La section de cette semaine est connue de tous. Elle va nous raconter l’histoire des explorateurs. Que se passe-t-il donc ? Le peuple est au seuil de la terre promise. Douze personnalités, une pour chaque tribu, sont chargés de mener l’exploration du pays.

A leur retour, ces explorateurs vont fournir un rapport plus que démoralisant qui conduira le peuple hébreu à douter de sa capacité de prendre possession du territoire. Ainsi, la génération entière sera condamnée à périr dans le désert et l’entrée en terre sainte sera retardée de près de trente-neuf ans.

Comme nous allons le voir, cette affaire suscite de nombreuses questions.

Chap. 13 V.2 : « Envoie sur ton initiative des hommes, et qu’ils explorent la Terre de Canaan que Je donne aux enfants d’Israël ; respectivement un homme par tribu paternelle vous enverrez, tous chefs parmi eux. »

Lorsque nous lisons ce verset, nous nous interrogeons sur le fait que Dieu dise à Moïse : « envoie sur ton initiative ».

Dieu laisse la responsabilité de cette décision à Moïse. Ce dernier nous relate dans le Deutéronome chap. 1 V. 22 à 23 les raisons de son choix : « vous vous êtes tous approchés de moi et avez dit : « Envoyons des hommes devant nous, qu’ils espionnent le pays et qu’ils nous rapportent parole : le chemin par lequel nous monterons et les villes vers lesquelles nous irons. » La chose a paru bonne à mes yeux et j’ai pris, parmi vous, douze hommes, un homme par tribu. »

Le Rav Feinstein nous enseigne que l’expression « vous…tous » est la clé du résultat désastreux de la mission des explorateurs : « le peuple s’est approché de Moïse de façon désordonnée, sans aucun respect, les jeunes bousculant les anciens, et les anciens poussant les dirigeants. » Nous comprenons donc qu’une révolte est en train de naître au sein du peuple hébreu.

Essayons maintenant de comprendre pourquoi une telle révolte ? D’après le Rav Munk : « les arguments des enfants d’Israël étaient avant tout inspirés par un manque de confiance en Dieu. » Ce que voulait le peuple, c’était voir le pays à travers les yeux d’hommes comme eux.

Après un périple de quarante jours, les explorateurs reviennent vers Moïse et le peuple : Chap. 13 V. 25 et 26 : « Ils revinrent de l’exploration de la terre au bout de quarante jours. Ils allèrent et vinrent vers Moïse et vers Aaron et vers toute l’assemblée des enfants d’Israël, au désert de Paran à Kadesh, et ils rapportèrent le compte rendu ainsi qu’à toute l’assemblée, et ils leur montrèrent le fruit de la terre. »

Les explorateurs auraient dû communiquer leur rapport à Moïse, mais ils ont choisi de faire une déclaration publique. À la lumière du récit du Deutéronome, nous comprenons pourquoi ce rapport est fait publiquement : le peuple qui avait réclamé cette mission se sent en droit d’en connaître les résultats.

Les explorateurs laissent entendre au peuple que malgré toute sa richesse et en dépit de la bénédiction de Dieu, le pays leur est inaccessible. Les habitants sont trop puissants et leurs cités absolument imprenables.

Suite à ce rapport le peuple entre dans une hystérie générale.

Chap. 14 V 1 à 5 : « Toute l’assemblée se souleva, émit sa voix ; le peuple pleura cette nuit-là. Tous les enfants d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, et toute l’assemblée leur dit : « Si seulement nous étions morts dans le pays d’Égypte, ou si seulement nous étions morts dans ce désert ! Pourquoi Hachem nous mène-t-il vers cette terre pour que nous mourions par le glaive ? Nos femmes et nos jeunes enfants seront pris en captivité ! Voyons, il vaut mieux pour nous retourner en Égypte! » Alors, ils se dirent l’un à l’autre : « Nommons un chef et retournons en Égypte ! » Moïse et Aaron tombèrent sur leur face devant toute la foule de l’assemblée des enfants d’Israël. »

Nous voyons que le peuple hébreu était persuadé que l’entrée en Israël était une entreprise vouée à l’échec. Ils en étaient tellement convaincus qu’ils voulurent remplacer Moïse par un guide qui les ramènerait vers la terre d’esclavage.

