Enfin nous y voilà. Nous sommes le dimanche 22 juin jour où les quelques 300 grands électeurs du Consistoire vont élire leur Grand Rabbin. Il convient peut-être de répéter cette dernière phrase pour que chacun comprenne l’enjeu « quelque 300 grands électeurs du Consistoire vont élire leur Grand Rabbin ». On aurait tort de penser qu’au terme de ce vote le judaïsme français se dotera d’un Grand Rabbin de France.

Comment pourrait-on prétendre représenter les Juifs dans leur diversité? En réalité, sont appelés aux urnes, des membres désignés par l’institution consistoriale. C’est donc en conclave que ces derniers se réuniront pour désigner, parmi les six candidats restant, celui qui présidera aux destinées religieuses de l’institution et qui prendra le titre officiel de « Grand Rabbin du Consistoire Central ».

Cette campagne aura été assez instructive. Un nombre record de candidats, dix, et quatre désistements ces derniers jours. Cela ressemble davantage à un jeu politique qu’à un enjeu religieux. Il n’en reste que six mais c’est en soi un record. Ces élections sont les premières à se dérouler sous les bons hospices des réseaux sociaux. Il a donc fallu communiquer, peut-être à outrance si l’on considère les promesses et engagements des uns et des autres. Au fond il y a deux lignes. Celle des gardiens du temple dans une ligne orthodoxe de stricte observance et celle, appelons-les, des rénovateurs qui entendent prendre en considération des enjeux sociétaux et religieux contemporains.

Ainsi, si les engagements sont tenus par le futur Grand Rabbin de France qui n’oubliera pas qu’il a été un jour candidat, la place des femmes dans la synagogue et dans la vie communautaire devrait être, si ce n’est égalitaire, digne et respectueuse. La question douloureuse du Guet ne devrait être plus qu’un mauvais souvenir, les différents courants du judaïsme jusqu’aux libéraux seront pris en considération.

En tant que Rabbin d’une communauté non-consistoriale, j’observerai donc de l’extérieur cette élection sans que le résultat ne vienne influer sur la vie de ma synagogue. Comme beaucoup, je serai attentif à l’évolution du Consistoire qui est une représentation du judaïsme religieux en France parmi d’autres.

Il n’en demeure pas moins qu’être candidat à cette élection est courageux. Il faut à la fois convaincre les grands électeurs et porter un message au-delà de l’enceinte consistoriale. Les engagements séduisants de certains à l’adresse de la grande communauté ne seront peut-être pas ceux qui sauront convaincre les membres de ce collège électoral.

« Parler aux Enfants d’Israël » réclame d’être audible et en phase avec les préoccupations qui agitent la communauté. La légitimité du prochain Grand Rabbin de France sera davantage dans ses actions que dans les urnes.