unie, et traversée par des courants multiples et souvent opposés.

Mais c’est pourquoi la parole du Grand Rabbin Korsia revêt une importance d’autant plus grande que la communauté juive de France est la diaspora européenne la plus nombreuse et que la grande majorité des juifs de France est profondément attachée à rester au pays, non par peur d’émigrer, et pas seulement par amour pour la France, mais parce que l’Alyiah reste une prescription avant tout et pas une fuite ni une démarche protestataire.

Les autorités françaises alertées par le grand nombre de jeunes musulmans convertis ou non signalés présents dans les zones infestées par Daesh ont su rassurer la communauté. temporairement. Elles ont su rassurer les français avec un budget et un armement législatif conséquent.

La parole du Rav Korsia rassurante sans être lénifiante, a précisément pour but de lier la communauté juive aux autres entités religieuses, de souder les juifs français entre eux, et avec leur pays d’accueil et de naissance, avec leurs différences rituelles et traditionnelles et de rappeler, aussi, à la France, que sans « ses » juifs, elle ne serait plus elle-même. Elle ne serait d’ailleurs probablement plus rien du tout.

Le Grand Rabbin Korsia est vraiment un Grand Rabbin, spirituel, qui montre sa finesse politique, son humanisme intransigeant avec les valeurs du judaïsme et son don pour la négociation et le compromis.

C’est un juste retour des choses dans une République pour qui fronde, invasions, révoltes et jacquerie ont été les pires cauchemars, et qui a décidé le 22 septembre 1792, année de l’affranchissement des juifs de l’ostracisme et de la persécution, de mettre fin pour toujours à la Terreur.

Il y a 225 ans en France aussi, les têtes tombaient. Il est temps pour elles de se relever et de regarder en avant. Nous pourrons ainsi regarder en nous-mêmes… Nous voir les uns les autres en le regard d’Israël… Joyeux Rosh Hodesh Nissan.