« Combattants du désert » : des Français Libres et des Juifs forcent le destin

Prophètes de la victoire. Les Forces Françaises Libres et la Brigade juive : comment les « Combattants du désert » ont-ils forcé le destin en 1942 en Libye, à Bir-Hakeim et dans le Fezzan ? Cette approche existentielle, humaine et historique traverse le film « La Bataille de Gaulle » en deux parties : « L’ Age de fer » et « J’écris ton nom »».
Une onde de choc du patriotisme ressuscité, un décryptage sensationnel et spectaculaire, le quotidien au jour le jour de ceux qui écrivirent l’Histoire et changèrent le cours de la 2eme Guerre mondiale particulièrement en Libye. Un film de six heures réalisé par Antonin Baudry produit par Pathé Cinémas.
Parmi ces Combattants du désert sous commandement de la 8è Armée britanniques : les Forces Françaises Libres des généraux Koenig et Leclerc et La Brigade Juive du Major Liebmann.
À Jérusalem : il y a un boulevard « Général Koenig ». A Paris : une station de métro et un pont « Bir Hakeim ». Et il y a aussi « Tant que dure le jour » : récit de Susan Travers, héroïne de la Légion étrangère. Plus des milliers d’avenues, places et ronds-points Maréchal Leclerc. Plus une galaxie de collections d’archives, de témoignages, de reportages, de documentaires dont ceux du Ministère des Armées, plus l’association « Alliance France-Israël-Général Koenig » et le site de l’historien Olivier Ypsilantis « Zakhor on line.com ». Bir-Hakeim (27 mai-11 juin), colossal exploit de la Seconde Guerre mondiale. Les Forces Françaises Libres du Général Koenig dont les Légionnaires de la 13è Brigade Légion Étrangère ont résisté à 1 contre 10, aux 30 000 soldats allemands et italiens, aux bombardements et aux avions de l’Afrika Korps de Rommel.
Ont résisté aussi, les magnifiques volontaires sionistes de la Brigade Juive dirigée par le Major Liebmann stationnée à quelques kilomètres de Bir-Hakeim. Forcer le destin comment ça marche ? Soudain, dans « La Bataille de Gaulle » arrive une séquence furtive, qui surgit sans aucune explication : un officiant en talit conduit un kadiche de combattants juifs, le matin de la victoire. Une insertion insolite qui nous conduit tout droit aux 400 volontaires sionistes venus de la Palestine Mandataire, des ingénieurs démineurs intégrés à la 8e Armée britannique dans le prolongement de « Torch », le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Bir-Hakeim est tenu par les 3723 Légionnaires et Français Libres du Général Koenig.
Après avoir été bombardée pendant une semaine, la Brigade Juive est elle aussi évacuée comme les Français Libres, le 10 juin 1942, sur ordre de l’Etat major anglais, un convoi brinquebalent, une traversée mortelle ultra risquée des lignes allemandes. Soit une centaine de survivants avec leur drapeau le Magen David (Bouclier de David) brodé d’or, première ébauche du drapeau israélien.
Comme les Légionnaires de Koenig, les soldats de ce Jewish Brigade Group, sont d’abord censés tenir une position secondaire, mais ils deviendront, eux aussi, des acteurs majeurs de Bir HaKeim, première défaite allemande et épisode géostratégique miraculeux de la Seconde Guerre mondiale, que les médias de l’époque ont suivi heure par heure.
Dans « La Bataille de Gaulle », on rit, on pleure, on applaudit, on vit de l’intérieur, le suspense de la France Libre de Charles de Gaulle, en phase aussi avec les victoires du Général Leclerc, héros absolu d’abord en Libye, puis lors des libérations de Paris et de Strasbourg. Et dans la France de 2026 et son ciel de crise multifactorielle, ce film surgit comme une météore qui illumine des faits, certes connus des historiens, mais peu diffusés vers le grand public, un décision politique de Jérôme Seydoux de Pathés Cinémas. La seconde partie est quasiment un biopic d’un général Leclerc, visionnaire et prophétique, formant un parfait binôme avec de Gaulle. Leurs échanges ultra confidentiels, leurs lettres, leurs courriers urgents, leurs télégrammes en témoignent.
C’est tout l’honneur de cette réalisation produite par Pathé Cinémas, éblouissant décryptage historique de la doctrine politique de la France Libre. Elle émerge et se renforce au fil des jours, développant ses arguments à partir du réel tel qu’il est vécu en France comme en Afrique, depuis l’Appel du 18 Juin 1940 de de Gaulle, et depuis le serment solennel de Leclerc à l’oasis de Koufra prise aux Italiens (Tchad). Une mise en perspective disruptive pour un blockooster qui totalise des millions d’entrées, et qui est aussi une aventure cinématographique aussi extraordinaire que la vie-même du Général de Gaulle, futur chef d’Etat qui fait voter la nouvelle Constitution de la 5 ème République en 1958 . Tout est en germination, en genèse dans l’épopée de la Résistance et de la France Libre.
