Les effusions publiques avec accolades démonstratives ont pour but de cacher les divergences entre Macron et Netanyahou. C’était une véritable réunion diplomatique dans tous les sens du terme avec des mots creux pour masquer les différences notables : «la discussion a été franche et directe» expression banale pour dire en fait que les protagonistes ne sont d’accord sur rien.

On ne voit pas l’intérêt de telles réunions sauf si c’est pour prouver que la rupture n’est pas totale. On se demande ce qu’est venu chercher en France Netanyahou qui n’a rien de nouveau à proposer pour la résolution du conflit palestinien. Les positions sont tellement éloignées que l’on imagine les deux dirigeants vivre dans deux planètes différentes.

La rencontre entre Benjamin Netanyahou et Emmanuel Macron avait été prévue avant la déclaration de Donald Trump. Elle pouvait difficilement être décalée malgré la tension qui était à son paroxysme après la déclaration du président américain.

Emmanuel Macron a été clair et n’a pas utilisé de langage alambiqué. Il a manifesté sa «désapprobation des déclarations récentes du président des Etats-Unis, que la France juge contraires au droit international et dangereuses pour la paix».

Répéter à l’envie qu’Israël est «un pays ami» et condamner «avec la plus grande clarté toutes les formes d’attaques des dernières heures et des derniers jours contre Israël» ne compensent pas les actes même si Macron a insisté : «Tout ce qui menace la sécurité d’Israël et des Israéliens est condamné par la France avec beaucoup de fermeté».

Derrière ces caresses dans le sens du poil de l’opinion publique israélienne, le président français a assené ses vérités qui n’ont pas dû plaire à Netanyahou : «conformément aux positions françaises depuis plusieurs décennies, la France tient à ce que deux États en paix avec des frontières internationalement reconnues puissent voir le jour dans la région entre Israël et la Palestine». Le gouvernement israélien, malgré sa déclaration de 2009 à l’université Bar Ilan, a depuis longtemps abandonné ce dogme.

Pour favoriser une véritable négociation, Macron s’est engagé à «soutenir toute initiative qui serait prise en ce sens et invite Netanyahou à mener des gestes courageux en direction des Palestiniens pour sortir de l’impasse actuelle avec pour exemple le gel de la colonisation israélienne».

Il a réitéré sa désapprobation contre les déclarations du président des Etats-Unis qu’il juge «dangereuses pour la paix», une décision qui ne semble «pas servir à court terme la cause de la sécurité y compris d’Israël et des Israéliens eux-mêmes». Pour montrer qu’il n’était pas impressionné par ces mises en garde, Benjamin Netanyahou a utilisé une image : «Paris est la capitale de la France, Jérusalem est la capitale d’Israël».

Nous avons assisté à un dialogue de sourds. On ignore ce qu’attendait Netanyahou en faisant le voyage à Paris sachant que sa stratégie politique diverge totalement de celle des Français. Il n’espérait quand même pas persuader Macron de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État juif !

En fait, cette visite, stérile du point de vue israélien, sert beaucoup plus les intérêts du président français qui veut se donner une stature internationale. En recevant Netanyahou, l’Élysée affiche sa volonté de jouer un rôle dans la région au moment où les Américains se désengagent.

Publié sur :  https://benillouche.blogspot.co.il/2017/12/chronique-dhumeur-macron-netanyahou-ou_11.html