Sans vouloir, en aucune façon, carrément inverser la vision manichéenne du conflit israélo-palestinien actuelle consistant à voir une opposition entre bourreau israélien et victime palestinienne, il me semble urgent de tenter de remettre quelque peu les choses en perspective.

Il ne fait aucun doute pour moi que les penseurs de l’« antisionisme » et nombre de ceux qui diffusent cette idéologie pernicieuse ne sont autre chose que des antisémites purs et simples.

Mais il y a sans doute, parmi les jeunes surtout, des gens égarés qui ignorent tout de l’histoire du conflit et pour qui celui-ci commence avec l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967.

Il y a en fait deux façons de contrer la diabolisation d’Israël, même si l’on peut se montrer pessimiste quant à la possibilité d’y arriver.

La première consiste à souligner le maniement permanent de deux poids, deux mesures, dans cette vision du conflit israélo-palestinien, comme étant un peu la « mère de tous les conflits » et le sort des Palestiniens comme l’un des pires dans le monde. Le fait que le terme de territoire occupé et le concept même d’occupation illégitime riment avec Israël et avec Israël seulement constitue l’un des exemples les plus frappants de cette diabolisation de l’Etat juif.

L’occupation de dizaines de territoires, voire de pays entiers, dans le monde, ne semble pas provoquer d’émotion du même ordre. Du Tibet, annexé depuis des décennies par la Chine, à la Crimée et à une partie de l’Ukraine, accaparés par la Russie, les exemples sont légion. Et n’existe-t-il pas un pays occupé en pleine Union européenne, à savoir la moitié de Chypre, par la Turquie ? Et que dire de l’Irlande du Nord, annexée depuis belle lurette par la Grande-Bretagne ?

Mais mieux encore, il faut tout de même rappeler que jusqu’en 1967, la Palestine fut occupée par la Jordanie, pour ce qui concerne ce que l’on appelait d’ailleurs la Cisjordanie et l’Egypte, pour ce qui est de Gaza.

Le deuxième exemple est celui du mouvement BDS. Israël est l’objet de nombreux boycotts de par la planète, alors que des dizaines de pays parmi les plus barbares du monde, comme l’Arabie Saoudite et bien d’autres sont considérés, eux, comme fréquentables, tout comme le régime sanguinaire de Téhéran, qui lui, n’a jamais été boycotté par nos belles âmes universitaires, alors que l’on y pratique en routine l’exécution par lapidation.

Pas plus que la Turquie, coupable du génocide arménien au début du siècle et de l’oppression persistante du peuple kurde.

L’autre volet d’une contre-information nécessaire est celui de l’histoire d’un conflit qui fut, pendant deux décennies au moins, israélo-arabe avant de devenir israélo-palestinien. Il faut rappeler le fait largement oublié depuis lors que l’ONU avait voté un plan de partage entre Israéliens et Palestiniens, où la part de ceux-ci était sensiblement plus importante que l’ensemble Cisjordanie plus Gaza, que les Juifs l’avaient accepté et que ce sont les Arabes qui l’ont refusé et qui sont donc en fait, eux, responsables de l’absence actuelle d’un Etat palestinien indépendant. Il faut rappeler aussi que les pays arabes ont parqué pendant deux décennies les réfugiés palestiniens dans des camps au lieu de les intégrer.

On peut douter de la possibilité de contrer efficacement après tant d’années la propagande « antisioniste », mais a-t-on jamais tenté l’expérience d’une information réellement intelligente dans le sens contraire ? Qu’il me soit permis d’en douter.