La profanation du cimetière juif de Sarre-Union ne peut être excusée par la jeunesse, comme les propos de Roland Dumas en début de semaine ne peuvent l’être par la vieillesse.

Cinq jeunes gens mineurs ont donc été mis en examen pour la profanation du cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin). D’après leurs dépositions en garde à vue, ils auraient fait des saluts nazis et tenus des propos antisémites. Deux jours avant cette quintuple mise en examen, François Hollande avait estimé sur place qu’il appartenait à la Justice d’établir « ce qui relève de l’inconscience, de l’ignorance ou de l’intolérance » mais que « le mal était d’ores et déjà fait ». Selon le procureur ces jeunes n’avaient pas d’antécédents judiciaires et tout serait parti « d’un jeu qui aurait mal tourné ». Les cinq profanateurs n’auraient aucune connexion avec des groupes de pensée antisémite.

Faudrait-il pour autant se rassurer de n’être pas en présence de skinheads en herbe ou d’islamo-fascistes pour reprendre le terme de Manuel Valls ? Non !

Le désoeuvrement et l’ignorance ne doivent pas être la seule justification. Même désoeuvré, même ignorant, personne n’est censé ignorer que tout cimetière est sacré. Personne n’est censé ignorer la Shoah enseignée à l’école, a fortiori en Alsace, seule région de France où l’on recense un camp de concentration, le Struthof, et le camp de redressement de Schirmek surmonté de la devise « Arbeit macht frei ».

Cette profanation n’est donc pas un connerie de jeunesse, comme les propos de Roland Dumas en début de semaine ne sont pas une connerie de vieillesse. L’ancien ministre de François Mitterrand n’est pas sénile mais sa vieillesse le conduit à une forme d’impudeur, de libération de sa parole et comme par hasard il se libère sur une supposée « influence juive » autour de Manuel Valls.

L’antisémitisme, comme le racisme ou la misogynie prospèrent bien sûr sur des préjugés voire sur l’adhésion à une idéologie donnée mais ils profitent aussi de l’ignorance, de l’aculturation. Ils sont comme l’écrit Tahar Ben Jelloun dans Libération « la haine féconde de tout ce qui est culturel ».

Parfois, la vieillesse est un naufrage et la jeunesse une dérive.

Avant-même l’attentat contre l’Hyper Casher, fin 2014, François Hollande et Manuel Valls avaient fait de la lutte contre l’antisémitisme et le racisme une grande cause nationale. Il était temps, 10 ans après l’assassinat d’Illan Halimi mais cette prise de conscience politique nous laisse croire encore que nous ne sommes pas dans les années 30.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia écrit dans le Huffington Post qu’il attend beaucoup la mobilisation des pouvoirs publics mais ajoute « c’est à chacun de nous de ne rien tolérer dans notre environnement immédiat, ni parole déplacée, ni préjugé éculé, ni acte même minime, car ce serait la fin de notre rêve commun qui s’appelle la France »… C’est aussi une réponse aux appels de Benyamin Netanyahu aux Français juifs à émigrer en Israël.

 

Chronique France Culture, le 20/02 à 7h15