La droite israélienne a-t-elle des idées ? Comment pense-t-elle régler le conflit Israélo-Palestiniens ? Jusqu’ici, elle s’est surtout opposée à toutes les propositions émises.

La droite a historiquement prôné « le grand Israel », soit l’annexion des Territoires conquis en 1967. Elle a continuellement encouragé la création de nouvelles colonies, ainsi que leur expansion, afin de rendre impossible la création d’un état palestinien.

Le problème résidait dans le fait que pour rester un état démocratique, Israël devait accorder l’égalité des droits aux Palestiniens annexés et notamment le droit de vote à la Knesset – ce qui mettait en danger la suprématie des juifs sur l’Etat ainsi que sur son identité juive. D’autre part, ne pas accorder l’égalité des droits aux Palestiniens semblait absolument inacceptable au niveau international.

Du fait qu’elle n’avait pas de solution répondant à ces deux conditions, la droite menait une politique pragmatique de colonisation dissimulée, contournant ainsi une forte pression interne et internationale qui exigeait le gel de cette colonisation.

La droite repoussait les plans de Paix de la gauche – création d’un état Palestinien indépendant aux cotés d’Israël – soulignant les dangers de cette option : tirs de mortiers et terrorisme à proximité des grands centres urbains israéliens et rappelait l’objectif arabe jamais abandonné d’éliminer l’Etat d’Israël.

Alors on faisait traîner les choses – tout en continuant une colonisation rampante – en espérant qu’avec le temps « quelque chose se passera » qui permettra d’annexer de manière acceptable.

Mais ces dernières années, la droite, confortablement installée au gouvernement, se voit obligée de reconnaitre « que les Palestiniens sont là et qu’ils ne vont pas disparaitre de sitôt », et que d’autre part il ne sera pas possible de les contenir à perpétuité en « terrain surveillé », sous régime policier, sans droits politiques ni économiques et avec limitation drastique du droit de circuler.

Il est donc indispensable pour la droite d’élaborer une proposition vivable pour tous et en accord avec ses convictions.

Depuis une décennie quelques personnalités de droite déclarent qu’il est nécessaire de proposer une solution face à celle des « Deux états indépendants ».

Parmi elles, Tsipi Khotobeli – membre de la Knesset, du parti Likoud – organise en 2009 un congrès intitulé : « Alternatives à la solution de Deux Etats ». Elle appelle à annexer toute la Cisjordanie et à accorder de façon échelonnée la nationalité israélienne a tous les Palestiniens.

Ouri Elitsur – ancien dirigeant du Comite des territoires de « Judée et Samarie » et proche de Netanyahu – publie un article dans le journal des colons Nekuda dans lequel il déclare qu’il est temps de déclencher un processus dont l’achèvement sera « pour chaque Palestinien une carte d’identité israélienne, l’immatriculation israélienne de son véhicule, l’assurance sociale israélienne, et le droit de voter pour la Knesset ».

Moshe Arents – ancien ministre de la Défense du parti Likoud – écrit un article dans Haaretz, dans lequel il appelle à « remettre en question le grand Tabou de la politique israélienne et d’envisager l’octroi de l’identité israélienne aux Palestiniens de la Cisjordanie ».

Dani Dayan – nouveau dirigeant du Conseil des territoires de « Judée et Samarie » – s’oppose à l’octroi de l’identité israélienne aux Palestiniens et propose de prolonger le statu quo actuel avec quelques améliorations comme solution durable (« les Arabes des Territoires ont aujourd’hui plus de droits politiques que dans tous les autres pays arabes »).

Après qu’un ami lui a posé la question et qu’elle ne savait pas quoi répondre, la petite-fille de Eliakim Etsioni – ancien chef de file du mouvement pour la colonisation, elle-même activiste de droite – a décidé de mener une enquête et de réunir « les idées de la droite » sur la solution du conflit (« La paix pour plus tard » – Haaretz 26/08/16). Elle a publié une partie des propos recueillis :

Caroline Glik – journaliste de droite et auteur du livre La solution Israélienne : Un seul Etat comme plan de paix au Moyen-Orient – propose l’annexion progressive de toute la Cisjordanie afin de créer une seule unité politique entre la mer et le Jourdain. Les Palestiniens auront une carte d’identité israélienne, le droit de vote – sauf ceux suspectés d’appartenir à des groupes terroristes en attendant qu’ils soient « rééduqués ».