Comment vivent, survivent, réfléchissent, travaillent et prophétisent celles et ceux qui forcent le destin ? A Koufra en 1941 : le serment du Colonel Leclerc : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos belles couleurs flotteront à nouveau sur la Cathédrale de Strasbourg ! ». Outre Jean Moulin, dirigeant clandestin, contesté, trahi, traqué et assassiné par la Gestapo mais structurant in fine le Conseil National de la Résistance: le scénario insiste sur ces événements prodigieux, qui ont bloqué, tant Hitler que Roosevelt, dans leurs projets respectifs d’anéantir définitivement la France, ses frontières, ses valeurs et ses institutions républicaines.
Dont le projet américain ridicule et sournois AMGOT et sa carte d’une France annexée réduite de moitié et ses billets de banque d’opérette que de Gaulle jette directement à la poubelle. Quels objectifs communs à Bir Hakeim et dans le désert du Fezzan ? Pour les volontaires de la Brigade Juive ? Il s’agit d’exister et de poser des jalons du futur Etat d’Israël. Pour la France Libre? Sauver in extremis une nation hors jeu, dépossédée de sa souveraineté, un territoire martyrisé par le nazisme et survivant sous le Régime de Vichy défaitiste, antisémite et dictatorial. Pour les Alliés ? Contrôler le Canal de Suez, détruire l’Afrika Korps.
Sur la route vers le Canal de Suez, sommeille un petit fortin en ruine un puit à sec c’est Bir Hakeim. Avec des véhicules, des matériels, des armements hétéroclites, il est est tenu depuis 3 mois, par exactement 3723 des Forces Françaises Libres dont les Légionnaires de la 13è DBLE, augmentées de 400 volontaires Juifs . Soldats de carrière ou colons venus à l’Appel de de Gaulle, ils sont Tahitiens, Bretons, Marocains, Africains, Républicains Espagnols, L’évacuation spectaculaire, a démarré à 23 heures pile le 10 juin…quelques heures avant l’offensive finale décidée par Rommel « Le Renard du désert » ! Bilan coté Français : 763 disparus, 140 tués, 130 blessés et 2 400 soldats sauvés.
D’une valeur militaire remarquable, Susan Travers (12 médailles et décorations), compagne et chauffeur de Koenig, intégrée à la Légion étrangère. Dans ses mémoires « Tant que dure le jour » (Ed.Plon 2001): « On demeura trois mois sur cette terre morte de Bir Hakeim sans connaître le moindre incident. C’était l’endroit le plus ennuyeux de la terre. Mais dans le Desert Occidental les évènements prirent rapidement une tournure dramatique ». Bir Hakeim devint « Le Chaudron de l’Enfer » Susan Travers : « Notre calvaire commença par une nuit de pleine lune quand retentirent d’intenses tirs d’armes lourdes juste avant l’aube. Au Nord le ciel flamba brusquement, les premiers chars ennemis, apparaissaient à l’horizon. Au nombre de quatre-vingt, ils avançaient d’un seul mouvement tirant aveuglement, le grincement de leurs chenilles ajoutant à la cacophonie ambiante. Ils étaient suivis par un nombre impressionnant de camions qui transportaient l’infanterie et l’artillerie. » L’armée de Rommel attaque le 27 mai. Une formalité ? Pas du tout, le destin va s’en mêler. Ces Français et ces Juifs apatrides sont dotés de convictions irréductibles plus une condition physique hors norme.
Environnées de champs de mines, ils survivent enterrés dans des tranchées où la température frôle les 51 degrés. Comment une telle résistance a-t-elle été possible? A Bir Hakeim, depuis des mois domine le système D comme débrouille et une architecture militaire improvisée ultra efficace. Les Légionnaires, les Juifs protègent Bir Hakeim avec de mines disposées en étoile permettant de bloquer et cibler chars et blindés. Bilan du premier jour ? Les Italiens perdent 35 chars, des morts et une centaine de prisonniers. On compte deux blessés coté français. Le QG britannique salue, pour la première fois « La France combattante ». La suite ? Huit jours atroces dans la pénombre des tempêtes de sable avec la soif, les bombardements, les obus qui explosent dans le sable et les interventions des Légionnaires déchainés qui escaladent et attaquent les blindés stoppés devant Bir Hakeim. Le mythique «Renard du désert » ulcéré par la résistance héroïque de ce minuscule échantillon de la France Libre a tenté trois offres de redditions…refusées par Koenig ! Comme par le Major Liebmann ! Susan Travers : « Les Britanniques très contents du général Koenig et de ses hommes : « Excellent travail Cramponnez-vous. Nos voeux vous accompagnent. Tout ira bien ». Dans la presse du monde des titres comme « Défense héroïque des Français » barraient les premières pages des journaux de Londres Washington, Le Caire et Sydney ». Le général de Gaulle : « Général Koenig sachez que et dites à vos troupes que la France toute entière vous regarde. Vous êtes son orgueil. »
Les Juifs rejettent aux-aussi les offres de reddition d’un Rommel pressé d’en finir. L’historien Olivier Ypsilantis dans Zakhor on line : « Postés à Bir-el Harmat à quelques kilomètres de Bir Hakeim, les volontaires juifs ont soutenus courageusement au prix de pertes considérables, un siège pour barrer la route à une offensive de contournement de Rommel. Cette position, reçut le 2 juin la visite d’une colonne blindée allemande, un officier venu en parlementaire, invita l’unité juive à se rendre. Liebmann rejeta l’ultimatum. Quelques heures plus tard, un raid de Stukas bombarde sa compagnie, de nombreuses pertes, sans autre réplique que les armes légères. Ensuite la position est attaquée par les chars de la division italienne Ariete, la même qui s’en était prise sans succès à la défense de Bir Hakeim. Des blindés italiens sont mis hors d’état de nuire par les barrages de mines. Au centre du dispositif, ils subirent les attaques des volontaires juifs armés, faute de mieux, de cocktails Molotov ».
