Le gouvernement israélien est face à une situation délicate qui nécessite des prises de décision difficiles. Les heures ou les jours qui viennent vont être décisifs pour la suite de l’opération “Bordure Protectrice”.

A vrai dire, je n’aimerai pas être dans les chaussures du Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahou, en ce moment. Il doit prendre des décisions pour ramener le calme dans le pays et assurer la sécurité de ses citoyens.

Un véritable défi compte tenu des différents paramètres qui interviennent dans ses décisions. Car si l’opération militaire est en cours, elle ne peut à elle seule résoudre le problème. Israël doit aussi agir au plan diplomatique tant pour obtenir le soutien de la communauté internationale à l’action d’auto-défense mais aussi pour faire plier le Hamas.

Parlons tout d’abord des attaques de Tsahal sur la Bande de Gaza. Depuis 9 jours, l’aviation pilonne les infrastructures terroristes, les entrepôts d’armes et de roquettes, les bâtiments officiels du Hamas, etc… La marine assure aussi une partie de ce travail ô combien nécessaire. Je n’entrerai pas ici dans la polémique sur les dommages collatéraux qui ont coûté la vie à de nombreux civils inclus des enfants. Il me semble que (enfin) la presse internationale a démontré que le Hamas se servait de la population comme bouclier humain  et qu’Israël avertissait les civils avant toute frappe. Malheureusement, et ce n’est plus un secret, les djihadistes empêchent la population de quitter les lieux, ce qui les expose aux bombardements israéliens. Dans un tel cas de figure, il paraît insensé d’accuser Israël de tuer délibérément la population civile.

Mais revenons aux objectifs de l’opération : il s’agit pour Tsahal d’éliminer totalement – ou autant que faire ce peux – les stocks de missiles court, moyenne et longue portée. A ce jour, le Hamas dispose encore de près de 6000 roquettes de type Grad et Fadjr (Iran) qui menacent la vie de près d’un million deux cent mille personnes.

Deuxième objectif : les tunnels qui permettent aux terroristes de s’infiltrer en Israël et de tenter d’enlever des soldats ou des civils pour les échanger contre des prisonniers. Ces tunnels doivent être détruits car ils représentent un danger permanent pour Israël et les habitants des villes frontalières. Il faut aussi savoir qu’il existe à présent un ‘Gaza souterrain’, véritable ville sous la ville. Cet enchevêtrement de tunnels permet aux factions terroristes de se déplacer sans risquer une élimination ciblée d’Israël. C’est dans cette ville souterraine que sont terrés les dirigeants du Hamas depuis le début de l’opération. Pour être plus précis, ils sont dans un énorme bunker situé sous l’hôpital Shifa de Gaza. De là, bien à l’abri, et sans miséricorde pour ceux qui vivent à la surface, ils dirigent les opérations militaires du Hamas et coordonne celles du Djihad Islamique. Détruire ce QG et le réseau de tunnels est aussi un des objectifs de Tsahal.

Une chose est claire, l’aviation israélienne ne peut pas remplir complètement ces deux missions. Pas plus que ne le peut la marine. Deux options se présentent donc au Premier ministre : l’opération terrestre ou la négociation d’un cessez-le feu. Ces deux possibilités ont leurs avantages mais surtout leurs inconvénients… essayons de faire le point de ce dilemme pour Netanyahou.

Mardi 15 juillet, sur proposition égyptienne, Netanyahou a accepté un cessez-le feu, rejeté par les différentes factions palestiniennes opérant dans la Bande de Gaza et en premier lieu le Hamas. Selon le Hamas, l’Egypte ne l’a pas consulté et a fait une sorte de déclaration unilatérale. Quoi qu’il en soit, les tirs sur Israël ont continué et redoublé d’intensité. En interne, Netanyahou a subit des attaques des membres de son gouvernement qui ont amené au limogeage du vice-ministre de la Défense Dany Danon. Le ministre des Affaires étrangères y a été lui aussi de sa critique au cours d’une conférence de presse pour le moment sans conséquence pour lui. Je pense que Netanyahou se réserve le soin de régler ce problème une fois la guerre terminée…

