Je n’aurais pas l’outrecuidance de demander à la vice-ministre israélienne des affaires étrangères si elle-même avait fait son service militaire. En tant que religieuse, elle s’était trouvée, loin des bases militaires israéliennes et des «attaques de roquettes», une sinécure comme émissaire de l’Agence juive à Atlanta, en Géorgie aux Etats-Unis. L’uniforme militaire, elle ne connaît pas !

Sa remarque déplacée à destination des Juifs américains qui «ne comprennent pas la complexité de la région parce qu’ils ne combattent dans aucune armée et ne subissent pas d’attaques à la roquette», est inadmissible pour une responsable politique membre de surcroît du gouvernement.

Elle est brutale et peu diplomate malgré sa fonction. Les Juifs libéraux ne sont pas épargnés puisqu’elle affirme que «les Juifs libéraux ne sont même pas intéressés à aller au Kotel, mais cherchent simplement à être reconnus».

Benjamin Netanyahou a d’abord enfoncé le clou en attaquant lui aussi les Juifs américains qui «ont une vie confortable». Mais ayant compris qu’il marchait sur un terrain glissant, il a voulu atténuer la déclaration de sa ministre : «Les Juifs de la Diaspora sont précieux pour nous et ils sont une partie inséparable de notre nation».

Tsipi feint d’ignorer que 80% des Juifs américains sont libéraux ou conservateurs et qu’ils ne sont pas reconnus comme Juifs par ses amis orthodoxes. Ils sont à peine tolérés sur le territoire israélien et le mariage par leur rabbin n’a aucune valeur en Israël.

On les veut bien comme chair à canon et le cas échéant, une fois morts pour la patrie, enterrés en dehors du carré militaire où seuls les «purs» sont admis.

Il est vrai que Tsipi Hotovely avait peu apprécié que son discours au Centre pour la vie juive de l’Université de Princeton soit annulé par le groupe «Alliance des Juifs progressistes» qui l’accusait «d’être opposée à un État palestinien».

C’est un risque qu’elle prenait avec la démocratie américaine. Elle aurait pu être fair play en les fustigeant avec finesse mais non pas en s’en prenant à l’ensemble des Juifs américains.

Mais Tsipi a la mémoire courte puisqu’elle a oublié que les Américains non orthodoxes, les femmes en particulier, ont été interdits de Kotel car, selon son affirmation choquante «les Juifs américains n’avaient aucun intérêt à visiter le site sacré».

J’ignore pourquoi le gouvernement a mandaté sa ministre, qui au lieu de faire de la propagande pour Israël, s’est mise à dos tous les Juifs américains sous prétexte qu’ils sont à présent nombreux à ne pas soutenir, avec ferveur, la politique de Netanyahou.

Ces déclarations sectaires et clivantes ne favorisent pas l’alyah qui cette année est au plus bas niveau. Au moment où Israël a besoin du soutien de toutes les communautés juives contre les dangers extérieurs, Tsipi Hotovely a raté sa mission aux Etats-Unis et a prouvé qu’elle n’était pas à un poste conforme à ses convictions religieuses orthodoxes.

Pour une ministre, elle est mal informée. Yigal Palmor directeur de la communication de l’Agence juive devrait lui faire un rapport. Il pourrait lui faire visiter, comme je l’ai encore fait la semaine dernière, les différentes «maisons du soldat» du pays qui hébergent des dizaines de jeunes soldats américains engagés sans leurs parents, Hayalim Bodedim, qui ont abandonné le cours de leurs études pour entrer à  Tsahal.

Notons cependant la mauvaise humeur de l’ancien ambassadeur Arie Avidor qui a conclu :  » Le Likoud déclare la guerre au judaïsme américain ! J’ai honte, oui j’ai honte que cette femme dirige aujourd’hui de facto le ministère où j’ai servi toute ma carrière ».

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