Les balbutiements de l’Etat français face à l’attaque du Thalys par un Marocain de 26 ans surarmé sont l’occasion de rappeler que la justice française s’évertue depuis près de 15 ans à dissimuler ou à minimiser les attentats islamistes en France.

Chaque terroriste successif est qualifié de « forcené », ou de « loup solitaire, autoradicalisé », même s’il est fiché et surveillé par les services de renseignement depuis des années.

Cette farce a commencé immédiatement après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

Dix jours plus tard, le 21 septembre 2001, l’usine AZF à Toulouse était le siège d’une gigantesque explosion, tuant 30 personnes, en blessant des milliers et ravageant des quartiers entiers de la Ville rose. 45 minutes après l’explosion, le procureur annonçait qu’il y avait « 99 % de chances » qu’il s’agisse d’un accident.

Qu’importe la découverte du cadavre portant 4 couches de sous-vêtements d’un travailleur intérimaire lié à des réseaux islamistes qui, quelques heures avant l’explosion, agressait un chauffeur affichant un drapeau américain sur son camion, en mémoire des attentats du 11 septembre, en proclamant : « Vous allez tous sauter »…

Elaborés pendant des années, l’acte d’accusation et le procès n’envisageront que la piste d’un accident industriel (jamais démontré), n’accusant précisément personne, sauf ceux qui suspectaient un attentat – à savoir de nombreux journalistes, 65 % de la population toulousaine, et même le juge antiterroriste Bruguière…

Le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine dévoilera le fond de sa pensée 10 ans plus tard : “C’était une erreur tragique de proclamer, comme l’a fait George W. Bush, la ‘guerre contre le terrorisme’ (formule bizarre, le terrorisme n’étant pas une entité, mais une technique) comme le problème numéro un du monde, et de tout articuler de façon binaire autour de cette seule question. » (Le Monde, 9/9/2011).

Quant au président Chirac, tenu par une cohabitation avec le PS de 1997 à 2002, à la veille d’élections présidentielles, avec une population comprenant 6 à 8 millions de musulmans, il ne pouvait se permettre d’apparaître comme « islamophobe ».

Dès le 18 septembre 2001, Jacques Chirac s’était d’ailleurs rendu à Washington pour ”relayer certaines craintes quant à une riposte trop brutale des Etats-Unis. Le vocabulaire guerrier, voire manichéen, utilisé depuis une semaine par le président Bush, qui a appelé à une « croisade » contre les « faiseurs de mal », inquiète Paris. La France est notamment préoccupée par les risques d’amalgame entre le terrorisme islamiste et l’ensemble du monde musulman et par les risques de déflagration, en particulier au Proche-Orient. Sur CNN, Jacques Chirac a ainsi refusé de parler d’un « choc de civilisations » entre l’Occident chrétien et l’islam. » (Nouvelobs,18/9/2001).

Cette prise de distance à l’égard de la politique américaine s’accentuera lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

Il est désolant que ces divergences de politique étrangère – non dénuées de fondements -, se paient d’un déni de la réalité, tant au niveau de l’existence du terrorisme islamiste que de ses causes, déni dont le grand public souffre gravement.