Privés d’eau, immergés dans la poussière, les défenseurs juifs forcent le destin, et ne cèdent pas jusqu’à l’ordre de repli. « La compagnie juive avait perdu les trois quarts de ses effectifs, elle avait contribué, aux côtés des Français libres, à retarder l’offensive de Rommel en direction de Suez. Le major Liebmann et sa centaine de survivants réussirent à rejoindre, pendant la nuit les points de rassemblement… Au matin du 11 juin, Kœnig eut la surprise de rencontrer, dans un état identique à celui de ses hommes, ces frères d’armes dont il ignorait la présence. Interrogé en anglais par Kœnig, le major Liebmann répondit dans un français impeccable que ses hommes et lui-même étaient des combattants du Foyer national juif, bien que ne se battant pas sous leur propre drapeau, interdit par le règlement anglais. Kœnig ordonna alors à ces frères d’armes de déployer leur fanion à l’étoile de David, et le fit saluer par tous les officiers français. Un récit non corroboré par le livre de Kœnig sur Bir-Hakeim mais Thierry Nolin dans son livre « La Haganah », rapporte un épisode similaire à Méchili où les troupes de Liebman résistèrent en juin aux troupes allemandes et italienne. Les Forces Françaises Libres vinrent à leur secours le 2 juillet. Le général Koenig, fit flotter la bannière étoilée sur sa jeep à côté du drapeau tricolore et demanda à ses troupes de le saluer pour rendre hommage à la résistance et au courage de la brigade du Commandant Liebmann. Pierre Kœnig restera un ami et un admirateur du peuple juif et de l’État d’Israël. En 1954-1955, ministre de la Défense, il établit de solides relations avec Shimon Peres. Cette amitié permet le transfert vers Israël d’une panoplie d’armes, le char léger AMX-13 et le Dassault Mirage III. »
L’histoire de la Brigade juive ? Tsahal précise : « Yom Hashoah commémore le massacre de six millions de Juifs mais également le courage et l’héroïsme de ceux qui se sont dressés contre les nazis. Dont les volontaires juifs enrôlés dans l’armée britannique. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, la lutte contre les nazis prendra le pas sur la lutte contre les Britanniques, qui occupent la Palestine où la population juive atteint les 400 000 âmes. Chaïm Weizmann, président de l’Organisation Sioniste Mondiale, propose une coopération de la population juive de Palestine pour combattre l’ennemi nazi. Et ce, malgré la politique de Londres qui visait à limiter les droits des Juifs en Eretz Israël. Son idée est rejetée. Mais de nombreux Juifs du Yishouv s’engagent dans l’armée britannique et en septembre 1940, quinze bataillons juifs sont formés pour combattre en Grèce. En Palestine, le Livre Blanc régulait le nombre de Juifs, limitait leur immigration les empêchait d’acheter des terres. En août 1944, Churchill créé la Brigade juive, envoie un télégramme personnel au Président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt. « Les Juifs eux plus que tout autre race ont le droit de frapper les Allemands avec un corps militaire indépendant et reconnu comme juif.» Le 20 septembre 1944, le Ministère britannique de la Guerre annonce la formation de la Brigade Juive (Jewish Brigade Group). Elle établit ses quartiers en Égypte. Le drapeau sioniste devient l’emblème de la brigade de 5000 volontaires juifs de Palestine organisés en trois bataillons d’infanterie. En octobre 1944, la brigade rejoint l’Italie et les Britanniques. Elle prend part à l’offensive finale, combat les parachutistes allemands. A la fin du conflit, les soldats juifs organisent l’élimination de plusieurs responsables et collaborateurs nazis. Après la guerre, la brigade aide les survivants de la Shoah, en les assistant notamment dans leur immigration vers Eretz Israël et soutient activement la Haganah, qui participera plus tard à la création de Tsahal. Parmi les membres les plus connus de la Brigade juive les futurs dirigeants de Tsahal : Mordechaï Maklef, Haïm Laskov, Shlomo Shamir, Moshe Tavor. »
