Par quelle ruse de la pensée sophistiquée, de l’intellectualisme perverti ou tout simplement de la propagande matraquée sans répit, l’assassinat au couteau d’adolescents, de femmes ou de religieux, parce que juifs, fait-il l’objet d’un traitement particulier dans lequel des explications politiques ou sociales vont venir amoindrir une condamnation qui devrait être naturelle et totale ?

À tel point qu’il n’est pas rare de lire quelques dépêches où les agresseurs et les agressés sont réunis dans une même compassion.

Certes, au sein d’une France longtemps intoxiquée par la pensée gauchisante et sartrienne, une compréhension bienveillante pour la violence aveugle transcende depuis longtemps le conflit israélo-palestinien. Il n’en demeure pas moins que cette violence-là n’a rien d’aveugle, puisqu’elle vise précisément les juifs et les seuls juifs et que seul l’aveuglement pourrait tenter de nier sa dimension raciste et religieuse.

Pour dire les choses crûment, l’auteur de cet article désespère qu’au moment où les Français commencent à se libérer progressivement de leurs chaînes xénophiles, cette libération ne soit pas encore passée par la délivrance d’une idéologie sommaire « palestiniste » qui continue largement de conditionner leurs réflexes pavloviens.

Ainsi, pour comprendre réellement l’origine et la nature de l’épidémie d’assassinats au couteau contre les juifs en Israël, il est déconseillé de recourir à la vieille et commode explication par les « colonies », mères de toutes les rancœurs.

L’aveuglante et dérangeante réalité, c’est que l’assassin au couteau dans les rues de Jérusalem ou de Tel- Aviv n’est pas très différent des Kouachi, de Coulibaly et de tous ceux qui décapitent les mécréants et les chrétiens en Syrie. Fanatisé, d’une religiosité superficielle, il a puisé sa haine primaire dans les réseaux sociaux. Au nom de quel miracle la folie islamiste aurait-elle épargné le sol de la Terre sainte ?

Certes, je ne serais pas honnête si je niais la dimension nationale et territoriale du conflit palestinien qui surinfecte la haine purulente. Mais le triste avantage de l’actuelle situation est d’éclairer sous un jour plus cru la véritable nature du conflit centenaire. Contrairement à l’antienne constamment rabâchée, ce ne sont pas les implantations au sein du territoire contesté qui sont la source du problème, même si elles en constituent un facteur aggravant, mais le refus constant de la partie arabe de Palestine de se résoudre à accepter de voir sur une portion de la terre disputée, un pouvoir politique pour le peuple juif.

Et ce refus puise sa source bouillonnante autant dans un arabisme qui se refuse à voir une parcelle de terre orientale gouvernée par un peuple non arabe, que dans un islamisme qui considère comme impie la présence des juifs perfides dans le « Dar al-Islam ».

En réalité, et davantage encore depuis le grand muphti de Jérusalem, le nationalisme arabe de Palestine – incontestablement fondé et légitime – a toujours été empreint d’un islamisme radical qui n’a pu que rendre plus résolus son irrédentisme et sa violence intrinsèque.

C’est ce qui explique encore aujourd’hui ses folles tentatives de nier la réalité de la présence historique juive en Judée. Mais le drame réside surtout dans le fait que, par sottise ou soumission, certains pays, dont la France, cautionnent cette folie.

Maintenant que l’Autorité palestinienne dispose d’un siège à l’Unesco, elle falsifie l’histoire avec l’assentiment du gouvernement français. Elle a obtenu le vote insensé le 21 octobre d’une motion définissant le tombeau de Rachel et le caveau des Patriarches comme des sites « musulmans palestiniens » : les représentants de pays occidentaux présents ont voté contre cette motion, pas le représentant français.

Dans le même mouvement négationniste, les représentants de Palestine ont tenté de faire dire à l’Unesco que le mur des Lamentations – lieu le plus sacré du judaïsme – était également un lieu musulman. On ne doit pas au gouvernement français le rejet de cette infamie qui gravit impunément d’un degré de plus l’échelle de la démence.

Il existe au sein du monde politique et intellectuel israélien, notamment à l’extrême gauche, des personnes qui, tournant le dos à la réalité de l’islamisme radical du mouvement palestinien, continuent de faire porter la responsabilité principale de l’impasse politique sur le gouvernement israélien et sur les affres de « l’occupation ». Dans le village monde, il serait étonnant que cette dilection xénophile pour l’altérité n’existe pas au sein de la démocratie israélienne.

Certains, pour reprendre l’expression d’Éliane Amado Levy-Valensi « s’imaginent plus objectifs parce qu’ils épousent la subjectivité de l’Autre ». Il n’empêche, il est bon de savoir de temps à autre penser contre son camp, même à tort. Que le camp de l’Autre ne sache jamais le faire est précisément à la source du problème. Il faut dire, à sa décharge, que l’Europe médiatique et extatique ne l’aide pas beaucoup à faire des efforts.

Article paru dans Le Figaro (version papier) du 28/10/2015