Ce n’est pas une surprise, la « tente d’empathie » à l’UC Berkeley a sombré dans la violence. Pour créer de l’empathie entre des idées conflictuelles, nous devons utiliser une méthode basée sur une profonde compréhension de la nature humaine.

Mettre sur pieds une « tente d’empathie » dans le chaos qui a eu lieu entre des manifestants politiques à l’Université Berkeley la semaine dernière, semblait être une bonne idée – un espace de calme où les manifestants des deux allégeances pourraient avoir une discussion pacifique, sans agressivité.

Pourtant, ce fut un échec retentissant alors qu’un différend a conduit à une violente querelle qui s’est soldée par l’arrestation de quatre personnes.

Parmi ceux qui ont été arrêtés pour conduite violente se trouvait Yvonne Felarca, cette professeur convertie en leader d’Antifa, qui avait déjà été arrêtée pour une conduite similaire. Cela porte certainement à réflexion sur les façons violentes que ceux qui se réclament être les champions du droit de parole ont choisi d’utiliser.

Alors que ceci peut faire l’objet d’une réflexion en soi, je crois qu’il est plus urgent de répondre à cette question : comment réunir des Républicains et des Démocrates au même endroit sans que cela ne dégénère en violence, et peut-être que cela conduise à une compréhension réciproque ?

La clé est la compréhension de la nature humaine

Tout d’abord, nous devons reconnaître la nature humaine. Non pas la nature des Républicains ou celle des Démocrates, mais la nature selon laquelle tous fonctionnent. Nous sommes de façon inhérente menés par notre ego, et cela est particulièrement évident lorsqu’il s’agit de nos idées politiques.

Notre ego se bat avec véhémence pour se justifier soi-même, à un point tel que nous sommes aveuglés et il ne nous permet plus de comprendre toute opinion autre que la nôtre ou qui ne la soutient pas.

Par conséquent, il est naïf de penser que dans le chaudron bouillonnant de nos besoins égoïstes des deux partis, la Gauche et la Droite, planter une tente allait d’un coup de baguette magique permettre aux gens de s’élever au-dessus de leurs différences et de trouver l’empathie, même temporairement.

Pour encourager l’empathie dans la tente d’empathie, les participants ont besoin d’une guidance adéquate et de préparation. Ils ont besoin d’une méthode de délibération qui peut générer de l’égalité dans les discussions et un modérateur professionnel qui ne prend pas parti et dont le rôle est de maintenir une conversation « circulaire ».

« Le Cercle », une plateforme de discussion sécuritaire et positive

Pour diriger une conversation sécuritaire et positive, il est recommandé que les participants s’assoient en cercle, et pas seulement pour que tous puissent se voir et s’entendre mutuellement.

Cette façon de s’asseoir les place aussi à égale distance du centre du cercle qui symbolise un endroit commun, dans lequel chacun a un point de vue sur toutes les opinions émises dans le cercle, sans annuler la leur. Seule cette perspective plus élevée du « centre du cercle » peut générer une compréhension réciproque.

Comment créer un tel endroit commun ? Il est le résultat d’une ronde de discussion réussie. Et le point de départ est d’accepter deux règles simples, qui sont énoncées et observées par le modérateur.

Règle numéro 1 : égalité dans la discussion. Chaque participant se voit allouer le même temps pour s’exprimer librement et en sécurité. La liberté de parole à son meilleur. Chaque orateur prend son tour selon l’ordre du cercle, pour que personne ne gaspille son énergie à se battre pour son temps de parole.

La deuxième règle est d’écouter chaque apport. Cela signifie que lorsqu’une personne parle dans le cercle, le rôle des autres participants est simplement d’écouter.

Cela ne veut pas dire qu’ils doivent être d’accord avec ce qu’ils entendent, ou qu’ils commencent à penser comme l’orateur. Ils écoutent plutôt pour comprendre ce qui motive les orateurs, ce à quoi ils aspirent et ce qu’est leur point de vue.

Un modérateur professionnel de la méthode du cercle exprime clairement qu’il n’y aura pas de tentative de décider d’un point de vue gagnant, et nous ne voulons pas non plus brouiller nos différences. Le cercle encourage l’écoute de l’un sans faire taire l’autre.

Cela nous ramène à la compréhension de la nature humaine ; lorsqu’une personne a l’assurance qu’elle aura son temps de parole et que son message sera entendu, elle sera plus à même d’écouter.

La société américaine doit porter son attention sur l’intelligence collective

Ces deux principes très simples, l’égalité dans la discussion et l’écoute de chacun sont nécessaires autant que l’oxygène dans la société d’aujourd’hui. Mais il y a plus. Ces deux principes ont été prouvés empiriquement par des chercheurs du MIT pour diriger l’intelligence collective de n’importe quel groupe de personnes.

Cela signifie que si un groupe de personnes fait face à un défi collectif, leur réussite est déterminée non par l’intelligence ou le talent de certains individus dans le groupe, mais plutôt de la manière dont ils suivent ces deux préceptes pour en arriver à une solution.

Leur pertinence en ce qui concerne les fissures sociopolitiques en Amérique est simple : comme chaque parti se concentre sur sa droiture, nous sommes collectivement impuissants à trouver des solutions aux défis communs. Nous devons reconnaître l’urgence d’encourager « notre intelligence collective » et d’établir des pratiques pour y parvenir.

Autrement, ce dont nous avons été témoins à Berkeley la semaine passée est seulement le commencement. Les fissures sociales s’approfondiront, l’incapacité de communiquer deviendra permanente et la violence s’étendra de façon exponentielle.

Encourager une nouvelle mentalité sociale

Soyons francs. Le changement dont l’Amérique a besoin ne se produira pas lors d’une occasionnelle « tente d’empathie », même si elle est dirigée selon les directives énoncées plus haut. Les Américains doivent faire l’expérience des bienfaits d’une délibération sécuritaire et positive, semaine après semaine, cercle après cercle.

Cela semble loin de la réalité ? Bien sûr. C’est parce que nous en sommes arrivés à accepter une réalité dans laquelle des délibérations constructives et une compréhension réciproque d’idées différentes n’auront pas lieu. Par contre, la violence est un résultat normal lorsque des gens aux idées conflictuelles occupent le même espace.

Cependant, c’est précisément cette impasse et ces disparités extrêmes qui amènent ce terrible besoin d’implanter une méthode de connexion qui nous élève au-dessus de nos différences et nous permette de trouver « le centre du cercle ».

Mon expérience a montré qu’une méthode semblable peut être appliquée à tous types de personne et dans toutes les circonstances. C’est parce qu’elle repose sur notre réseau naturel de connexion humaine.

Il ne s’agit pas d’enjoliver les mots et d’être polis avec les autres, et cela n’a rien à voir avec les éthiques. Nous devons amener à la surface la source naturelle de sagesse, de résilience et d’efficacité qui existe dans les connexions adéquates entre les gens.

En fait, c’est une source de prospérité dans chaque aspect de la vie humaine. Mais tout au moins, elle peut prévenir la violence. Même si ce n’est que pour cette seule raison, nous devrions la mettre en pratique dès que possible. Sinon, aujourd’hui, un éclat à Berkeley, demain un incendie partout.