Nos sages nous disent que le retour des explorateurs était le 9 av. Nous ne savons pas avec certitude sur quel verset ils se basent pour l’affirmer mais le symbole est fort car cette date est un jour de deuil pour le judaïsme.

Il est écrit dans le talmud de Babylone, traité Sanhédrin, p. 104 b : « « Alors toute la communauté se souleva en poussant des cris, et le peuple passa cette nuit à gémir » Rabba dit au nom de Rabbi Yohanan : cette nuit fut la nuit du 9 av. Il ajouta : le Saint Loué-Soit-Il dit à Israël : vous avez pleuré pour rien, cette nuit-là vous pleurerez durant toutes vos générations. »

Maintenant que nous avons vu ce qui s’est passé historiquement, essayons de réfléchir sur le présent. Pour ce faire nous allons nous aider de penseurs modernes.

Revenons au verset 31 du chapitre 13 : « Nous ne pourrons pas monter vers ce peuple parce qu’il est trop fort pour nous »

Manitou nous explique que : « le mot « miménou » qui signifie « plus que nous » peut être compris par « plus que lui » (contraction de mimenhou). En effet, on ne prétend pas que les occupants arabes du pays des Hébreux sont plus forts que nous, mais que leur droit moral serait supérieur au nôtre.

Cette note de Rachi a pour base un enseignement du Talmud (Sota 35a) : « Car il est plus fort que nous – On enseigne : Rabbi Bar Papa dit : « c’est une chose énorme que les explorateurs ont proférée à ce moment : « Car il est plus fort que nous. » Ne lis pas mimenou mais miménhou. Si l’on peut dire, le propriétaire lui-même ne peut sortir ses biens de là-bas. » »

Levinas a aussi posé cette question dans son livre « Quatre lectures Talmudiques » lorsqu’il parle de « terre promise ou terre permise ».

En écrivant ces phrases, j’entends déjà les réactions de certains qui vont me traiter d’anti-israélien, de gauchiste… A ces derniers, je souhaite répondre que parler de la minorité arabe en Israël ainsi que de leurs droits n’est pas un crime. Au contraire, mettre en avant le problème des minorités en Israël ne peut que faire avancer la paix.

Il est toujours facile de parler d’Israël lorsqu’on est à 4000 kilomètres, assis confortablement dans son fauteuil. Combien de fois ai-je entendu des propos injurieux sur l’ensemble de la communauté arabe d’Israël. Certains oublient qu’un grand nombre de non-juifs servent dans l’armée d’Israël. Un exemple : en pourcentage par rapport à la population, il y a plus de soldats druzes tués que juifs.

N’oubliez pas, cher(e)s ami(e)s que même si ce sujet fait grincer quelques dents, la discussion a toujours la pété le point fort du peuple juif et inspirons-nous de William Penn qui écrivit dans « Les fruits de la solitude » en 1682 que « Dans toutes discussions, que la vérité soit ton but, plutôt que la victoire ou l’intérêt. »

Enfin, pour conclure ce commentaire, je souhaite m’adresser à ceux pour qui Israël n’est que terre promise en citant quelques phrases de Manitou :

« À la suite sans doute d’une imprégnation de la mentalité d’exil, d’un exil qui a duré si longtemps, beaucoup de juifs ont pris l’habitude de nommer la patrie des Hébreux « la terre promise ». Cela n’est pas du tout ce qu’indique le texte biblique qui parle de « la terre donnée ». Or la relation, sentimentale comme politique à une terre « promise » n’est pas de même nature que la relation à « la patrie », perdue mais jamais oubliée comme telle. Il semble que le temps soit venu de faire un bilan de conscience sincère. »

Chabbat chalom à toutes et à tous