Nous arrivons bientôt à la fête de Hanoukka/חנוכה – la fête du dévouement, du service de Dieu et de l’éducation (‘hinoukh/חינוך), avec les lumières, l’endurance, le matériau miracle qu’est l’huile comme cela sera le cas le 16 décembre 2014/24 Kislev 5775 au soir.

Une année sabbatique pour la terre, de repos et de remise de dettes, de rédemption, shanat chmittah/שנת שמיטה.Ce Shabbat est « Vayeshev – וישב » : « (Jacob) a vécu dans le pays des pérégrinations de son père, Eretz Canaan, où il est écrit: «Israël aimait Joseph plus que tous ses fils parce qu’il était son fils né dans la vieillesse et il lui fit une tunique rayée ».

Joseph était un garçon très talentueux, soumis aux ragots de ses frères. La jalousie est ce sentiment délicieusement pervers et insidieux. Les pensées volent, les paroles tuent car la langue est si petite mais tellement douée à tuer de manière aussi aiguisée qu’une dague chatoyante.

Les frères ont presque naturellement commercialisé cette jalousie, rentabilisant les dons du frère trop aimé. Joseph avait une belle tunique, une tête bien faite – autant montrer la tunique dépouillée de Joseph comme un signe d’amour détourné à un « papa Jacob » éploré. La portion biblique est dédiée à Joseph : un berger dix-sept ans chargé de paître les moutons; un rêveur.

Joseph fait des rêves qui se matérialisent sur le long-terme. Il a été vendu par ses frères qui étaient si jaloux qu’ils ne pouvaient pas arriver à le tuer. La haine se transforme volontiers en une sorte de division dans les familles, les collectivités.

Cela peut, parfois, sauver la vie de certaines personnes en danger. Il n’y rien de plus superbement tordu et vicié que des ennemis qui se déchirent sur une question aussi simple que de savoir quand, comment et pourquoi ils veulent assassiner quelqu’un.

C’est pourquoi le rachat des prisonniers reste une mitzva essentielle dans toutes les communautés juives et l’Etat d’Israël pour obtenir la libération des soldats capturés par d’autres armées, les récupérer au mieux vivants mais aussi morts pour leur assurer une sépulture décente. Ce commandement est fondamental.

Il est un signe incontestable de « l’amour envers nos compatriotes ».En effet, les Juifs qui observent les Mitsvot – aujourd’hui la communauté même relativement sécularisée, développent un esprit d’amour envers Dieu et de solidarité envers tout être humain avec le souci de ne trahir personne. Cela relève du défi pour quiconque comme en témoigne la manière dont Joseph fut vendu par ses frères détournés.

Le rachat financier des « captifs » est un devoir moral et religieux qui a été repris tout au long de l’histoire du christianisme (Saint Vincent de Paul dans la tradition latine). Il s’est manifesté comme un soutien ferme et constant : il a largement aidé les Juifs dans le processus de montée en Israël.

La « libération des captifs » s’exprime aussi dans le monde entier par le rachat de prisonniers, depuis le temps des Brigades Rouges jusqu’à l’actualité d’otages devenus objets de rançon pour de nombreux groupes terroristes.

Golda Meir ou Golda Mabovitz / Meyerson (1898-1978), née à Kiev a rejoint son père qui avait quitté l’Ukraine tzariste pour Milwaukee (Wisconsin) où il a travaillé comme charpentier. Représentante de l’Etat d’Israël, elle rendit visite au Pape Jean XXIII à Rome qui l’accueillit ainsi: «Je suis Joseph, votre frère (que vous pouvez difficilement reconnaître [à son aspect]) ».

Certes, le père de Golda Meir avait une profession appréciée au Vatican d’autant que c’était celle du père de Jésus, Joseph, tous deux charpentiers.Quand Golda Meir se rendit en mission en Russie (en quelque sorte son pays d’origine), elle avait demandé à un ami, décideur soviétique, d’obtenir la libération de prison de certains des combattants juifs, les plus précieux, susceptible d’aider à la création de l’Etat d’Israël. Ce haut fonctionnaire lui promit qu’ils seraient libérés.

Ils furent tous assassinés dans la nuit.La trahison de faux amis existe. Au Proche-Orient, l’oeil est acerbé à « apprécier devant qui on se trouve ».

Si on ne le sait pas, il vaut mieux suivre des formations et cela peut prendre des années.Pourtant, à Rome, dans un autre contexte, la formule de substitution au peuple juif par le bon Pape Jean, avait été avoué honnêtement, avec une franche bonhomie.

