Il y a cent ans, les diplomates français François Georges-Picot et anglais Sir Mark Sykes s’entendirent pour redessiner la carte du Moyen-Orient, en prévision de la désintégration prochaine de l’Empire ottoman.

Au début des négociations, Sir Sykes traça une ligne entre la pointe de la lettre E du mot Acre sur la carte qui était devant lui à la pointe de la lettre K de la ville de Kirkuk. C’est ainsi qu’il envisageait le tracé de la frontière qui devrait délimiter deux nouveaux pays : la Syrie et l’Irak.

Cet accord connu sous le nom d’accord Sykes-Picot découpa le Moyen-Orient en zones d’influence française (Syrie et Liban) et anglaise.

Cette dernière comprenait également la Palestine mandataire qui englobait Israël et la Jordanie actuels. Parallèlement, deux pipelines furent construits reliant la zone pétrolière de Kirkuk à la Méditerranée, chacun d’eux aboutissant vers un port : le premier contrôlé par la France et le second par l’Angleterre. L’esprit derrière cette entente montre combien les frontières des nouveaux pays créés étaient artificielles, car ils ne prenaient pas en considération la répartition et le passé historique des ethnies, des langues, des religions ou des nationalités.

D’autres arrangements frontaliers furent définis lors de la Conférence de Paix de Paris en 1919, du Traité de Sèvres en 1920, de la conférence de San Remo en 1920 puis du traité de Lausanne en 1923. Le Moyen-Orient souffre encore aujourd’hui de ce découpage qui lui a été imposé.

Qui plus est, des manipulations de la « perfide Albion » ont compliqué la situation. On promit au chérif de La Mecque Hussein ben Ali qu’il régnerait sur les Arabes s’il se joignait à la lutte anti-ottomane. Une fois les Ottomans évincés de la péninsule arabique et de Syrie, l’Émir Hussein qui s’était déclaré roi des pays arabes fut écarté de Damas qui passa sous contrôle français en 1923. On créa deux royaumes pour ses enfants Fayçal et Abdallah : l’Irak et la Jordanie.

Sitôt que l’on prit conscience de l’ampleur des richesses pétrolières, on oublia la promesse d’un pays du Kurdistan – prévue au traité de Sèvres – pour l’annexer à l’Irak au Sud et à la Turquie au Nord. En 1917, la déclaration Balfour visant à la création d’un foyer juif en Palestine visa à en rallier les populations juives à la lutte contre les Ottomans . La gouverne de l’Arabie passa à la famille Saoud en 1926 et sa dynastie règne encore de nos jours.

En 1906, la France et l’Angleterre s’étaient accordées pour ce que le Maroc et l’Égypte passent dans leur zone d’influence respective.

L’Égypte accéda à l’indépendance en 1922 et mit fin à la monarchie en 1952. L’Égypte républicaine se voulut le leader du monde arabe, mais le panarabisme nassérien échoua. L’Irak mit fin à la monarchie en 1958 et le régime baasiste qui la remplaça fut bien plus autoritaire, culminant avec la mégalomanie de Saddam Hussein. La Libye mit fin à la monarchie en 1969, remplacée par le pouvoir absolu de l’extravagant Kadhafi.

L’accession à l’indépendance des pays arabes les divisa en monarchies traditionnelles ou en républiques. Ces deux courants s’affrontèrent d’autant plus que la plupart des monarchies étaient riches en pétrole.

Les républiques vivent actuellement dans un état d’anarchie : la Syrie, l’Irak, le Yémen et la Libye s’engouffrent dans la guerre civile qu’ont par ailleurs connue le Liban et l’Algérie. La Tunisie connaît un équilibre fragile. L’Égypte a passé la crise traumatisante qu’a été la parenthèse des Frères musulmans pour revenir au régime autoritaire ; son économie survit grâce aux subventions saoudiennes.

Quant aux monarchies, elles ont grandement bénéficié de la manne pétrolière, mais ont créé peu d’emplois. Des subsides à volonté ont permis de calmer les insatisfaits. Seuls la Jordanie et le Maroc ont été assez clairvoyants en faisant de la place pour l’opposition au sein du gouvernement et ont réussi à traverser les secousses du printemps arabe sans encombre majeur.

Les luttes internes ont déchiré le monde arabe. Les masses se sont fait manipuler par des démagogues qui se sont appuyés sur la propagande anti-israélienne pour consolider leur pouvoir. Le printemps arabe a finalement exposé au grand jour les carences socio-économiques intrinsèques des régimes arabes et mis leurs leaders devant leurs responsabilités.

Toutefois, la Turquie et l’Iran qui ont des ambitions hégémoniques reprennent à leur compte la carte anti-israélienne pour subjuguer et manipuler les masses arabes, repoussant ainsi les échéances de la paix.

C’est seulement lorsque le Moyen-Orient se libèrera de l’intoxication et de l’emprise de la haine qu’il pourra évoluer vers la paix. Il faut qu’il change de paradigme afin de s’atteler à des collaborations constructives.