Il était une fois, un lion fort beau, puissant et craint de la plupart des animaux vivant dans son environnement immédiat. Oui, le lion était craint mais peu aimé voire détesté. Il faut dire qu’il en avait agacé plus d’un en revenant dans cette partie de la jungle après tant d’années passées dans d’autres contrées. Certes, tous savaient qu’il était le roi et que chaque parcelle de cette jungle lui revenait de droit divin mais, n’en déplaise, tous étaient d’accord sur le fait qu’ils vivaient mieux sans lui.

Certains s’étaient bien risqués à contester sa suprématie mais avaient vite abandonné. Le lion, n’ayant que peu d’empathie pour ces velléitaires, se contentait de les renvoyer dans leur territoire de façon suffisamment intimidante pour qu’ils cessent de l’importuner.

Car le maître qui avait fort à faire pour gérer sa famille de plus en plus nombreuse, ne souhaitait pas gaspiller son énergie à conquérir des territoires dont il n’avait que faire.

Dans la jungle, nombreuses sont les espèces qui cohabitent en plus ou moins bonne intelligence, les plus faibles cédant toujours la place aux plus forts. C’est ainsi et personne ne pourra changer la nature.

Pourtant, certaines familles, apparemment moins avantagées par Dame Nature, n’avaient de cesse de déloger le maître de ce qu’ils considéraient comme leur territoire. Le Cobra était de ceux là !

Depuis des années, il ruminait son venin, harassant le lion de mille maux, sans jamais pousser le maître dans ses retranchements. Bien sûr, il lui était arrivé de prendre quelques raclées, mais jamais suffisamment fortes pour l’achever. Et puis, cela lui donnait l’adrénaline nécessaire à alimenter sa haine, ce qui à la finale n’était que positif.

Armé d’une patience infinie il observait le lion du matin au soir et bâtissait lentement sa vengeance. Sa famille à lui aussi s’agrandissait et il disposerait bientôt des atouts nécessaires à la réussite de son plan.

Un beau matin, il a enfin eu sa chance. Trois des petits lionceaux n’avaient pas résisté au venin mortel et avaient rejoint les ancêtres du maître. Le lion a craqué : trop c’est trop. Abandonnant femmes et enfants, il se rue à la poursuite du cobra, bien décidé à lui faire payer la perte de ses petits.

Le cobra n’en demandait pas tant !

S’ensuit un combat qui – s’il pouvait paraître inégal et disproportionné – s’avérait compliqué et parsemé d’embûches. Entraîné dans le territoire du cobra, le lion hésite. Le sang-froid reprend petit à petit le dessus sur la colère et la douleur.

Oh, détruire le cobra n’est qu’une formalité pour lui, un simple coup de patte et le tour est joué. Mais que dira t’on de lui, le Roi des animaux, s’il se mettait à éliminer ses sujets. Que pensera t’on de son sens de la justice, de l’éthique, du respect de la vie ? Dilemme !

Alors le lion corrige le cobra mais ne l’achève pas, pas tout de suite, pas encore, sauf si vraiment… Et le cobra est rusé, il passe pour mort mais se relève inexorablement. Il sait que c’est son ultime bataille, qu’il n’a plus rien à perdre, qu’il a été trop loin avec le lion et que plus rien ne sera jamais comme avant.

Mais le lion lui aussi s’interroge. Trop ? Qui sait ! Le lion ne manque pas, lui non plus, de ruse et d’intelligence. Le venin du cobra ne lui fait pas peur. De cela aussi il sortira grandit.

Et alors ?

Alors rien. Dans cette histoire, si le lion veut gagner, il devra abandonner une partie de ce en quoi il croit, une partie de ces valeurs qui font sa grandeur. Car à la fourberie il faut répondre par la fourberie, à la haine par la haine… Son Père lui avait bien dit : œil pour œil, dent pour dent ! Pour se battre comme un lion, il faut se battre contre un lion.

Et si l’adversaire est un cobra ? Je vous laisse écrire la suite…