La section que nous allons lire cette semaine est à mon sens l’une des plus importantes de la Torah.

En effet, nous pouvons y trouver les Dix commandements énoncés légèrement différemment que dans la section Ytro et le premier paragraphe de la prière la plus connue du judaïsme : le chéma Israël.

Nous allons essayer de commenter les quatre premiers versets de cette prière si importante pour le peuple juif :

Chap. 6 : V. 4 à 9 : « Ecoute Israël, Hachem est notre Dieu, Hachem est Un. Tu aimeras Hachem ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes ressources. Et ces sujets que je t’ordonne aujourd’hui seront sur ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils et tu t’en entretiendras quand tu seras assis dans ta maison, quand tu iras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les attacheras comme signe sur ton bras et ils seront comme ornement entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur les portes. »

Le chéma comporte trois passages de la Torah.

Dans le premier passage (Deutéronome, chap.6, V.4 à 9) le texte déclare l’unicité de Dieu et l’amour est célébré comme acteur du souvenir, de l’enseignement et de l’action.

Le deuxième passage (Deutéronome, chap. 11, V. 11 à 32, parle aussi de l’amour de Dieu, de la récompense et du châtiment et de l’importance des actions des humains dans le monde.

Le troisième passage (Nombres, chap.15, V.37 à 41) comporte la prescription des franges (tzitzits) à porter aux coins du vêtement pour penser aux commandements de Dieu.

Avant d’étudier le contenu, comprenons pourquoi après le premier verset se dit une phrase à voix basse.

Dans son code de lois, Maïmonide s’étend très rarement sur les raisons qui motivent les pratiques juives, se limitant à une présentation descriptive.

Dans le cas du chéma Israël, il expose la genèse d’une coutume en remontant à un dialogue entre Jacob et ses douze fils. Maimonide
(Michné Thora, lois sur la récitation du chéma Israël) : « Quand on récite le chéma après avoir terminé le premier verset, on dira à voix basse « Béni soit le nom de la gloire de sa royauté à jamais » puis on reprend normalement, à voix haute et récite « et tu aimeras l’éternel ton Dieu… »

Et pourquoi procède-t-on ainsi (à savoir lire la deuxième à voix basse) ?

C’est en raison d’une tradition dont nous disposons selon laquelle quand Jacob réunit ses enfants en Égypte avant de mourir, il leur enjoint et les alerta à propos de l’unicité de Dieu et de la voix divine empruntée par Abraham et Isaac ses pères.

Il leur demanda : « Mes fils, peut-être y aurait-il quelqu’un inconvenant parmi vous, qui n’adhérerait pas à l’unicité du maître du monde ? Ils lui répondirent tous en disant : « Ecoute Israël, l’Eternel notre Dieu, l’Eternel est un. » C’est-à-dire, Israël notre père (Israël est le deuxième de Jacob). Et le doyen (Jacob) répondit en disant : « Béni soit le nom de la gloire de sa royauté à jamais. » Et c’est pour cela que tous les juifs ont l’habitude de dire cette louange qu’Israël le doyen prononça après ce verset. »

Maintenant, analysons les premiers mots du verset quatre : « écoute Israël »

Le mot « chéma » possède un double sens : entendre avec les oreilles ou avec l’entendement.

Le rabbinat français a opté pour la première traduction tandis qu’André Chouraqui pour la seconde. Ainsi la traduction rabbinique sera : « Ecoute Israël l’Eternel notre Dieu l’Eternel est un » tandis celle de Chouraqui
dira : « Entends Israël l’Eternel notre Dieu l’Eternel est un. »

Jacques Attali se demande pourquoi « ce mot « chéma » était devenu l’un des plus importants du judaïsme qui est pourtant culture de l’écrit.

