À Varsovie, dans la vieille ville, j’entre par curiosité dans un vaste magasin de souvenirs qui offre tout le kitsch qu’un tel magasin juge utile de proposer au touriste. Mais parmi 3 pièces qui se succèdent en enfilade : une librairie, et un livre sur la Varsovie juive d’avant la guerre : «Prewar Jewish Warsaw in Historic Photographs» de Jaroslaw Zielenski.

Revenue dans mon appartement parisien, je cherche parmi les reproductions de photos et cartes postales anciennes les rues où a habité ma famille. Et je tombe sur le 13 de la rue Nowiniarska.

Je ne peux m’empêcher de penser que ce chiffre porte chance. C’est exactement l’adresse des parents de ma grand-mère, Justyna et Avraham, ainsi que de leur jeune fils, mon grand-oncle Kuba. Du moins avant que la guerre ne les oblige à partir.

Le livre de Jaroslaw Zielenski indique qu’au 13 de la rue Nowiniarska se trouvait un immeuble à la façade d’une longueur exceptionnelle (elle déborde du cadre de la photo). Son propriétaire était le marchand Nuchim Brüner.

Quand les nazis ont bombardé Varsovie à l’automne 1939, m’a-t-on raconté, l’immeuble a été incendié. Justyna, Abraham et Kuba se sont réfugiés chez mes grands-parents.

Mon grand-oncle Kuba, sa femme Genia et un de leurs amis sont revenus à Varsovie quelques années après la guerre pour revoir les lieux où ils avaient vécu. Genia m’a raconté que, arrivé à son ancienne adresse, Kuba a été pris d’un interminable fou rire : il ne restait absolument rien. Quelle est l’expression, déjà ? «Plutôt que d’en pleurer» ?

© Léa de Kokjengak.

© Léa de Kokjengak.