Yoaz Hendel – historien qui dirige le Centre d’Etudes de Stratégie Sioniste – voudrait voir une solution avec « un maximum de terrain avec un minimum d’Arabes » – soit l’annexion de 30 % des Territoires occupés et carte d’identité israélienne aux Palestiniens y résident, encore 40 % deviendront une autonomie palestinienne ». Les 30 % de terres restantes seront définies comme « terrains disputés » et les pourparlers avec les Palestiniens porteront sur ces terrains seulement.

Eliakim Haetsni – ancien dirigeant du Conseil de Judée et Samarie, ancien membre de la Knesset du parti d’extrême-droite « Hatkhia » – propose l’annexion de toute la zone C dès maintenant et une autonomie palestinienne dans le reste des Territoires. Le sujet de l’indépendance sera repoussée à plus tard – 100 ans au moins. Il faut dès aujourd’hui démanteler l’Autorité palestinienne.

Netanyahu de son coté se considère contraint à « tenir le coup avec la force 50 ans, 500 ans, tant qu’il le faudra ».
Le membre de la Knesset Yoav Kish, du Likoud, a dévoilé dernièrement son plan de paix sur la base « d’un seul pays entre la mer et le Jourdain » : aucun juif ne sera transféré de son habitation en Cisjordanie, il y aura une autonomie complète pour les Palestiniens, pas de droit de vote au Parlement israélien. Le droit de vote des Palestiniens sera exprimé en Jordanie ou « par une voie encore indéfinie, en espérant que le monde changera…. ».

Pour Feglin (membre de la Knesset du Likoud, de tendance d’extrême-droite) les choses sont plus simples : annexion immédiate de tous les Territoires. Le choix est donne aux Palestiniens : soit un départ de bon gré, soit un statut de « residant » sans droits politiques, soit s’ils prouvent leur fidélité à l’Etat Juif obtention de la nationalité israélienne (« comme les Druzes aujourd’hui en Israel).

Dernièrement a vu jour une nouvelle proposition, élaborée par un nouveau mouvement « Deux pays – une nation », regroupant des colons, des Palestiniens et des Israéliens de droite et de gauche.

Il s’agit de créer une Confédération, qui reconnaitrait les droits historiques et culturels de deux peuples entre la mer et le Jourdain – les peuples juif et palestinien – et serait gouvernée par deux instances, une israélienne et une palestinienne sans frontières définies. Les habitants se définiront au choix comme israéliens ou palestiniens et éliront leurs représentants aux institutions respectives de la Confédération.

En résumé on trouve une base commune aux positions de la droite :

Un seul Etat indépendant entre la mer et le Jourdain et pas d’expulsion de juifs installés en Cisjordanie.
Puis vient un éventail de propositions :

Les plus osées proposent l’annexion totale de la Cisjordanie et l’attribution de la nationalité israélienne a tous les palestiniens.

Plus fréquemment les politiques de droite proposent des solutions intermédiaires, essayant de limiter l’impact de l’octroi de la nationalité israélienne aux palestiniens.

Cette tendance fut exprimée tout dernièrement par Naftali Benett – chef du parti « Habayit Hayehudi » et ministre dans les gouvernements de Netanyahu : mon but est d’arriver à l’annexion totale de la zone C et la formation d’une Autonomie palestinienne dans le reste des territoires, n’accordant la nationalité israélienne qu’aux Palestiniens de la zone C.

Le grand problème c’est que les Palestiniens, les pays arabes et le monde politique international – s’opposent fortement a toutes ces solutions.

Pour la droite il se passera peut-être « quelque chose » au niveau mondial qui permettra malgré tout la réalisation de ces propositions – l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis leur redonne espoir.

Suite aux Accords intérimaires sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, les Territoires palestiniens occupés ont été scindés en 3 zones : Les zones A et B, dites « autonomes » sont gérées civilement par l’Autorité palestinienne et la zone C, incluant les colonies israéliennes et Jérusalem-Est est administrée par Israël.