Une réunion secrète s’est tenue en février 2016 au port d’Aqaba en Jordanie, entre le premier ministre Benjamin Netanyahu, le secrétaire d’État John Kerry, le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Al-Sissi.

Rien n’a transpiré jusqu’à ce qu’un journal israélien ne la révèle le 19 février 2017 et qu’elle soit confirmée du côté américain. Le chef de l’opposition Yitzhak Herzog avait été mis dans le secret mais il avait gardé le silence pour respecter le secret d’État.

Il a cependant exprimé son amertume : « il y a un an, au sommet d’Akaba, Netanyahu avait l’occasion de changer la face du Moyen Orient. Il a préféré se dérober ».

Kerry avait masqué cette réunion secrète en organisant, en même temps, un voyage à Amman les 19 et 20 février pour rencontrer Mahmoud Abbas.

« Netanyahu avait l’occasion de changer la face du Moyen Orient. Il a préféré se dérober »
Isaac Herzog

John Kerry avait exposé aux trois dirigeants des principes qu’il avait d’ailleurs dévoilés lors de son discours à Washington le 28 décembre 2016, sous forme de testament politique.

Aucune proposition innovante ne figurait dans son programme : retrait israélien des territoires palestiniens avec possibilité d’échange de terres accepté par les deux parties, création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, reconnaissance d’Israël comme État juif et déclaration de Jérusalem comme capitale des deux États.

Rien de nouveau donc sachant les deux derniers points ont déjà été rejetés par les deux parties.

Le Premier ministre a confirmé avoir participé à cette réunion mais a justifié son refus d’un accord sur les bases américaines parce qu’il « lui serait difficile d’obtenir l’accord de sa coalition gouvernementale ».

Cela semble en opposition avec l’annonce faite au Likoud qu’il était en fait l’initiateur de ce sommet secret et qu’il avait de nouvelles suggestions à proposer à ses interlocuteurs.

Les autres participants ont contesté la version publiée en Israël. Le président Al-Sissi s’est borné à un commentaire général : « L’établissement de la paix apportera une nouvelle réalité qui permettra aux pays de la région des développements sociaux et économiques. La paix mettrait fin à l’une des excuses les plus importants utilisées par les organisations terroristes pour justifier leurs actes ».

Le palais jordanien a précisé que « la réunion a porté sur les développements récents dans la région et en particulier sur les efforts visant à relancer les négociations entre Israël et les Palestiniens sur la base d’une solution à deux États, qui est la seule solution au conflit ».

Des deux côtés, la langue de bois pour masquer une certaine gêne d’un nouvel échec. Le président de l’Autorité n’avait pas été invité par John Kerry mais il avait été en permanence briefé sur le contenu des discussions.

En fait le Premier ministre n’était pas très intéressé à une négociation. Il a passé huit années à lambiner entre l’administration de Barack Obama, considérée comme anti-israélienne, et les membres extrémistes de sa coalition.

Il a alternativement assuré le président américain qu’il était prêt à faire avancer le processus de paix tout en donnant des gages à ses ministres nationalistes qu’il ne fera jamais de concessions.

Mais il tient pour responsable de la situation le leader travailliste Itzhak Herzog qui a refusé d’entrer dans la coalition, ce qui lui aurait permis de neutraliser ses ministres intransigeants. En dernier ressort, il s’est tourné vers Avigdor Lieberman qui lui apportait un petit peu d’oxygène pour faire passer sa majorité de 61 voix à 67.

On sait à présent que Netanyahu avait fait miroiter à Herzog l’ouverture de négociations grâce au sommet d’Aqaba. Le chef de l’opposition s’était même entretenu par téléphone avec le roi Abdallah et le président Sissi qui l’avaient convaincu de s’associer aux pourparlers dans le cadre d’une conférence régionale, s’il prenait la direction du ministère des Affaires étrangères.

Netanyahu est convaincu que le temps joue en faveur d’Israël

Mais au dernier moment, Netanyahu a fait marche arrière lorsque ses amis du Likoud l’ont mis en garde contre un possible éclatement du parti avec à la clef des élections anticipées qu’il ne gagnerait pas forcément. Il a ainsi montré sa vulnérabilité politique.

Netanyahu est convaincu que le temps joue en faveur d’Israël et qu’il n’a pas besoin de faire aujourd’hui des concessions territoriales.

Reste à savoir s’il pourra continuer encore longtemps ce pas-de-deux de haute voltige avec le président Donald Trump qui, pour l’instant ne s’est pas réellement prononcé sur la stratégie qu’il compte suivre sur ce conflit qui le dépasse.

Pour faire avancer le dialogue et convaincre Herzog, Netanyahu lui avait fait miroiter un nouveau plan, présenté aux participants à la réunion secrète, comportant les clauses suivantes :

– Libération totale des constructions pour les Palestiniens et avancement des projets économiques en zone C sous la juridiction totale d’Israël. Libération des projets d’infrastructure dans la bande de Gaza. Amélioration de la coopération sécuritaire en libérant la fourniture d’armes à l’Autorité palestinienne ;

– Israël s’appuiera sur l’initiative de paix de 2002 pour négocier avec les pays arabes ;

– Soutien des pays arabes sous l’égide de l’Arabie et des Émirats pour une initiative régionale de paix ;

– Gel des constructions dans les implantations en dehors des grands blocs sous réserve que toutes les parties garantissent à Israël le droit de continuer à y construire ;

– Garantie américaine pour bloquer les mouvements anti-israéliens aux Nations unies et dans les organisations internationales, avec usage systématique du droit de veto.

Netanyahu a confirmé que tous les ministres n’avaient pas été mis dans le secret de ces négociations, et que le chef de l’opposition n’en a été informé que quelques jours après la tenue de la réunion.

Yitzhak Herzog a estimé qu’il était tenu par le secret d’État qui ne lui permettait de faire des révélations au public sur l’échec de ces pourparlers.

Il tenait à ne pas être accusé de torpiller une négociation qui était pour lui une opportunité pour un changement historique au Proche Orient : « Je voulais éviter d’autres séries de meurtres et de cercueils. J’ai accepté la demande du Premier ministre parce que les dirigeants les plus importants du monde tenaient à ce que je rentre au gouvernement comme une preuve que Netanyahu était sérieux au sujet du processus. »

Il n’a cependant pas réussi à rejoindre la coalition face aux extrémistes de droite qui ont agi pour faire capoter le projet. Il avait pourtant été encouragé par le roi Abdallah et Abdel Fattah al-Sissi qui lui ont fait miroiter la tenue d’un sommet régional où il pourrait être le maître d’œuvre.

Une fois encore, Benjamin Netanyahu n’a pas osé choisir le chemin du compromis pour une paix cautionnée par les États-Unis, la Jordanie et l’Égypte, qui ont déjà donné des gages de respect de leur signature au bas d’un traité.

Les Israéliens comptent sur l’appui de Trump pour insuffler une nouvelle politique au Moyen Orient. Face à un dirigeant imprévisible et changeant, ils risquent de se retrouver face à une grande déception.

La paix attendra.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/02/conflit-palestinien-encore-une-occasion.html