N’aurait-on pas pu dire : « lis » ou « écris » ? En fait, ce mot renvoie à toute autre chose que l’écoute du message d’un prophète, ou qu’au récit d’un compteur à un peuple. Il est une façon de dire à tous les hommes trois choses essentielles :

D’une part, prier ne consiste pas à s’adresser à un Dieu lointain pour obtenir quelque chose de Lui, mais à faire silence pour écouter : écouter les autres pour mieux les comprendre ; et surtout s’écouter soi-même…

D’autre part, l’essentiel de la transmission se fait oralement. L’oral est ce qui est trop important pour faire l’objet de traces écrites…

Enfin le chéma renvoie à l’idée que Dieu (ou la nature, ou la beauté) s’exprime par le bruit. »

Continuons avec le verset cinq : « tu aimeras Hachem Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes ressources ».

Tu aimeras Hachem de tout ton cœur : c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’amour de Dieu est ordonné. Maïmonide préconise cet amour comme un amour intellectuel qui suppose un effort considérable de l’esprit. Sachant que l’amour est un sentiment, comment Dieu peut-il ordonner d’aimer ? Maïmonide donne un élément de réponse : « lorsqu’il médite sur les créations et les actes de Dieu et qu’il se rend compte de leur formidable élévation, l’homme perçoit la sagesse infinie de Dieu. Il est aussitôt saisi d’un grand amour pour Lui, du désir de Le louer, et éprouve une très grande soif de Le connaître »

De toute ton âme : Rachi nous enseigne que « de toute ton âme » signifie « même si ton dévouement te coûte la vie »

Les Sages, dans le traité Berakhot, 54-a disent : « Tu dois aimer Dieu même s’il te prend la vie. »

Le Rav Feinstein commente ce traité en écrivant : « cela implique que si l’on doit accepter le martyre, on ne doit pas le subir comme si on était victime d’un criminel mais considérer qu’on a atteint le niveau spirituel élevé où l’on peut faire don de son âme à Dieu. » Je ne veux pas me répéter mais encore une leçon les élèves des Yeshivot refusant de servir dans l’armée israélienne ont dû s’absenter !!!

Et de toutes les ressources. Pour Rachi, « même si l’amour de Dieu te fait perdre tout ton argent. Certaines personnes risquent leur vie pour protéger leur argent ; même pour ceux qui placent la richesse au-dessus de leur vie, l’amour de Dieu doit être supérieur à tout » ce dernier commentaire devrait faire réfléchir certaines personnes qui seraient prêtes à tout pour garder leur argent mais surtout ceux qui gagnent des fortunes sur le dos de la religion.

Nous avons tous entendu parler de ces prétendus rabbins qui gagnent des fortunes. Le magazine économique Forbes Israël a publié la liste des rabbins les plus riches d’Israël. La fortune du numéro 1 de la liste est estimée à 266 millions d’euros.

Le verset 6 nous apprend : « Et ces sujets que je t’ordonne aujourd’hui seront sur ton cœur ». Nos sages se sont posé la question pourquoi la Bible a-t-elle précisé « aujourd’hui » ? Rachi nous explique que « Ces paroles devront toujours rester nouvelles, fraîches et exaltantes à vos yeux, comme si la Torah venait d’être donnée aujourd’hui, et non comme un vieux dogme démodé et sans valeur » Cette réflexion pose la question de l’interprétation moderne des textes. Beaucoup de rabbins nous disent que les lois sont gravées dans la pierre et ne peuvent changer comme les règles sur le divorce mais là est leur erreur car comme le dit Rachi la Torah ne peut être « un vieux dogme démodé »

Le verset 7 est peut-être un des versets pilier du judaïsme. « Tu les inculqueras à tes fils… » Le rôle des parents est très important dans la transmission des valeurs du judaïsme et pour moi chaque parent peut enseigner le judaïsme à ses enfants à sa manière. Le rav Feinstein écrit que « l’homme montre son attachement à la Torah par les priorités qu’il accorde à l’éducation de ses enfants. »

Il est dommage que les talmudei thora (catéchisme des juifs) refusent les enfants dont la mère n’est pas juive ou qui sont issus d’un mariage célébré chez les libéraux. Comment leur demander de choisir leur religion lorsqu’ils deviendront adultes s’ils ne la connaissent pas ?

Nous apprenons donc que le chéma est un texte d’amour : amour de Dieu et amour de ses enfants car une des meilleures preuves d’amour est la transmission.

Chabbat chalom.