Cessez-le feu sur mes villes et sur ma vie, fichez moi une paix unilatérale ou négociée, totale ou bancale, victorieuse ou honteuse, une paix qui se cache la tête entre les débris et les corps pour être sure de ne plus rien voir et de ne plus rien avoir à comprendre.

La guerre est finie dans la rue mais elle ne l’est pas chez moi, dans mon lit, sur mon écran. Le seul endroit où je peux m’échapper, à l’ abri du monde, dans mon berceau de vulnérabilité, c’est là où elle vient me trainer par les cheveux vers une réalité que je n’ai ni la force de soutenir ni d’ignorer. Comment cesser de regarder? Comment ne pas savoir? Plus vrai que nature, un étalage fascinant qui n’épargne rien, les moindres détails qui s’exposent les tripes à l’air. Des têtes, des membres et des flux corporels. Le pire des cauchemars chez vous, pour la modique somme d’une connexion internet.

J’ouvre cette fenêtre sur le monde, et cette guerre est encore là, elle est encore en chacun de nous. Mais je ne veux plus les entendre, vos exégèses partisanes et vos images qui me vendent votre réalité formatée et simplifiée. Je veux un silence à pétrifier les sirènes, un vide aussi assourdissant que les tirs de mortier. Arrêtez les lacs de sang pixélisés et l’hystérie de partage de peurs instantané, d’images immondes, de deuil virtuel et de bons sentiments de fractions de secondes. Je ne veux pas me tenir informée de votre haine, de vos commentaires aux valeurs morales douteuses, de vos justifications de tout ce malheur.

Je veux que cela cesse, que tous signent un accord de paix électronique, déclarent l’armistice des réseaux sociaux, la Pax Romana des partages d’images. Éteignez tout et recommencez à vivre, presque comme avant.