Ces dernières années, un mouvement de boycott d’Israël issu de la « société civile » occidentale s’est développé sous le nom de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions). Il est particulièrement actif dans les campus (américains surtout), où il rassemble une coalition hétéroclite de minorités ethniques et religieuses unies dans le rejet d’Israël, de militants d’extrême-gauche, de féministes radicales et de partisans de l’idéologie post-moderne dans sa variante néo-marxiste. La semaine dernière, l’union des étudiants britanniques a voté une résolution soutenant le boycott d’Israël.

Dans la pratique, les effets de ce mouvement sur l’économie israélienne sont pour le moment nuls. Les exportations sont le principal moteur économique d’Israël et elles sont en hausse constante depuis plus de 10 ans, notamment vers les pays de l’OCDE. Quelques artistes plus ou moins connus ont annulé leur concert en Israel, souvent en raison du faible volume de vente de places plutôt qu’autre chose d’ailleurs. En dehors du harcèlement des étudiants juifs qui vivent de plus en plus dans la peur, les succès du BDS sont donc très limités.

Mais le BDS n’est que le symptôme d’un phénomène plus large qui vise à nier la légitimité d’Israël. On discute même dans les cercles intellectuels du droit à l’existence d’Israël (par exemple à l’université de Southampton en avril dernier).

On peut débattre très longtemps des causes de ce phénomène : l’antisémitisme, les intérêts économiques européens, l’argent du pétrole, l’islamisme, la haine de soi de certains juifs d’extrême gauche. Je pense que le facteur majeur qui a jeté de l’huile sur le feu fut la politique de concessions face aux Palestiniens et surtout le discours qui l’a accompagné.

En admettant que nous serions bien des occupants en Judée-Samarie dont la vocation ultime serait de partir, nous avons ouvert la voie à la négation de toute légitimité juive sur la terre d’Israël. Si les Juifs ne sont pas chez eux en Judée, s’ils sont prêts à partager Jérusalem, comment pourraient-ils justifier leur présence à Tel Aviv ou Haifa ? En fin de compte, le discours d’une partie de la gauche juive qui pensait ainsi amener la paix a en fait nourri la propagande antisioniste et l’a justifiée rétroactivement. Les Juifs admettaient qu’ils étaient des colonisateurs étrangers.

Cette erreur stratégique a mis Israël sur la défensive. Nous essayons de prouver que les horreurs qu’on raconte sur nous sont fausses, que nous ne massacrons pas les enfants palestiniens, qu’Israël est un pays ouvert, libre, démocratique. Mais cette défense ne fait que renforcer l’agressivité contre Israël. Des gens sûrs de leur droit n’essaient pas constamment de se justifier. Et cette ligne argumentaire ne fait que renforcer l’ardeur des militants du BDS et d’autres groupes. Ils ne haïssent pas Israël malgré son statut de démocratie libérale, mais parce que *c’est* une démocratie libérale, l’incarnation de toutes les valeurs qu’ils rejettent, un bastion occidental en terre « arabo-musulmane », un cancer qui menace d’infecter toute la région avec ses valeurs impérialistes, racistes et colonisatrices.

Alors que faire ? D’abord comprendre que nous sommes en guerre et se comporter comme tel. Il ne faut plus chercher à être gentil et à convaincre nos adversaires qu’ils ont tort mais les combattre par tous les moyens permis. Les anti-sionistes utilisent des méthodes d’intimidation ? Faisons pareil, dix fois plus fort. Ils ne doivent plus se sentir en sécurité, ils doivent craindre d’exprimer leurs idées. Il faut les combattre sur tous les fronts, sans arrêt, pour chaque mot et chaque dérapage, dans les tribunaux, dans les médias, et sur le terrain. La peur doit changer de camp.

Ensuite, il faut cesser de s’excuser d’exister. La terre d’Israel est à nous depuis 3500 ans. Jérusalem est à nous, entièrement, Hebron, Betlehem, Shekhem, la vallée du Jourdain, tout le pays. Nous sommes ici chez nous, sur la terre de nos ancêtres. L’Etat d’Israël est juif comme la France est française. Il faut trouver une solution au problème de la population arabe qui vit sur notre terre mais pas au prix de notre liberté ni de notre sécurité.

Nous devons tenir ce discours non seulement parce qu’il est vrai et juste, mais aussi parce qu’il est le plus efficace. La Mishna (le noyau central du Talmud) rapporte dans le traité Babba Metsiya le cas de deux personnes qui se battent pour un vêtement. Un dit « il est entièrement à moi », l’autre dit « la moitié est à moi ». Celui qui revendique la totalité reçoit 75% et l’autre 25%. De même, en abandonnant d’avance presque toute revendication sur la Judée-Samarie, Israël ouvre la porte à des concessions à l’intérieur même d’Israël – et c’est bien ce qui s’est passé avec l’idée d’échanger des territoires à l’intérieur de la ligne verte pour « compenser » les Palestiniens.

Face à nous, depuis plus de 20 ans, les Palestiniens n’ont jamais fait la moindre concession. Ils veulent tout, le disent ouvertement, et réclament l’acceptation de leurs demandes comme pré-condition à la discussion. Et loin de leur faire porter la responsabilité de l’absence de négociations, la communauté internationale accuse Israël qui ne pose pourtant aucune condition.

Je ne doute pas que les premières réactions internationales seront un mélange de consternation et de violente récrimination. Après plus de vingt ans de politique opposée, il faudra du temps pour réparer les dégâts. Et l’opposition internationale sera avant tout un test de notre détermination. Celui qui est prêt à se battre et à payer le prix obtient toujours plus que celui qui est prêt à tous les compromis.