Interview de Hervé Liebermann, fondateur de cette généreuse institution, peu avant Pessah – un exemple de solidarité communautaire.

Bernard Musicant : De quand date CHOULKHAN Lev ? Son histoire ?

Hervé Liebermann : L’hiver 1996-97 fut l’un des plus virulents, recensant, notamment, quelques SDF juifs. Nous ne pouvions supporter cette précarité amplifiée par les caprices de la nature.

De plus les tous nouveaux RESTOS du CŒUR de Coluche apportaient une réponse alimentaire à cette précarité, réponse non adaptée à nos frères juifs respectant la casherout.

Le 3 février 1997 nous créons Choulkhan Lev et servons nos tous premiers repas dans le respect de la halakha.

Qui l’a créé ? Qui la dirige ?

Mon frère Didier Liebermann préside l’association avec, bien entendu, mon implication la plus totale.

Au quotidien, et nous l’en remercions, notre mère Hannah, accueille les bénéficiaires, gère le bon fonctionnement des repas, saupoudre sa bonne humeur et sa chaleur humaine.

Bien entendu, elle est aidée de quelques bénévoles qui ne comptent ni leur temps ni leurs efforts pour rendre ce lieu, l’espace d’un instant, un havre de convivialité.

Existe-t-il d’autres associations juives sur le même créneau de l’aide alimentaire ?

Nous sommes les pionniers dans ce domaine, il existe, bien entendu, sur l’aide alimentaire des associations telles que Ohr Shimshon Raphael et MAZONE qui font un travail remarquable.

Mais je tiens à souligner que la spécificité de Choulkhan Lev n’est pas seulement de distribuer des colis alimentaires mais de partager un repas dans un restaurant avec d’autres convives ; somme toute un lieu de socialisation qui permet aux nécessiteux, bien souvent isolés et exclus de notre système, de remettre le pied à l’étrier de la socialisation ne serait-ce que le temps d’un déjeuner.

Nous les aidons également à rédiger des CV, dans leur « relooking », mettons à disposition une aide juridique d’urgence, distribuons des colis de shabbat, organisons, pour chacune des fêtes juives, un repas festif.

Nous avons accueilli plus de 350 personnes dans les salons de Haya Mouchka à Pourim dernier, nous prenons l’hébergement et les repas en charge pour Rosh Hachana, distribuons, avec l’aide de nos partenaires, des jouets à Hanoukka.

Si j’osais je vous dirais : « au-delà de l’aide alimentaire, nous essayons de créer une famille pour tous »

Etes-vous financé ou aidé par les institutions juives françaises ou autres?

Les institutions juives, notamment le FSJU et le CASIP financent à hauteur de 20 % le budget de fonctionnement de l’association.

Mais je tiens à souligner que depuis les débuts de cette aventure, à la base familiale, nos amis de toujours nous ont rejoint, les communautés du 19ème notamment Michkenot Israel motivée par Mr Jacques Berkovitz et les autres, du 17ème ou Mr Alain Smadja inlassablement organise la collecte de fonds.

Je n’oublie pas, évidemment, les partenaires industriels de casherout tels que Schneiders et d’autres dont le soutien est indéfectible.

En résumé 80 % de notre budget est financé par des fonds privés. Choulkhan Lev est «une histoire parisienne ».

de gauche à droite, Didier, Hannah et Hervé Liebermann (Crédit : Bernard Musicant)

De gauche à droite, Didier, Hannah et Hervé Liebermann (Crédit : Bernard Musicant)

Qui vient à Choulkhan Lev ?

En cette veille de Pessah, je serais tenté de dire « HALACHMA ANIYA » tout celui qui a faim ; faim non seulement au niveau alimentaire mais également tout celui qui a soif d’une vie juive, faim et soif de retrouver une ambiance chaleureuse.

De manière générale notre public compte des jeunes de 7 à 77 ans
(voire même 90 ans) issus de tous les milieux sociaux, bien souvent accidentés de la vie et de notre système.

Acceptez-vous tous les juifs, religieux ou non ? Des non-juifs ?

Nous acceptons tous ceux qui ont faim.
Bien souvent des non religieux fréquentent Choulkhan lev et font un pas de plus vers la Techouva .
Il nous arrive parfois d’accueillir des non juifs.

En dehors des repas, quelles sont vos activités ?

Comme je vous le disais :
– Chaque Shabbat nous distribuons des centaines de colis comprenant un plat, deux halots, du jus de raisin et de la lecture.
– A Rosh Hachana, en collaboration avec la communauté de Vincennes nous organisons une prise en charge totale : hébergement, repas, cours et offices.
– A Hanoukka nous distribuons des jouets aux enfants de nécessiteux.
– A Pourim nous organisons une seoudat mitzva de 350 personnes avec repas traiteur et distribuons à chacun des invités une enveloppe de Matana la Evionims.
– A Pessah nous distribuons des colis ou des bons d’achats à plus de 1000 familles
– A la rentrée des classes nous distribuons depuis 5 ans aux directeurs d’écoles, qui les redistribuent, des cartables neufs avec l’ensemble des fournitures neuves car nous estimons qu’il est indispensable qu’un enfant puisse venir le premier jour d’Ecole comme tous les autres enfants de la communauté avec un matériel neuf de qualité et adéquate.
– De plus, nous disposons d’un service juridique d’urgence, d’un service de coaching pour les premiers pas d’un retour à l’emploi.

Pour Pessah cette année, nous avons distribué pour 120 000 euros de bons d’achats alimentaires, 1000 familles en ont été bénéficiaires

Combien de repas distribuez-vous par jour ? an ?

Selon les années entre 40 000 et 60 000 repas et quelques 10 000 colis de Shabbat

Pour Pessah, avez-vous distribué plus de repas que l’année précédente?

Pour Pessah cette année, nous avons distribué pour 120 000 euros de bons d’achats alimentaires, 1000 familles en ont été bénéficiaires.

Le montant attribué, étant défini selon des critères de composition, revenus et âge des membres de la famille.

Les années précédentes nous distribuions des colis, mais les besoins ayant pris une telle ampleur la logistique devenait un véritable problème. Pour cela nous avons opté cette année pour la distribution de bons d’achats alimentaires cacher.

Vos souhaits ?

Eradiquer la pauvreté, l’exclusion sociale, la solitude ; en d’autres termes que Choulkhan Lev n’ait plus de défis à relever ; un vœu pieux qui, avec réalisme n’est pas près de se réaliser de sitôt.

Vos vœux pour les fêtes ?

Que cette sortie d’Egypte soit pour le klal Israel le « HAG HAHEROUT » la liberté spirituelle, la liberté matérielle, la liberté d’être et d’exister pour les nécessiteux.

J’associe également mes vœux de Paix et de sécurité en Israël dans un Moyen Orient en pleine dérive,

Qu’Hachem nous protège tous !