Cherche parti désespérément

Yuli Edelstein à une réunion au Parlement israélien le 4 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90
Yuli Edelstein à une réunion au Parlement israélien le 4 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90

Il l’a fait. Youli Edelstein a quitté le Likoud. Il ne devrait pas être le seul. D’éminents membres ou anciens membres du parti au pouvoir entendent bénéficier de la notoriété d’une droite largement majoritaire dans l’opinion publique sans être lesté par un Binyamin Netanyahou en perte de vitesse.

Gilad Erdan, ancien ambassadeur à l’ONU, Yoaz Hendel, tête de liste du parti des Réservistes (miliounikim), et les autres députés Likoud refusant de voter les lois exemptant les ultraorthodoxes du service militaire, Dan Ilouz et Sharen Haskel, pourraient former un nouveau parti : un Likoud bis. Des membres de la coalition, voire de l’opposition seraient aussi tentés par l’aventure.

Le problème est que ce parti qui n’est pas encore né, se trouve déjà confronté à une difficulté majeure : le choix de la tête de liste. Gilad Erdan a des atouts. Formé au sein du sionisme religieux, ancien collaborateur du Premier ministre, il a été plusieurs fois ministre. Ayant eu la lourde tâche de représenter Israël à l’ONU après le 7-Octobre, il est devenu une vedette du petit écran.

Yoaz Hendel, pur produit du sionisme religieux lui aussi, est moins connu, mais dispose déjà d’un parti voulant défendre les intérêts des réservistes et de leurs familles, en pointe dans le combat contre l’exemption des ultra-orthodoxes du service militaire. Un proverbe africain le dit : « Il ne faut jamais mettre deux caïmans dans le même marigot ». D’autant qu’il s’agit de querelles d’ambitions. Les deux concurrents sont proches idéologiquement, exprimant les inclinations d’un électorat bourgeois, de droite, décomplexé, et partisan du Grand Israël.

Alors que l’électorat populaire de droite devrait rester fidèle au Likoud canal historique, surtout si Binyamin Netanyahou en conduit la liste. Les sondages créditent le Likoud bis virtuel de six à sept sièges. Un score permettant de se vendre au plus offrant, sans exclure Binyamin Netanyahou qui n’a jamais été pingre pour acheter des alliés. Ce qui valide une autre hypothèse, celle de la formation Youli Edelstein et Ayelet Shaked d’un Likoud ter. 

L’ancien refuznik a passé trois ans dans une prison soviétique pour avoir enseigné l’hébreu dans le mouvement sioniste clandestin, avant d’arriver en Israël en 1987. Kippa sur la tête, il s’installera dans le Goush Etsion, ce territoire disputé au sud de Jérusalem, devenu un bastion du sionisme religieux. Il sera un des leaders de la communauté russophone, et occupera un poste de ministre dès 1996 dans le premier gouvernement Netanyahou. Ayelet Shaked apporterait au tandem sa popularité et sa conception d’une droite laïque non sectaire vis-à-vis de la religion. On l’aura compris. Si les sondages d’aujourd’hui disent vrai sur l’éclatement du paysage politique, il s’agira à l’issue du scrutin de chercher non pas un parti, mais un Premier ministre. Désespérément.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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