De plus, le vieux pape a vraiment sauvé des milliers de Juifs. Son propos relèvait de ce même lapsus à ne pouvoir s’exprimer par parité qui reste condescendante sur le fond.

L’erreur qui empoisonne les relations entre le judaïsme et les Eglises chrétiennes se trouve précisément dans cette déclaration. Le pape, au demeurant un homme rare et bon – aujourd’hui canonisé – était un Gentil et non l’un des fils de Jacob. Derrière la boutade papale se cache une réelle neutralisation des différences entre Juifs et Nations christianisées.

Pourtant, Jean XVIII a affirmé une chose pleine de sens et contre-sens en s’adressant à Golda Meir, la fille du charpentier juif. Tout comme les frères de Joseph ne pouvaient reconnaître le frère qu’ils avaient vendu, Golda Meir – au nom du peuple juif de l’Etat d’Israël – pourrait difficilement imaginer, ou même accepter, que le pape soit son frère vendu par les frères juifs – et, qui plus est, la sauverait et son nouveau-ancien Etat rescapé de l’histoire et de la substitution permanente.

Cette anecdote montre comment la bonté peut presque défigurer un processus d’usurpation. Il est clair que le dialogue entre Golda Meir et le pape était sincère et agréable.

Pourtant, l’anecdote montre cette tendance ancienne et tenace à la substitution. Cela reste inéluctable pour l’instant et il faut prendre le fait en compte. La vraie question, qui pourrait se transformer en plaisanterie, c’est que le pape pourrait ne pas reconnaître Golda Meir comme étant la véritable parente de Benjamin et de Jacob! Joseph n’a usurpé personne, il n’a rien détourné ou, pire, acheté pour s’approprier l’amour de son père. La jalousie reste une maladie ou un malaise spirituel. Il a ravagé les frères de Joseph. Et cela continue.

Joseph et ses frères ne pouvaient pas prévoir la signification spirituelle profonde de leurs actes. Quand le Prophète Amos raconte les événements (Amos 2, 6 – 3, 8), il révèle quelque chose de l’histoire et de la survie boitillante d’Israël qui continue de faire face aux Nations.

Ce Shabbat Vayeshev/וישב est celui qui suit le vote historique de l’ONU d’accepter la partition de la Palestine, le 16 Kislev 5708 (tetzayn -כסלו ט »ז ou 29/11/1947).

Ce 67e anniversaire du vote de partition de l’ONU tombe sur le 215ème anniversaire de la libération du « Alter Rebbe/אלטער רב » Zalman Chnéour de Lyadi.

Il avait passé 52 jours à la prison de Saint-Pétersbourg sur la dénonciation de certains Juifs lithuaniens opposés au hassidisme.Il fut libéré le 19 Kislev, 5559. Cette date est devenue le « Rosh Hashanah/ראש השנה » ou nouveau cap du mouvement hassidique de revitalisation spirituelle, en particulier le groupe Lubavitch.

Ce 29 Novembre / 19 Kislev (= le 11 décembre 2014) nous conduit à réfléchir sur le parcours de Joseph, vendu par les siens. Il les a sauvés.

La Hassidout célèbre un jour de libération des hommes qui ont montré le chemin vers la liberté. Est-ce un hasard si la date a correspondu au vote de la partition qui a frayé un petit chemin vers l’émergence d’Israël. Au soir du vote, une voix a crié dans la salle de l’O.N.U.

« Hoshiyesnou/הושיענו! = (Seigneur), sauve-nous! ». Ce cri se fit entendre dans la salle de l’ONU avant le vote sur la partition, en 1947.

Quelle que soit la foi, l’attitude philosophique, le doute qui les tourmentent, les humains semblent souvent rater les moments où Dieu déploie Sa volonté. Les événements de ces dates montrent qu’ils dépassent l’entendement.

Cette date s’apparenterait à un verset du Seder de Pessa’h « Dayenu/דינו : il aurait suffi ». Chaque étape de la Sortie d’Egypte est rappelé comme un événement qui a suffi en soi.

Israël n’a reçu qu’une partition quasi irrationnelle, tout comme le Rabbi de Lyadi avait été jeté en prison puis libéré au-delà de toute raison. Les disciples de Jésus, à commencer par Pierre et les autres, avaient abandonné ou trahi leur maître.

Il n’est pas impensable que l’Etat d’Israël actuel puisse providentiellement sauver les siens à travers le monde, bien mieux qu’ils ne savent le affronter l’altérité et la haine… et même aider ceux qui habitent au sein de sa société.