Un cessez-le-feu qui a donc mis Netanyahou en difficulté en interne mais qui lui a donné un soutien important au plan international. Car enfin, à présent, personne ne peux dire qu’Israël n’a pas tenté de ramener le calme. Tout le monde s’accorde à dire que celui qui a refusé la main tendue, c’est le Hamas. Reste que si cela avait fonctionné, les Israéliens seraient resté avec un goût amer dans la bouche et encore une fois avec un sentiment “d’inachevé”. Tout les commentateurs s’accordent à dire que même si le Hamas a pris un coup sévère, un cessez-le-feu aujourd’hui entraînera la reprise d’une situation identique dans les deux ans à venir avec certainement un risque plus fort, le Hamas évoluant en permanence dans son degré de préparation et de capacité meurtrière.

Quant à une incursion terrestre, elle ne peut être que dangereuse, difficile et longue. Il est toujours difficile de prendre la décision de mettre la vie des soldats en jeux. Pourtant, tout le monde sait que pour remplir les deux objectifs d’Israël, c’est la dernière et presque unique option. Il est évident qu’Israël n’a aucune envie d’occuper à nouveau la Bande de Gaza mais toute opération terrestre doit être envisagée pour une longue période. Outre le danger permanent pour les forces terrestres, cela veut aussi dire qu’Israël devra gérer la situation des civils sur place. Et en admettant qu’Israël n’ait plus aucune autre alternative et lance l’offensive terrestre, cela quelque part implique aussi le démantèlement du “gouvernement Hamas”. Et là intervient le dernier casse-tête chinois pour Netanyahou : à qui remettre les clés de la Bande de Gaza ?

Nous en arrivons donc au troisième objectif potentiel ou ‘option géopolitique’ : éradiquer le Hamas et redonner la suprématie à Mahmoud Abbas sur le territoire. Cette possibilité est tout à fait dans la ligne de pensée des Egyptiens pour qui le Hamas représente une menace constante compte tenu de ses rapports avec les Frères Musulmans. Pour Abou Mazen, c’est enfin la possibilité de ‘régner’ sur l’ensemble de la population palestinienne et peut être arriver à un accord de paix avec Israël pour avoir un Etat officiellement reconnu. Il sait qu’à tout prendre Israël le préfère lui que quiconque et est donc prêt à faire le “sale travail” pour lui.

Mais pour ce faire, Israël a aussi besoin de l’engagement de l’Egypte à ses côtés, ne serait-ce que pour faire passer le projet auprès de la Ligue Arabe. Le général A-Sissi est disposé à soutenir l’élimination du Hamas de Gaza mais veut aussi des engagements d’Abou Mazen sur le futur. Car il n’est pas question que les Palestiniens affluent en masse en Egypte. Abbas devra gérer la population, reconstruire le pays et travailler la main dans la main avec Israël pour éliminer dans l’oeuf toute velléité de reconstruction terroriste au sein de l’AP. Tâche ardue si l’on sen tient aux déclarations du Hamas et du Djihad Islamique, pour ne parler que de ces deux mouvement.

Pour Netanyahou, quelle que soit l’option elle est forcément mauvaise car elle impose de plonger ses deux mains dans un panier de serpents venimeux en espérant ne subir aucune morsure. Mais, si le peuple israélien reste uni et soudé derrière les décisions du gouvernement et de son Premier ministre, alors nous avons peut être une légère éclaircie à l’horizon. Netanyahou sait ce qu’il fait, il a une vision globale de la situation et il avance à pas mesurés pour ne pas mettre en danger l’existence même de notre état.

Et si parfois, comme tout le monde, je peste et me demande pourquoi nos soldats n’ont pas encore planté le drapeau israélien sur le plus haut bâtiment de Gaza, je m’impose aussi le calme et j’essaye de lever la tête du guidon pour regarder la situation dans son ensemble et les diverses options qui s’offrent à nous. Et pour le moment, force m’est de constater que Bibi a raison et utilise la bonne stratégie.